28/08/2012 04:50:31
Opération Epervier. Le procureur noie Marafa et Cie
La suite des réquisitions du ministère public ce jour. Albert Dzongang expulsé de la salle d’audience
Le Messager
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La suite des réquisitions du ministère public ce jour. Albert Dzongang expulsé de la salle d’audience

Le parquet charge les accusés

C’était hier, lundi 27 août 2012, lors d’une audience au tribunal de grande instance du Mfoundi. L’affaire se poursuit ce mardi.

Le procès opposant le ministère public et l’Etat du Cameroun à Marafa Hamidou Yaya ancien secrétaire général de la présidence de la République, ex-ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation ; Yves Michel Fotso, ancien administrateur directeur général de l’ex-Camair ; Kounda Julienne, ancienne directrice générale adjointe de la Commercial Bank of Cameroon (Cbc) ; Jean Louis Chapuis, (en fuite) ancien directeur général de la même institution bancaire ; Sandjoun Géneviève (en fuite), ancienne cadre à Cbc ; et Jean Marie Assene Nkou (en fuite), directeur de société ; se poursuit ce mardi 28 août 2012 à la salle d’audience du tribunal de grande instance du Mfoundi.

Il est reproché à ces derniers le détournement en coaction de la rondelette somme de 29 millions de dollars américains. Fait commis entre 2001 et 2004, dans le cadre du processus d’acquisition d’un avion présidentiel. Hier, lundi le 27 août, dans ce procès éclair rarement vu dans ce que l’on appelle Opération Epervier, le ministère public a présenté ses réquisitions. Pendant des heures, les trois procureurs commis pour la circonstance ont tenté tant bien que mal de démontrer le degré de culpabilité des accusés.

Pour le cas spécifique de Marafa Hamidou Yaya, le magistrat Soh a soutenu son argumentaire en s’étonnant que la somme de 1,15 milliard Fcfa ait été virée dans le compte personnel de l’ancien secrétaire général de la présidence de la République pendant les transactions. Cet argent déposé par le directeur de Avipro finance Sa, dont le promoteur n’était autre que Yves Michel Fotso, était certainement la part du gâteau de Marafa Hamidou Yaya.

Ce d’autant plus que cet argent, explique le procureur, a été par la suite viré dans un compte à la Cbc.
Pour démonter l’argument avancé par les conseils des accusés selon lequel l’Etat du Cameroun s’était engagé à n’intenter aucune procédure judiciaire postérieure à quiconque au sujet de cette affaire déjà jugée par un tribunal américain, le procureur soutient qu’il s’agissait là d’une procédure civile liée à la liquidation de Gia International et non pas à une procédure pénale liée aux détournements. Le magistrat Soh relève, en faisant référence au texte réorganisant le gouvernement, que Marafa Hamidou Yaya, en sa qualité de secrétaire général de la présidence de la République était le seul maître du jeu. C’est lui qui choisissait les personnes à inviter aux réunions de préparation de cette opération, et en dernier ressort.

Et pour enfoncer le clou, il décline trois constances qui ne militent pas en faveur des accusés. A savoir que les 31 millions de dollars ont effectivement été débloqués (1ere constance), que l’avion n’a jamais été acheté (2ème constance) et que l’obligation de reverser l’argent ainsi débloqué dans le trésor public n’a jamais été exécuté (3ème constance).

Même les déclarations antérieures de Marafa Hamidou Yaya sont mises à contribution pour l’enfoncer. Le procureur citant les dépositions de ce fils de Garoua indique qu’il a plusieurs fois déclaré ne pas connaître Gia international, la société par laquelle l’argent avait été viré.  « Le ton péremptoire de l’accusé Marafa est contradictoire avec ses déclarations à l’audition préliminaire où il affirmait connaître très bien Gia international. Ces contre-vérités viennent confirmer l’existence de cette galaxie de connexions maffieuses savamment mises en place pour orchestrer les détournements », explique le procureur Soh.

Pour toutes ces raisons, il plaide pour la culpabilité de Marafa Hamidou Yaya. Ce d’autant plus que « même nommé ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa continuait à être informé de l’évolution du dossier par Yves Michel Fotso ».

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Yves Michel Fotso et Dame Kounda Julienne n’ont pas été épargnés par le procureur. Il a souhaité que le tribunal les déclare eux aussi coupables. En soutenant qu’Yves Michel Fotso était promoteur de multiples sociétés autour desquelles gravitait l’opération. Il en cite d’ailleurs quelques unes. Il fait aussi évocation des dépositions du témoin Otélé Essomba, qui avait suffisamment enfoncé le fils du milliardaire de Bandjoun. Surtout que ce denier n’avait absolument rien avancé pour se dédouaner face à toutes ces accusations. Julienne Kounda ayant été au centre de toutes les opérations, en sa qualité de directeur générale adjointe de la Cbc, s’est faite complice de tous ces détournements.

Ce mardi, les avocats de l’accusation vont présenter leurs observations, avant que la parole soit donnée aux conseils des accusés pour tenter de démonter les arguments du procureur.

Joseph Flavien KANKEU

Focal. Albert Dzongang expulsé de la salle d’audience

Un fait peu anodin a émaillé l’audience d’hier. Venu assister, comme nombre d’autres Camerounais, à la énième manche du procès Marafa et Cie, notamment en sa qualité de président du Comité pour la défense des droits humains des victimes de l’Opération Epervier, Albert Dzongang a été prié de quitter la salle.

L’adjudant de gendarmerie qui le lui signifie dans un inutile excès de violence verbale veut absolument l’empêcher de poursuivre la conversation engagée avec les accusés avant le début de l’audience. Le fait est d’autant plus incompréhensible que cet ordre ne provient pas du juge qui assure la police d’audience, mais d’un commis qui, manifestement, n’a pas qualité. Chez qui ce gendarme a-t-il reçu l’ordre d’expulser le concerné? En tout cas, pas de son lieutenant qui semblait aussi surpris que la victime.

« Je suis parti pour ne pas créer un incident, explique Albert Dzongang joint au téléphone par Le Messager. Mais, des attitudes de cet ordre montrent bien l’état de déliquescence de nos institutions, où, n’importe quel quidam peut prendre n’importe quelle décision sans penser aux conséquences. Et si j’avais refusé de quitter la salle -et j’étais fondé à le faire- que se serait-il passé ? »

Pour lui, son expulsion dénote que la « frilosité s’est emparée du pouvoir de Yaoundé qui veut donner un statut de victime à des personnes qui ne le méritent peut-être pas tant que ça. En accélérant la procédure contre les Marafa, en militarisant le tribunal lors des audiences, etc., le régime donne en effet l’impression que les accusés sont déjà condamnés d’avance. Ce qui pourrait expliquer qu’il se méfie des personnes comme moi qui peuvent le dénoncer… », poursuit Albert Dzongang qui a pris le parti de… rire de son expulsion.
    

 

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