30/08/2012 02:36:20
Comment reconstruire une influence diplomatique africaine?
Il est indispensable de se situer dans la perspective d'une réforme du conseil de sécurité et le débat subséquent sur l'attribution éventuelle d'un siège permanent à un Etat Africain dans cet organe stratégique de l'organisation des nations unies, pour percevoir les premières manifestations voire les premières démonstrations d'une volonté de leadership sud africain dans la diplomatie continentale.
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B - Le temps de la rupture

Il est indispensable de se situer dans la perspective d'une réforme du conseil de sécurité et le débat subséquent sur l'attribution éventuelle d'un siège permanent à un Etat Africain dans cet organe stratégique de l'organisation des nations unies, pour percevoir les premières manifestations voire les premières démonstrations d'une volonté de leadership sud africain dans la diplomatie continentale.

La relative dispute, pour ne pas dire tout simplement l'étrange guerre froide qui s'en suit entre les grands pays de la scène, en l'occurrence l'Egypte, l'Algérie et bien sûr ce pays de Nelson Mandela, crée une dynamique qui conduit à poser clairement le problème de l'orientation idéologique et politique du continent. Depuis les grandes figures que furent les pères fondateurs presque tous disparus, on avait l'impression que l'Afrique n'existait plus véritablement. Les Biya, Sassou, Musseveni et autres apprentis sorciers, n'ont pas tenu la route sur le plan diplomatique, et la voix de l'Afrique a par conséquent baissé d'intensité, se perdant même et devenant carrément audible à des occasions cruciales.

Les crises latentes offriront la première chance de voir se positionner concrètement l'Afrique du sud dont le leader historique Nelson Mandela, sera sollicité à plusieurs reprises comme médiateur.

Mais c'est à proprement parler, la fracture au sein de l'Oua devenue Ua, qui entraînera une chaîne de conséquences gravissimes pour l'Afrique du sud et débouchera sur l'exigence d'un nouvel équilibre productif. Le fait que des hésitations apparaissent sur les différents projets d'un fédéralisme africain, conduit à remettre à l'ordre du jour, l'urgence d'une décolonisation complète et effective du continent. D'abord, la réflexion sur l'échec des conférences nationales, produit un électrochoc lorsque toutes les conclusions mènent au renforcement des dictatures à travers le retour des velléités de présidence à vie.

Ensuite, le sentiment d'une reprise en mains de certains pays notamment francophones par l'ancienne puissance coloniale, réveille en Afrique australe particulièrement, une sorte de hargne contre la domination impérialiste. Ailleurs, plus haut, Wade du Sénégal a eu le temps de s'installer confortablement au pouvoir et a perçu dans l'explosion des échanges mondiaux, une raison pour plaider à la fois en faveur de plus de considération pour l'Afrique et d'une renaissance interne salutaire.

Cette évolution se met en place pendant que sur place en Afrique du sud, la lutte pour le contrôle du pouvoir bat son plein entre une élite jugée trop occidentalisée emmenée par le président en poste Tabo Mbéki, et une élite populiste et revancharde conduite par Jacob Zuma. Cette lutte n'a pu avoir lieu et apparaître au grand jour, qu'après que l'Anc ait stabilisé le pays et assuré le contrôle du pays au moins à 80%. La conclusion sera également le commencement d'une autre Afrique du sud, une Afrique du sud interventionniste et plus présente en terme de manifestation d'influence sur le continent, une Afrique du sud engagée dans un processus d'alliances qui contrarie ouvertement les lignes soumises observées jusque là.

Pour mener à bien cette offensive transformatrice, la Libye de Mouammar Kadhafi sera mise à contribution, pendant que par ailleurs, la diplomatie sud africaine se fera plus représentative de la voix du continent dans les forums mondiaux. Au sein de l'Ua, la nouvelle dynamique émerge, en contournant au besoin, le président de la commission de l'organisation, le gabonais Jean Ping, jugé trop noyé ou trop embrigadé par les puissances coloniales. Il n'y a donc plus de doute sur l'orientation du continent et ses ambitions en termes diplomatiques, au moment où sonne les cloches du printemps arabe que l'on assimile trop vite, à une nouvelle révolution mondiale.

Abdoulaye WadePretoria qui fait une analyse plus pragmatique, prend vite ses distances en critiquant vertement Wade qui avait un  temps paru comme un allié idéologique. Sur plusieurs scènes de crise, les analyses divergent, mais confortent toujours plus, l'idée selon laquelle, aucun mouvement soutenu de l'étranger ou par les étrangers, ne peut être salvateur pour l'émancipation, la dignité et la considération du continent.

Voilà comment et pourquoi, les pays africains sont presque obligés, de remettre tout sur la table et de refaire l'ensemble des rapports des forces internes. Entretemps, le Nigeria est devenu déliquescent, l'Egypte est tombé dans le désordre incertain de ce qu'il est convenu de nommer le printemps arabe, Wade a quitté le pouvoir par la petite porte et de la façon la plus humiliante, sans dignité, puisqu'il a voulu se maintenir par tous les moyens.

L'élimination brutale et presque sans manière de Kadhafi, ouvrira une grande opportunité de discussion et de procès d'intentions. Chacun devra se définir et se positionner, au moins discrètement et en silence, sur les ingérences et le discours sélectif de démocratisation développé par les puissances extérieures. Alors que de Paris ou de Washington, on croit la cause d'une nouvelle ligne dure vaincue sur le continent, les pays de l'Afrique australe sortent le grand jeu, et réinventent l'idéologie progressiste des années 1960 et 1970. La conséquence ultime, en fait le premier pas stratégique, interviendra avec la conquête de la présidence de l'Union Africaine. L'ardeur et la passion déployées par l'Afrique du sud lors des négociations pour ce poste, montrent bien que nous sommes en présence d'une décision de rupture conçue pour asseoir les bases institutionnelles et organiques, d'une nouvelle diplomatie continentale. C'est pour cela que durant le long lock out qui a duré presque six mois, les émissaires de Pretoria n'ont rien cédé, jouant de leur argent et de multiples entregents, pour redorer le blason des bons offices sur plusieurs tableaux.

En réalité, il aura fallu rendre à César, ce qui lui appartient, car à bien régarder, c'est le temps d'une fin de récréation pourrie entretenue par des saltimbanques sans aucune conviction nationaliste ni panafricaniste, que les sud africains ont eu à coeur de congédier, et ils ont réussi avec éclat. C'est incontestablement une nouvelle ère, mais la reconstruction sera très difficile, et dépend de plusieurs autres réussites, celles là plus délicates.

à suivre

Dr Shanda Tomne

In: Le Messager

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