18/08/2012 15:02:19
Bruits de bottes en Côte d'Ivoire: qui sont ceux qui attaquent les FRCI ?
Nous posons ces questions afin de mieux cerner l’ironie du sort qui frappe, ces derniers jours, le régime d’Alassane Ouattara. Mais aussi, pour mieux saisir l’état d’esprit de ceux qui semblaient jouir, aujourd’hui, des retombées des crimes perpétrés par IB et ses tueurs.
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Frci à Dabou

A qui profitaient les crimes du « commando invisible » du sieur feu-Ibrahim Coulibaly, alias IB ? Qui sont ceux qui ricanaient, sous cape, et qui se frottaient d’avance les deux mains, lorsque les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), loyales à Laurent Gbagbo, se faisaient lâchement assassiner, à divers endroits du pays, plus précisément à Abobo ?

Nous posons ces questions afin de mieux cerner l’ironie du sort qui frappe, ces derniers jours, le régime d’Alassane Ouattara. Mais aussi, pour mieux saisir l’état d’esprit de ceux qui semblaient jouir, aujourd’hui, des retombées des crimes perpétrés par IB et ses tueurs. « Chacun à son tour », dira l’ivoirien, témoin oculaire de la triste période du « commando invisible» d’Abobo, version IB. Car il en existe, en ce moment, un autre, celui du « commando  mystérieux», tueur des FRCI. Qui sont-ils ? Pourquoi s’attaquent-ils aux FRCI ? Ces questions méritent qu’on s’y penche. Car, elles seules renferment toute la psychose qui s’est emparée des ivoiriens et, sans aucun doute, le trouble et la confusion dans lesquels se voit plongé le régime d’Abidjan.

Que cela soit clair. Loin de nous l’idée de faire l’apologie d’une quelconque guérilla, quel qu’en soit le motif. La vie d’un être humain, qui qu’il soit, d’où qu’il vienne, est sacrée. Cela dit, poursuivons notre investigation.

Qui sont ces individus qui s’attaquent aux FRCI ? C’est une question que nous retrouvons, en ces jours de confusion et de grande psychose, sur les lèvres des ivoiriens. Quoi de plus enrageant et même de plus traumatisant de ne savoir avec exactitude, surtout pour les tenants actuels du pouvoir, « qui attaque ? ». Mais encore, « pourquoi ils attaquent ?». Une guerre, digne de ce nom, ne peut s’engager, véritablement et résolument, que lorsque l’ennemi est clairement identifié et ses intentions formellement connues. Dans le cas des attaques de cibles militaires – celles des FRCI – en cours actuellement en Côte d’Ivoire, la question pourrait donc se résumer en ces termes : « Qui attaque ? » Mais encore et surtout, « Pourquoi ils attaquent ? ».

Deux questions essentielles et fondamentalement liées. A poser et auxquelles il faudrait répondre en toute honnêteté intellectuelle, sans faux-fuyants.

Qui a intérêt à attaquer ?

« Ce sont les pro-Gbagbo » disent les porte-paroles du régime d’Alassane Ouattara. Soit. Mais force est de reconnaître que la célérité avec laquelle ce régime a indexé les pro-Gbagbo, leur inflexibilité quant à explorer d’autres « pistes » sont, somme toute, à la fois saisissantes et curieuses, voire suspectes. Les fins limiers – les vrais – ne nous enseignent-ils pas que « dans toute enquête – sérieuse - il ne faut négliger aucune piste » ? Et que même celui sur qui pèsent souvent de lourds soupçons, n’est pas, quelque fois et en définitive, le vrai le coupable ? A moins que la volonté de nuire, coûte que coûte, à un tel, ne soit plus forte que le sens du jugement objectif et intellectuel et celui de l’approche scientifique escompté.

Qui attaque les FRCI de Ouattara ? Les pro-Gbagbo ? Rien n’est moins sûr. Pour le moment, nous nous en tenons à l’appellation « individus armés » ou encore « commandos mystérieux» ou tout simplement « assaillants ». Pour savoir « qui attaque ? », il faudrait d’abord – naturellement - penser à la question « Qui a intérêt à attaquer ? ».

Première « piste » : les « FDS revanchards »

Les FDS, restés loyales à Laurent Gbagbo ont combattu pour le régime de Laurent Gbagbo, puis, à la faveur de l’intervention des forces étrangères, notamment de la Licorne, mais surtout à l’issue de la capture – et non ‘’capturation’’, n’est-ce pas madame Kandia ? – de ce dernier, ils ont cessé de combattre. La plupart se sont « évanouis dans la nature », aux premières heures, pendant que certains, retournaient au bercail.

Dès son accession au pouvoir, monsieur Ouattara fit des rebelles issus des Forces Nouvelles, l’ossature principale de l’armée officielle de la Côte d’Ivoire, renommée à l’occasion, Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Les FDS, mis ainsi « à l’écart », ne bénéficiant pas de la confiance du nouveau « Chef », certains ont été mutés à divers endroits du pays, loin de la capitale, dépourvus de tous moyens adéquats pour assurer efficacement leur rôle, alors que d’autres se voyaient « rétrogradés ». On pourrait appeler ce groupe, les « FDS revanchards ».

Deuxième « piste » : les « FRCI mécontents »

Pressé de tous parts, notamment par ses alliés internationaux d’hier, monsieur Ouattara est sommé de reformer l’armée ivoirienne. Lors de leur récente visite en Côte d’Ivoire, les experts de l’Onu ont même exprimé leur souhait ardent de voir « la création d’une armée, d’une police et d’une gendarmerie démocratiques sous les ordres des autorités démocratiques mais aussi par la démobilisation, de tous les miliciens qui portent encore des armes ». S’agissant de miliciens, sachez aussi que ce sont aussi tous ces jeunes enrôlés par la rébellion venue du nord, au fur et à mesure qu’elle progressait vers la capitale abidjanaise.
 
La France non plus, n’est pas restée de marbre face à ces attaques préoccupantes et de plus en plus persistantes: « Nous appelons au calme et à l'apaisement des tensions (…) Le désarmement et la réforme des secteurs de la sécurité doivent plus que jamais être une priorité ».
 
Est-il besoin de le rappeler ? Depuis toujours, les questions de l’insécurité galopante et de la réforme de l’armée restent pendantes. Si bien qu’un observateur avisé affirme : « Ces attaques montrent surtout l’incapacité du gouvernement à réformer l’armée et résoudre les problèmes liés au secteur de la sécurité et de la défense ».
 
Tous ces jeunes que monsieur Ouattara a recruté dans son armée aux fins de prendre le pouvoir, ne peuvent pas tous intégrer l’armée. Tous ne peuvent pas non plus être « casés ». Que faire ? Monsieur Ouattara n’a eu d’autre choix que de les jeter à la rue, sans mesures d’accompagnements, pourtant « promises ». C’est pourquoi, tous les observateurs s’accordent à dire que ce « groupe » est une bombe à retardement, qui peut exploser, à tout moment.
 
Troisième « piste » : une « mixture » de FRCI et de FDS
 
Le risque d’un rapprochement entre « FDS revanchards » et « FRCI mécontents » est aussi à craindre. Ces deux groupes pourraient se liguer contre leur « ennemi commun », le régime d’Alassane Ouattara.
 
De toutes les façons, il faut reconnaitre que « la piste » des FRCI, au nombre des « commandos mystérieux », n’est pas à écarter. Elle est à prendre au sérieux, lorsqu’on se veut objectif et soucieux de jour la carte de la transparence. Or, fait curieux, le régime ouattariste s’est toujours gardé à évoquer « la piste » des « FRCI mécontents ». Pourtant, il est de notoriété que ces milliers de combattants, ont à plusieurs reprises et par divers canaux, notamment par la presse, envoyés des signaux d’avertissement au régime en place.
 
Au regard de ce qui précède, il est évident que le régime d’Alassane Ouattara, a certainement des choses à cacher, ou, disons-le tout net, beaucoup à se reprocher. Ce régime a, pour les besoins de la prise du pouvoir, enrôlé et armé plusieurs milliers de jeunes, aujourd’hui laissés pour compte. Ces jeunes-là, n’ont que leurs armes pour se faire entendre. Puisque, en réalité, ils n’ont jamais été désarmés, jusque-là. Si à cela nous ajoutons les guerres intestines que se livrent les différents clans, au sein même des FRCI, cela en fait un cocktail encore plus explosif.
 
La Réalité est donc là, claire et sans ambiguïté. Pour le régime Ouattara, avouer qu’il a jeté à la rue des milliers de jeunes dont il s’est servi, reconnaitre qu’il n’a aucun contrôle sur ses hommes, mieux estimer qu’il n’a aucun plan crédible pour réunifier l’armée nationale, serait un aveu d’échec patent - ce qui est pourtant le cas - Du coup, cela soulèvera - sans conteste - la question des « stratégies » utilisées pour son accession au pouvoir. Et partant, de l’opportunité même de sa présence aux commandes du navire Ivoire.
 
Comme vous pouvez le constater, nous sommes toujours à la case départ: Ouattara est-il l’homme qu’il faut à ce pays ?

Marc Micael

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