31/08/2012 02:34:46
La littérature engagée dans le contexte camerounais
Quelle vacuité, quel vide, quelle absence de vie mais aussi ô sacrilège des sacrilèges, comme chacun de nous est plein de lui-même au mépris de la modestie qu’exige tout travail de pensée !
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Personne ne m’a demandé ce regard que je me permets de porter sur la littérature engagée dans le contexte camerounais en une fraction de seconde.

Quelle vacuité, quel vide, quelle absence de vie mais aussi ô sacrilège des sacrilèges, comme chacun de nous est plein de lui-même au mépris de la modestie qu’exige tout travail de pensée !

La littérature des réseaux sociaux est révélatrice de notre état d’esprit, non de la plénitude de cet état d’esprit plus incarné que désincarné. Les photos de profil représentent ce que nous croyons être, ce que nous posons et donnons à voir. Des échanges s’engagent et se terminent au rouleau de notre nombril sans jamais ô double sacrilège, oui sans être nombrilistes. Chacun plaide pour sa chapelle qui n’est autre que ce doux rouleau !

Pourtant l’acte d’écriture a toujours été un acte d’engagement dans la mesure où celui qui prend la responsabilité de le poser prend le parti esthétique et thématique de ce qu’il a à dire. C’est un choix plus profond parce qu’on disparait soi-même dans l’acte d’écriture pour faire éclore un autre monde dans lequel d’autres vivent ou donnent vie à d’autres. Tout écrivain refuse l’enfermement hors ce qui se passe au Cameroun ; C’est que, à force de tourner dans son nombril la majorité se mure dans une tour d’ivoire où il ne fait beau pour personne. Ecrire c’est s’exprimer au nom des sans-voix. La parole littéraire est donc une arme et non objet de masturbation fusse-t-elle intellectuelle. La littérature transgresse toutes les censures, la littérature est active, elle toise la vie sociale, embrasse la politique, s’amourache de la religion voilà pourquoi toute littérature est de circonstance tout en visant l’éternité.

Mongo Beti pour beaucoup d’écrivains voire de lecteurs de ma génération est l’incarnation de l’engagement en littérature. Sa littérature est un cri nègre et humain qui vient au secours des droits de l’homme, bafoué par les maîtres politiques et économiques. René Char, Paul Eluard ou Jacques Prévert les acteurs-auteurs de la lutte contre la guerre en sont aussi des exemples vivants. Nous pouvons aussi citer Hugo au 19ème siècle avec les Misérables ou les Romans de Zola. Emile est certainement le plus fameux représentant d’un engagement social qui manque aujourd’hui au Cameroun.

Appelons de nos vœux cet engagement, qui prend parfois une forme polémique du grec (πολεμος, la guerre) afin que s’instaure au sein de la société camerounaise un débat argumentatif dans lequel les uns et les autres tenteront de faire triompher leur vision du monde.

Je vois de belles plumes qui s’enferment, qui s’entourent et qui refusent de marcher en regardant les étoiles.

Je vois des journaux qui s’enferment et ferment les portes aux idées.

Je vois un peuple qui boude les kiosques et les quelques bibliothèques qui osent encore proposer de la lecture !

Mais au final pour tous et pour toutes, sachons que l’engagement littéraire se caractérise par des adresses au lecteur, un lexique (pour que le lecteur l’assimile) clair et parfois violent et le recours à un grand nombre de figures de styles destinées à illustrer le propos. Alors que font Jean-Emmanuel Pondi, Mathias-Eric Owona Nguini, Guy Parfait Songué, Mbombock Mbock Bassong, Charles Atéba Yéné, que font Jean-Bruno Tagné, Haman Mana et tous les autres chevaliers de la plume ?

Formons ce cercle vertueux de la littérature engagée dont le pays a tant besoin pour sa propre germination.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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