30/08/2012 03:04:46
Justice. Enoh Meyomesse enfin au tribunal
Quand le « pays  organisateur » broie ses enfants...
Le Messager
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La première audience de ce qu’il est convenu d’appeler  l’affaire Enoh Meyomesse est fixée à ce vendredi 31 août 2012 au Tribunal militaire de Yaoundé. Selon le communiqué qui est parvenu à notre rédaction, « incarcéré depuis le 19 novembre 2011 initialement pour les motifs de tentative de coup d'Etat, association de malfaiteurs, vol aggravé, recel d'un kilogramme d'or, et sous des allégations démontées à chaque fois, l'écrivain et homme politique Enoh Meyomesse passera enfin devant le tribunal le 31 août 2012, mais cette fois pour les motifs de complicité de vol aggravé avec coaction et de vente illégale d'or ».

Après 30 jours dans un cachot sans lumière et 4 jours en isolement total à la légion de gendarmerie de Bertoua, l’écrivain sera convoyé et emprisonné à Yaoundé d’où il devrait être extrait ce vendredi pour le tribunal. L’Etape de Bertoua nous est connue grâce à un récit publié par notre confrère ‘la Météo’ :

« Pendant les quatre premiers jours qui ont suivi ma déportation à la légion de gendarmerie de Bertoua, j'ai été placé en isolement total. C'est une pratique qui consiste à maintenir un individu tout seul dans un cachot pendant plusieurs jours, et sans aucun contact extérieur. Il est ainsi totalement coupé du monde. C'est une forme de torture douce, mais ô combien terrible. Au bout d'un certain temps, la personne qui la subit se surprend en train de nouer la conversation avec.., les murs. Elle s'adresse à ceux-ci sans s'en rendre compte.

Cela m'est arrivé à plusieurs reprises. Autre syndrome de la solitude en espace carcéral qui m'est arrivé, celui des murs qui font mal au corps. Au bout d'une certaine durée en solitaire entre quatre murs, un être humain a l'impression que ceux-ci se déplacent et viennent d'abord se coller à son corps, puis se mettent à vouloir le broyer. Enfin, ils donnent l'impression d'avoir pris possession de son cerveau et tentent, telle une énorme pince, de le presser. C'est une sensation épouvantable. Il en souffre alors profondément. J'ai connu cela. J'en ai tellement souffert que, au bout du quatrième jour, je m'étais sérieusement mis à craindre d'être atteint de folie... »

Son séjour dans la prison de Kondegui aussi n’est pas de tout repos. Son mandat de détention provisoire  d'une durée de 6  mois date de décembre 2011. Il  sera prorogé pour six autres mois en juin 2012.

Focal. Quand le pays organisateur broie ses enfants

Etre classé membre du pays organisateur et avoir un regard critique sur la gouvernance au Cameroun peut mener loin …dans les geôles de la République, souvent pour des séjours prolongés.

Apres tant d’autres personnalités de l’aire sociologique et de la famille politique du Renouveau, un des co-auteurs de l’ouvrage « opération épervier, un devoir d’injustice » qui décrypte les errements et déviances d’une campagne de salubrité des mœurs publiques aujourd’hui transformée en opération de purge politique, l’écrivain et homme politique Enoh Meyomesse en fait l’amère expérience.

Selon son confrère Nganang, « son crime, lui, est simple, et nous le connaissons : il est béti, voilà la vérité. 'Je te supplie, faites quelque chose pour moi. Ils vont me tuer.' Telles sont les paroles qu’Enoh Meyomesse aura adressées de sa cellule de Bertoua, à un ami comme lui journaliste d’opinion dans notre pays. Ce seront jusqu’ici ses derniers mots, sauf deux ou trois autres fois où il a appelé ici et là pour demander des aides sporadiques.

Ce cri d’alarme fut lancé du fond de l’abîme dans lequel les grandes réalisations l’auront jeté, car c’était avant son transfert au tribunal militaire de Yaoundé. Depuis, cet écrivain des plus respectés, cet intellectuel camerounais des plus en vue, ce critique vocal de la dégringolade de son pays, ce candidat à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011, ce Jean-Paul Sartre camerounais, comme l’appelle un jeune artiste, sera paradé devant les medias avec entre ses mains un écriteau disant ce dont il est accusé : ‘vol aggravé.’ ». Chance pour lui. Initialement, il avait été embastillé pour …tentative de coup d’Etat.

De son vivant, Mongo Beti a également eu les faveurs de la soldatesque du régime securocrate de Yaoundé lors de l’affaire Titus Edzoa. Il avait été interpellé sur les marches du Palais de justice de Yaoundé et retenu à la Légion de gendarmerie du Centre. Mongo Beti était venu, en compagnie d'autres membres du «collectif pour la libération de Titus Edzoa», assister à l'audience de cet ancien proche du président Paul Biya, candidat à la présidentielle avant d'être arrêté pour détournement de fonds.

Mongo Beti s’était interrogé à l’époque : «Titus Edzoa ne serait-il pas victime d'un complot politique visant à l'écarter de l'élection présidentielle imminente, de peur qu'il ne piétine les plates-bandes ethnico-électorales du Chef de l'Etat?» L'annonce des arrestations à la radio et l'émoi causé à Yaoundé avait sans doute évité à Mongo Beti et ses amis de passer plusieurs nuits en prison, comme le leur promettaient les gendarmes. Ce n’est pas le cas de  Titus Edzoa qui croupit depuis deux septennats dans une caserne militaire au cœur de Yaoundé.

Opposant à Ahidjo puis à Biya, Abel Eyinga, l’auteur de ‘mandat d’arrêt pour cause d’élection’ avait toutes les peines du monde à faire entendre sa voix dans le no man’s land politique que constitue la région du Sud. A Ebolowa, il était considéré comme un pestiféré. Ses visiteurs étaient fichés et souvent en proie aux menaces. Célestin Bedzigui après quelques flirts avec le pouvoir, du se rendre à l’évidence. On n’aime pas les opposants dans la ‘famille’. Ni les longs crayons comme l'abbé Jean Marc Ela qui dû se résoudre à s’arracher à ‘l’amère patrie’ pour un exil canadien,   avant qu’il ne soit trop tard ?

Cela est d’autant plus vrai que ce que le petit peuple appelle ‘le pays organisateur’ broie tous ceux qui s’écartent de la lignée. Que l’on soit fils adoptif du terroir  présidentiel  comme Marafa, allié objectif du Renouveau, ou ‘autochtone’ comme Enoh Meyomesse. 

L’opération « Epervier » qui avait été brandie par le régime Biya comme une preuve de bonne gouvernance ne vient-elle pas nous rappeler qu’il vaut mieux manger et se taire sous le Renouveau ? D’Abah Abah à Atangana Mebara en passant par Siyam Siwe et les autres, au fil du temps, elle est apparue comme un instrument de règlement de comptes contre quelques golden boys qui avaient fini par se croire un destin présidentiel à l’horizon 2011.

D’autres clients par contre sont toujours bien en cour, de Mendo Ze à Meva’a M’Eboutou. Ancien membre tard rallié et vite reparti de  ce que Célestin Monga appelait ‘la tribu du ventre’, Maurice Kamto  fait aujourd’hui la triste expérience de l’interprétation que l’on fait des libertés publiques. Heureusement pour lui qu’il est encore libre. Pour diner avec le diable, il vaut mieux se munir d’un gilet pare…feu.
 
Edouard Kingue

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