12/09/2009 16:51:53
Gabon : L'opposition lance l'opération «ville morte»
Le Front de refus du coup de force électoral, réunissant 15 candidats qui dénonçent l'irrégularité du scrutin, a appelé la population à observer du 14 au 16 septembre prochains trois jours de ville morte sur l'étendue du territoire nationale en hommage aux victimes des émeutes post électorales de Port-Gentil.
Gaboneco
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© gaboneco - De gauche à droite, Zacharie Myboto, Jean Eyeghe Ndong et André Mba Obame, le 11 septembre 2009 à Libreville

 

A 7 jours de la fin du délai constitutionnel de contestation des résultats de l'élection du 30 août, cet appel de l'opposition doit mobiliser les populations qui contestent l'élection proclamée d'Ali Bongo Ondimba à la tête de l'Etat.

DECLARATION DU 11 SEPTEMBRE 2009

«Mesdames, Messieurs,

Nous vous invitons à observer une minute de silence en mémoire de nos compatriotes morts, tombés sous les balles des Forces de Défense et de Sécurité et autres mercenaires à Port-Gentil.

A ce sujet, nous, Collectif des Candidats à l’élection présidentielle, les Partis Politiques et la Société Civile, opposés au coup d’état électoral du 3 septembre 2009, décrétons ce jour, par solidarité et en mémoire des disparus, trois journées ville morte sur toute l’étendue du territoire, à compter des lundi 14, mardi 15, mercredi 16 septembre 2009 inclus. Nous appelons les Gabonaises et gabonais, patriotes et démocrates à suivre massivement cette consigne.

Le Collectif réuni ce jour a examiné le rapport des travaux de la commission des experts commis à la centralisation des résultats et des irrégularités provenant des procès-verbaux des bureaux de vote.

Il a par ailleurs abordé les questions relatives à la situation sécuritaire à Port-Gentil et à l’interdiction de sortie du territoire des candidats et des responsables politiques.
Sur le 1er point, le Collectif a été profondément choqué par le rapport sur les graves irrégularités constatées par les experts de la commission. Celles-ci concernent à ce jour quatre provinces : l’Estuaire, le Haut-Ogooué, l’Ogooué Ivindo et l’Ogooué-Lolo (voir synthèse du rapport annexé).

A la lumière de ce qui précède, nous sommes fondés à confirmer notre décision de ne pas reconnaître Monsieur Ali BONGO ONDIMBA comme le Président élu du Gabon et nous demandons aux populations gabonaises d’en faire de même tant que la vérité n’aura pas été faite sur les résultats de cette élection, à partir du recomptage des voix sur la base des procès-verbaux des bureaux de vote que nous réclamons.

Gabonaises, Gabonais, très chers compatriotes, soyez vigilants et restez mobiliser pour des actions de résistance à venir.

Sur la situation des violences à Port-Gentil, nous réaffirmons que ceux-ci sont bien consécutifs d’abord, aux agressions des leaders politiques Pierre MAMBOUNDOU, André MBA OBAME et quelques autres le jeudi 3 septembre 2009 par les bérets rouges devant la Cité de la Démocratie, et ensuite à l’annonce par le Ministre de l’Intérieur des faux résultats de l’élection présidentielle.

Toute autre raison ne serait que pure affabulation et manipulation de la part du pouvoir.

Par ailleurs, des preuves de plus en plus concordantes démontrent que c’est bien par balles que des gabonais, par dizaine, ont été tués à Port-Gentil par des troupes armées comprenant majoritairement des mercenaires étrangers. Nous tenons responsable de ces exactions le Gouvernement. Et pour y faire la lumière nous décidons d’envoyer à Port-Gentil, une mission d’information.

Nous réitérons par ailleurs, notre demande de mise en place d’une commission d’enquête internationale sur ces tragiques évènements de Port-Gentil.

Il nous revient également, que les forces de l’ordre procèdent actuellement à des arrestations sur de paisibles citoyens gabonais et les soumettent à des interrogatoires musclés pour connaître les tenants et les aboutissants d’un prétendu « plan B » que prépareraient les Forces du Changement.

Nous nous insurgeons contre ces actions d’un autre âge et tenons le Gouvernement gabonais responsable des brutalités perpétrées contre son peuple et lui demandons d’arrêter immédiatement ces pratiques.

Sur l’interdiction faite aux leaders politiques de sortir du territoire national, nous condamnons cette violation des libertés publiques pourtant reconnues par la Constitution en son article 1er et exigeons du Gouvernement l’arrêt de telles dérives.

Tout comme nous le rendons responsable de toute tentative d’arrestations et d’atteinte à l’intégrité physique des personnalités politiques.

Fait à Libreville, le 11 septembre 2009»



RAPPORT DES EXPERTS


«À ce stade de l'examen du scrutin dans ces bureaux de vote, de nombreuses anomalies ont été observées qui permette d'établir avec clarté la fraude massive qui a émaillée l'élection présidentielle du 30 août 2009.

La non codification des urnes

Le premier élément de fraude qui a été constaté est l'utilisation d'urnes non codifiées dans de nombreux bureaux de vote, alors que la loi impose leur codification. Les procès verbaux des différents bureaux font ressortir l'utilisation de trois types d'urnes :

Des urnes codifiées conformément à la loi;

Des urnes portant de simples numéros n'obéissant à aucune logique de codification;

Des urnes sans aucun numéro.

Les exemples d'urnes non codifiées sont très nombreux. Nous citerons pour mémoire, le bureau de vote de YENE 2 dans la province du Haut Ogooué ou encore les bureaux n° 2 et 3 de la mission diplomatique du Gabon au Sénégal.

Ces urnes non codifiées, qu'il convient de qualifier de pirates parce que sans existence légale, conduisaient régulièrement aux résultats suivants :

Bourrages des urnes conduisant à un nombre de votants supérieur au nombre d'inscrits;
Manipulation des résultats;

Nombre d'enveloppes trouvées dans l'urne supérieure au nombre d'émargements constatés par les votants.

C'est ainsi que l'on retrouve par exemple:

1. École publique de Louis dans le 1 er arrondissement de Libreville:
Inscrits: 423 ;
Votants: 165 ;
Nombre d'enveloppes dans l'Urne: 550

2. École publique SNI1, bureau n° 1, dans la Commune d'Owendo
Inscrits: 485 ;
Votants: 187 ;
Nombre d'enveloppes dans l'Urne: 547

Nous pouvons affirmer que la non codification de toutes les urnes a été volontairement orchestrée par le Ministère de l'Intérieur dans le but de permettre une fraude massive en faveur du candidat du PDG.


Les autres faits de Fraude massive

1 • La lecture des observations dans les procès-verbaux fait apparaître la non utilisation
systématique des isoloirs en zone rurale, en violation de l'article 92 de la loi électorale, particulièrement dans la province de l'Ogooué Lolo.

Nous citerons pour bien illustrer cette situation, l'exemple du bureau de vote n° 1, du centre de LEMENGUE dans le département de la LOMBO BOUENGUIDI. Ce centre de vote se trouve comme par hasard situé dans le village du Secrétaire Général du PDG.

Dans ce même centre de vote de LEMENGUE, des enfants de 12 ans ont voté dans le bureau n° 1, ainsi qu'il est relevé dans le procès verbal.

2 • Dans les provinces de l'Ogooué Ivindo et de l'Ogooué Lola, en milieu rural, où on vote avec
l'acte de naissance, les taux de participations sont particulièrement élevés.

Et comme par hasard, c'est dans ces zones rurales que le candidat du PDG fait le plein des voix.

3 • Dans la province du Haut Ogooué, les résultats obtenus par le candidat du PDG relève d'une
fraude massive orchestrée de manière experte

Le taux de participation est de 100% dans plusieurs départements, le vote est de 100% pour un même candidat et dans le même temps les fiches d'émargement qui attestent de la réalité du vote de chaque électeur sont vierges ou incomplètes.

C'est le cas dans les départements de la Mpassa, de l'Ogooué Létili, de Lékoko, de la Djouri Agnili et bien d'autres localités.

Les procès verbaux de plusieurs bureaux de vote ont été rédigés par une seule et même personne. C'est le cas dans les 3ème et 4ème arrondissement de la ville de Franceville.

Dans les mêmes bureaux de vote ont retrouve des personnes qui sont à la fois contrôleur CENAP et Secrétaire, ce qui est contraire à la législation électorale de notre pays.

Afin d'établir de manière indiscutable la réalité du scrutin du 30 août 2009 et la fraude que nous dénonçons, nous sollicitons la mise en place d'une commission d'enquête internationale sous l'égide du Secrétariat Général de l'ONU qui ferait la lumière sur tout ce que nous dénonçons et qui confirme le coup d'État électoral qui est en cours dans notre pays».

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