23/08/2012 04:31:24
Côte d'Ivoire. Quelles dénominations pour les universités!
De la même façon qu’on peut baptiser ces universités à l’emporte pièce, on pourra aussi les débaptiser dans la reconnaissance des vraies valeurs universitaires dans ce pays. Il faut le souhaiter vivement car rien ne justifie ce décret fantaisiste d’autocélébration...
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Université de Bouaké

A l’issue d’un récent conseil des ministres, il a été porté à la connaissance de la nation ivoirienne le décret de dénomination des universités de Côte d’Ivoire. Ainsi a-il-été décidé d’appeler désormais, l’université de Cocody-Abidjan, Université Félix Houphouët-Boigny, l’université d’Abobo-Adjamé, Université Nangui Abrogoua, l’université de Korhogo, Université Gbon Coulibaly, l’université de Daloa, Université Lorougnon Guédé et l’université de Bouaké, Université Alassane Ouattara. Ces appellations interpellent sur le bien fondé de ce décret. Quels noms fallait-il donner à ces universités?

Il est courant de baptiser de noms d’hommes illustres, des structures, œuvres d’art ou architecturales (ponts, aéroports, stades, universités, etc.) pour magnifier certaines personnalités du monde politique ou sportif ou militaire ou universitaire, etc.

Ces hommes ainsi honorés le sont pour les vertus qu’ils ont incarnées toute leur vie. Ces structures deviennent alors des symboles représentant ces vertus. C’est ainsi que l’actuel Président français, dès sa prise de pouvoir, a déposé une gerbe de fleurs au monument dédié à Pierre et Marie Curie, pour montrer son désir d’accorder une importance primordiale à la formation et à la recherche pendant son mandat.

Si le Palais de la culture de Treichville a été dénommé Bernard B. Dadié, c’est en témoignage de la dimension culturelle de cet homme, de ses importantes réalisations dans le domaine de l’art et de la culture. C’est donc à juste titre que cet icône de la culture ait son nom gravé définitivement dans la mémoire des ivoiriens.

A ceux donc qui ont, par leur travail, leurs œuvres, leurs sacrifices, magnifié de grandes vertus dans leur domaine d’activité spécifique, il revient à l’état de leur manifester sa reconnaissance.

C’est pourquoi, il est souhaitable de dénommer les universités de Côte d’Ivoire, ces temples du savoir qui prônent l’émulation, l’effort, la persévérance à toujours chercher à découvrir et à constamment mieux faire. L’université est entre autres ce lieu de la formation de la jeunesse, pilier du développement, où sont suscités les débats d’idées, la contradiction en vue de porter la connaissance à un niveau toujours plus élevé.

En quoi donc ces hommes choisis par le pouvoir Ouattara pour figurer au fronton des universités de Côte d’Ivoire méritent-ils cet hommage?

La grande université de Cocody-Abidjan, alors Université Nationale de Côte d’Ivoire, a reçu ses premiers étudiants en 1959, c'est-à-dire avant l’indépendance. Houphouët-Boigny, durant plus de 30 ans de pouvoir n’a pu permettre à la jeunesse estudiantine d’avoir en plus de Cocody, une autre université digne de ce nom. C’est d’ailleurs ce qui explique en partie l’effectif pléthorique de cette université. Les nombreuses réalisations entreprises par cet homme attestent manifestement que son souci ne visait pas le savoir de la jeunesse ivoirienne mais plutôt une apparence trompeuse de croissance de la Côte d’Ivoire, et le développement de son village pour l’ériger en capitale politique. De plus, il est connu de tous que cet homme n’affectionnait pas les débats d’idées et la contradiction.

Pourquoi faut-il alors aujourd’hui donner son nom à cette université? Qu’a-t-il fait de spécial pour la formation universitaire et la recherche en Côte d’Ivoire? Quelles vertus cherche-t-on à magnifier au travers de cette université? Son amour sans cesse hypocritement ressassé de la paix ? Sa longue période de gestion égocentrique de l’état par le parti unique, avec la bénédiction des « ancêtres gaulois»? Les emprisonnements injustifiés de nombreux étudiants et professeurs de cette université ? Et que sait-on encore ?

Dans tous les cas, n’étant ni universitaire ni attaché à cette organisation de la connaissance intellectuelle, Houphouët ne mérite pas qu’un établissement de ce type porte son nom. C’est pourquoi, on peut penser encore qu’il s’agit d’une autre action du RDR visant à endormir les militants du PDCI-RDA qu’il vaut mieux dénommer désormais PDCI-RDR car presque tous les militants du PDCI que Ouattara nomme sont en réalité des taupes du RDR au sein du PDCI-RDA ; désormais ce parti, naguère adepte de la paix, manifeste avec son allié d’aujourd’hui le RDR des actes de violence, de destruction et de massacres des populations. Voilà le comportement actuel de ceux qui se disent filleuls du bélier de Yamoussoukro.

Nangui Abrogoua est le nom que portera l’université d’Abobo-Adjamé. C’est un grand chef ébrié dont la rue principale d’Adjamé porte déjà le nom. Qu’a-t-il apporté de si important pour la jeunesse estudiantine de ce pays? Quasiment rien. Pourtant, il y a très certainement des professeurs d’université ou des chercheurs de ce village ou d’autres villages atchan qui méritent bien cet hommage, s’il faut ainsi chercher à faire les yeux doux aux atchan au regard du massacre des populations d’Anonkoua-kouté par le commando invisible du couple Ouattara-Soro.

Gbon Coulibaly est aussi un chef, mais est plutôt du Nord, traduisant ainsi une répartition géographique des dénominations pour éviter, une fois n’est pas coutume, le rattrapage ethnique. C’est le nom de ce chef sénoufo que devra porter l’université de Korhogo. Pourquoi? Parce que cette université est sur ses terres ? Qu’a fait ce chef traditionnel pour que l’université de cette ville porte son nom ? Quel modèle veut-on présenter aux étudiants de la région Nord? Quelles qualités universitaires, estudiantines présente-t-on ainsi à ces étudiants ? Il est simplement très mal indiqué et injustifié d’attribuer ce nom à une université. D’ailleurs, il ne fut qu’un pourvoyeur en main d’œuvre des peuples du Nord aux colons, dans la douloureuse période des travaux forcés.

Lorougnon Guédé, premier à occuper le poste de Ministre de la Recherche Scientifique sous le premier Président ivoirien, mérite bien de voir son nom figuré au fronton d’une université de Côte d’Ivoire. Voilà un professeur d’université nommé par Houphouët au gouvernement qui, malgré cette lourde responsabilité ministérielle, a continué de dispenser son savoir à ses étudiants de l’université d’Abidjan. Il a su montrer son amour pour la formation et le développement de la jeunesse. Cet homme, qui a exercé à l’Université d’Abidjan et non à Daloa mérite bien que l’Université d’Abidjan porte son nom.

Alassane D. Ouattara, 1er ministre imposé à Houphouët par la finance Internationale s’est illustré négativement dans ce pays de Gbagbo de plusieurs façons:

-    il a très tôt supprimé les internats des lycées et collèges et les cars chargés de transporter les étudiants des différentes cités universitaires vers les amphithéâtres ;

-    contre toute attente, il a diminué de moitié le salaire des enseignants, créant ainsi dans ce corps deux catégories de travailleurs qui, pourtant, avaient les mêmes obligations; Il a ainsi considérablement démotivé les enseignants et dégradé la fonction enseignante; par sa faute, il y eut une baisse drastique du niveau scolaire et estudiantin, conséquence de l’expatriation de nombreux enseignants du supérieur ;

-    emprisonnements des étudiants, viols et violations des droits de l’homme à la cité universitaire de Yopougon,  bâillonnements des mouvements estudiantins pour éviter toute contestation.

Aujourd’hui, en qualité de Chef d’Etat, il a fermé les universités depuis sa prise du pouvoir, obligeant les étudiants à perdre deux années universitaires d’affilée. Du jamais vu dans ce pays d’Eburnie!

De plus, il vient d’augmenter les frais d’inscription dans les universités publiques de 400% et tient encore en prison et en exil des professeurs des universités ivoiriennes qu’il accuse de génocide, jetant ainsi l’opprobre sur ces éminents universitaires.

Il apparaît donc clairement que cette hypothétique rentrée universitaire sera marquéedes absences de bon nombres de professeurs, en exil forcé et aussi par des arrestations d’autres enseignants et étudiants majoritairement pro-Gbagbo.

A analyser les rapports de Ouattara avec la formation et la recherche en Côte d’Ivoire et sans tenir compte de cette propension à toujours préférer la violence, l’impatience, les armes et non le débat, aucune université de ce pays ne doit porter son nom.

Il apparait aussi que les affectations des noms respectent une règle géographique. Chaque université à l’exception de celle de Bouaké porterait le nom d’un illustre fils de la région où se situe cette université. Pourquoi donc celle de Bouaké dont Ouattara n’est pas originaire porterait-elle ce nom ? Est-ce en raison de l’occupation par les ex-rebelles de cette région centre ? Est-ce la rançon de cette hospitalité accordée par les fils de cette région aux populations maliennes, burkinabè, guinéennes...?

Dans tous les cas, cette région a vu aussi plusieurs de ces fils et non des moindres dispenser sur plusieurs années leur savoir aux étudiants ivoiriens. Pourquoi une telle injustice ?

A la vérité, le RDR et ses affidés ont voulu, par ces dénominations en catimini, immortalisé Ouattara en maquillant maladroitement leur sale besogne avec des noms pris par ci et par là. En outre, il est vraiment dommage que le nom de l’émérite Professeur Lorougnon Guédé figure sur la même liste que ceux des vrais ennemis du monde universitaire que sont Houphouët-Boigny et Ouattara.

C’est pourquoi les universités de Côte d’Ivoire vont porter des noms de personnes qui, pour la plupart, ne le méritent guère. Cette autocélébration par Ouattara de ses hommes, dont lui-même, n’a aucune raison d’être. C’est pourquoi, il faut s’attendre à ce que ces noms ne se perpétuent à la façade des universités de Côte d’Ivoire.

De la même façon qu’on peut baptiser ces universités à l’emporte pièce, on pourra aussi les débaptiser dans la reconnaissance des vraies valeurs universitaires dans ce pays. Il faut le souhaiter vivement car rien ne justifie ce décret fantaisiste d’autocélébration.

NANWOULET G. Simone

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