18/08/2012 04:55:00
Si j'étais ADO...
Si j’étais ADO, je ferais cela pour me montrer le très reconnaissant bienfaiteur des Ivoiriens!
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L’accession au pouvoir d’état, dans un état démocratique, se fait  à la suite d’élections organisées par une structure nationale consensuelle qui en proclame le verdict;  l’annonce de ce résultat peut être discutée mais le démocrate l’accepte une fois que l’organisme reconnu par tous a rendu son jugement.

Nous voulons dire que dès lors que les résultats ont été proclamés, plus personne ne devrait s’y opposer. Il peut donc y avoir  des remous sociaux dus aux conditions d’organisation de l’élection; mais, une fois rendue, la décision du juge des élections est acceptée et le gagnant  gouverne; les opposants s’organisant, fourbissant leurs armes pour les joutes à venir.             

En ce qui concerne l’élection présidentielle du 28 novembre 2010, son résultat a posé et continue de poser beaucoup de problèmes qui gravitent autour de la question principale: à qui le peuple a-t-il donné le pouvoir de le représenter ?

Il y a d’abord eu que le Conseil constitutionnel a dû se résoudre à donner le résultat du scrutin parce que la Commission Electorale Indépendante n’a pu le faire dans le temps à lui imparti par le Code électoral.

Ce résultat, qui donnait le président Laurent Gbagbo, candidat sortant, vainqueur de l’élection présidentielle, déboucha naturellement sur la prestation de serment de celui-ci devant ledit Conseil Constitutionnel. Cependant, il ne fut pas accepté par l’adversaire du jour, le premier ministre Allassane Ouattara. Ce dernier se basait sur l’appréciation -hors délai réglementaire- qui lui avait été faite, à titre individuel, par Youssouf Bakayoko, le président de la CEI (Commission Electorale Indépendante). Cet homme, ne respectant pas les prescriptions du  Code électoral, se rendit seul au siège de campagne du candidat Ouattara et le déclara vainqueur par une alchimie dont lui seul avait le secret. L’ONUCI (l’opération des Nations Unis en Côte-d’Ivoire), outrepassant son mandat elle aussi,  joignit sa voix à celle de Youssouf Bakayoko et à celle de la France, confortant ainsi le candidat Ouattara dans sa conviction qu’il avait gagné l’élection. Ce qui faisait pour la seule Côte-d’Ivoire, deux présidents: l’un, le candidat Gbagbo, reconnu par les lois du pays tandis que l’autre, le candidat Ouattara, légitimé par la « communauté internationale»!

Il y eut ensuite l’infructueuse tentative épistolaire du candidat Ouattara de se faire reconnaître à son tour par le même Conseil Constitutionnel. Il nous fut donner de constater le raidissement des positions de chaque camp mais aussi l’heureuse proposition du président Gbagbo faite à son adversaire d’une élection et à toute organisation ou pays désireux de résoudre le conflit naissant: celle de recompter les voix des électeurs; ce  qui aurait permis de savoir, une fois pour toutes, qui était le vrai vainqueur de l’élection et aurait surtout évité cette guerre entre deux camps qui embrasa le pays; surtout que les deux antagonistes, malgré tout, luttaient pour la même cause : servir le pays en mettant en pratique les propositions de campagne de chacun.


Il y eut, pour finir, l’intervention militaire de l’armée française et de l’ONUCI, dans un débat qui n’était pas le leur; pour une cause autre que celle de rétablir la vérité des faits électoraux; pour un objectif que la France avait de plus en plus de mal à cacher depuis que dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, une rébellion dirigée par Soro Guillaume, l’actuel président du parlement ivoirien, avait commencé à mettre à mal la cohésion sociale. Ces assauts de la France, criminels, meurtriers et sans justification ni légale ni légitime, permirent au camp de Ouattara d’accéder à la présidence de l’Etat ivoirien;  ce fut là le mode d’accession au pouvoir que choisit le premier ministre Ouattara; il se savait maintenant que s’il avait refusé la conciliation proposée par le camp Gbagbo c’était pour permettre l’intervention militaire de ses alliés occidentaux. Nous nous retrouvâmes dès lors dans la plus effroyable des situations que peut traverser un peuple déchiré par les souffrances, la mort, les répressions sanglantes et les départs en exil de ses fils.

Cela fait plus d’un an que monsieur Ouattara est au pouvoir, depuis que, le 11 avril 2011, la France et ce que l’on peut appeler la communauté internationale ont mis fin au nouveau mandat de Gbagbo.

Cela fait plus d’un an que la Côte-d’Ivoire est divisée entre deux camps: les pro-Ouattara regroupés au sein du RHDP (Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix), qui gèrent le pouvoir d’état avec ce que tout cela comporte de privilèges, d’impunités, de mainmise sur la justice convertie en «justice des vainqueurs» et les pro-Gbagbo auxquels rien n’est permis, qui n’ont aucun droit, bref, qui, comme dirait le philosophe, sont partout dans les fers.

Cela fait plus d’un an que dure le calvaire des autres Ivoiriens; une souffrance qui va  des emprisonnements tous azimuts des cadres visibles du FPI (parti de Laurent Gbagbo) et l’émission de mandats d’arrêt internationaux à ceux qui sont en exil sans oublier, sur tout le territoire national, la recherche et l’arrestation de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un pro-Gbagbo; une situation qui étend ses tentacules jusque dans les foyers ivoiriens qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts du fait des licenciements abusifs, de l’application dans tous les secteurs de la vie professionnelle de la «politique du rattrapage»; qui n’épargne pas les chantiers d’une réconciliation mille fois chantée mais toujours  bloquée au stade initial de la propagande qui n’engage que ceux qui veulent encore croire en elle.

Que dire, d’ailleurs, de cette équipe de réconciliateurs qui passe son temps à réclamer plus de moyens et jette à peine un regard  compatissant sur toutes les demandes et tentatives de règlement pacifique de la crise sociale? Que lui reprocher à elle qui, n’en pouvant mais, fait l’aveugle, la sourde et la muette?

L’heure est donc grave, la paix sociale est menacée et la survie de la nation en dépend; à cause de la politique effrénée de répression de toutes les libertés que le pouvoir a choisi de mettre en place; à cause de tous les va-t-en- guerre qui pullulent dans le conglomérat de partis qui dirigent la Côte-d’Ivoire ; surement aussi parce que dans le camp de l’opposition se trouvent également des hommes et des femmes qui refusent d’accepter le tort qui leur a été fait non pas par le peuple ivoirien mais par le désir françafricain de la France des prédateurs et rapaces.

La situation semble donc bloquée pour tout le monde : dirigeants, opposition plurielle, peuple. Mais tout ce temps ADO, celui qui est au pouvoir par la force des choses, se trouve presque toutes les semaines entre deux avions. Peut-être croit-il que les solutions à ce qui se passe dans notre pays se trouvent à l’extérieur? Peut-être s’est-il enfin rendu compte, lui aussi, qu’il n’a pas de solutions pour les problèmes que sa singulière accession au pouvoir a engendrés. Or, dans cette affaire, le mal est déjà fait. Oui, le mal est déjà fait; Allassane Ouattara est déjà au pouvoir et il nous faut sauver ce qui est encore possible de l’être; C’est pour cela que nous faisons ces propositions qui ne sont pas nouvelles mais dont la répétition peut aider à la recherche de la paix.

Si j'étais ADO,

-J’arrêterais mes nombreux voyages à travers le monde et je consacrerais désormais tout mon temps à rechercher, auprès du peuple de Côte-d’Ivoire surtout, les conditions d’une vraie réconciliation. En cela, je n’innoverais pas étant donné qu’avant moi, le président Bédié «sous l’autorité duquel je dirige le pays», du temps où il était aux affaires, avait organisé après les élections sanglantes de 1995, une concertation avec les partis d’opposition dont le RDR mon parti, pour rasséréner le climat social délétère de l’époque; je suivrais ses traces mais je ne saboterais pas comme lui il l’a fait, les conclusions des pourparlers entre son parti et l’opposition. J’imiterais également le président Gbagbo qui n’hésitait pas lui non plus à consulter le peuple pour les problèmes touchant la marche de la nation comme par exemple celui de mon acceptation comme candidat exceptionnel à l’élection présidentielle d’octobre 2010.

- Je me garderais, de manière stricte, de faire de ces consultations, des forums de dévotion à ma personne et à ma politique; c’est-à-dire que je me méfierais de tous ceux qui viendraient me conseiller d’user d’encore de plus de violence pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le pays.

- J’écouterais plutôt ceux qui me recommanderaient de m’asseoir moi-même pour discuter avec les représentants pro Gbagbo, de faire droit à leur volonté de voir libérés leurs dirigeants injustement arrêtés, leurs comptes dégelés. Je prendrais  une loi d’amnistie pour effacer toutes les condamnations, comme l’a fait avant moi le président Gbagbo avec les rebelles qui ont attaqué la mère patrie en 2002 pour m’aider à prendre le pouvoir. Je le ferais d’autant plus volontiers que je sais en mon for intérieur qu’ils ne m’opposent pas la violence ni ne me demandent pas de quitter le pouvoir; de plus, pour les avoir vus à l’œuvre du temps de Houphouët et de Bédié, je suis convaincu qu’ils  adoptent avec moi les recommandations de leur leader Gbagbo qui a toujours privilégié la transition pacifique à la démocratie malgré les aléas de sa vie politique.

-Maintenant que j’ai obtenu ce à quoi j’ aspirais depuis si longtemps: la reconnaissance internationale, surtout celle des grands de ce monde, maintenant que de façon  officielle toutes les portes me sont ouvertes et que partout l’on tient compte des honneurs dus à mon rang de président de république, je ferais la paix en Côte-d’Ivoire afin de mettre en pratique toute ma science d’économiste emmagasinée dans les institutions financières internationales; car je suis convaincu que le sort de tous les Ivoiriens, dépend de la qualité des relations que j’établirai entre pro Ouattara et pro Gbagbo.

-Je comprendrais que la Côte-d’Ivoire mérite bien cela, elle qui nous a tout donné en acceptant les groupes rebelles MPCI, MPIGO, MJP que nous avons formés pour prendre le pouvoir; en nous intégrant, pour la paix sociale, dans ses différents gouvernements; en finançant notre parti le RDR, et, pour finir, en nous laissant la gouverner...

Mais pour arriver à faire cela, il faut une bonne dose d’abnégation et de ce patriotisme qui fait fi de l’orgueil personnel; il faut ne pas chercher des prétextes de dissolution des partis de l’opposition qui consistent à ne voir en eux que des déstabilisateurs; il ne faut pas rejeter sans cesse sur les autres, les problèmes causés par soi-même. Car on peut être arrivé au pouvoir par la force et dans le sang des Ivoiriens et  pourtant décider d’être un véritable et sincère faiseur de paix !

Si j’étais ADO, je ferais cela pour me montrer le très reconnaissant bienfaiteur des Ivoiriens!       

Ce Vendredi, 17 Août 2012.

RATGO Emilio (Espagne) 

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