17/09/2009 15:04:24
Quand l'Afrique s'éveille
L'Afrique bouge. Et les deux colosses du XXIe siècle-Chine, Etats-Unis-bougent vers l'Afrique. Le continent le plus déshérité du monde fait saliver les ogres
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GIF - 16.3 koL'Afrique bouge. Et les deux colosses du XXIe siècle-Chine, Etats-Unis-bougent vers l'Afrique. Le continent le plus déshérité du monde fait saliver les ogres. Son pactole minier et pétrolier précipite leur face-à-face dans la foire d'empoigne mondiale des matières premières. Elle agite le continent noir d'un nouveau remue-ménage politique et stratégique.

La France n'y est pas à la fête. Elle patauge dans son passé colonial qui la sert encore mais aussi la dessert. Le Gabon figure en dernière péripétie de cet héritage délicat. Il inspire à la bien-pensance française des commentaires pénibles non dénués d'arrogance postcoloniale. Apprenons donc à « enseigner moins fort » !

En finir, dit-on, avec la Françafrique ? Sous ce cliché fourre-tout, on dénonce certes, à bon droit, des connivences postcoloniales inavouées. Et d'abord, le financement occulte de nos partis politiques par des potentats africains. Le Gabon y a trempé. Mais depuis le renforcement légalisé des contrôles, la séquelle des valises de billets de banque a-presque-disparu. Le micmac pétrolier avec les Etats francophones tend à s'éteindre depuis que Total assèche le vivier politicien d'Elf. Nous vitupérons par rabâchage une Françafrique disparue.

C'est, en tout cas, folie que de mettre dans son sac à malice le réseau de relations multiples que notre pays, Dieu merci, conserve sur le continent. Nous disposons dans 18 Etats de l'Afrique francophone de l'atout fondamental de la langue, d'intérêts consistants, de 200 000 ressortissants et d'un dispositif militaire en réduction mais encore respectable dans l'échiquier stratégique africain. Ces atouts ne sont pas opérables par la chirurgie expéditive de la rupture. Il est absurde, dans l'amalgame simplet de la Françafrique, de vouloir jeter le bébé avec l'eau du bain. Vidons l'eau sale, mais ménageons le bébé...

Pour enterrer la Françafrique et son cliché ambigu, nous nous gargarisons du slogan de « rupture ». Mais de quelle rupture parle-t-on, s'il s'agit de protéger nos intérêts, nos citoyens et ce qui nous reste d'influence ? Et d'ailleurs, y a-t-il vraiment rupture lorsque nous continuons à sermonner l'Afrique adolescente du balcon démocratique où nos ancêtres nous ont juchés ? Pour parler à l'Afrique nouvelle, nous n'avons pas encore appris le plain-pied ni oublié la condescendance.

L'Afrique, c'est un fait, ne se plie pas à notre magistère droit-de-l'hommiste. Ses peuples, encore meurtris par la mémoire de l'esclavage et de l'aliénation coloniale, habitent des nations découpées, il y a cent cinquante ans, par une Europe impériale, dans le mépris des ethnies, langues, religions et anciens royaumes écrabouillés. Elle est encore parcourue de violences tribales et, à Libreville, on ne lit pas Montesquieu, le soir, à la chandelle... Tout le continent ne connaît pas l'évolution démocratique exemplaire du Ghana. Et tout le continent ne sombre pas, non plus, dans la régression exécrable du Zimbabwe. Il faut voir l'Afrique, fort diverse, comme elle est, et comme elle devient. On la disait « mal partie », elle décolle, c'est déjà beaucoup !

A force de noyer, sous le prêche démocratique, les réalités claniques de l'Afrique, la France, sous Mitterrand, aura béni, au Rwanda, la majorité hutu, sans voir venir le massacre génocidaire de la minorité tutsi. Sombre tache sur notre blason africain ! Les chefs d'Etat de l'Afrique actuelle, élus dans des élections rarement exemplaires, présentent le profil composite du sage, du chef de clan, de l'initié et du despote. Il faut savoir que plusieurs, à leur manière peu orthodoxe, ont évité des guerres civiles désastreuses. Les plus influents, par leur entregent auprès de leurs pairs, ont appuyé sans bruit nos démarches diplomatiques et onusiaques.

Sous Sarkozy, une appréciation plus lucide nous eût évité d'avoir à désavouer nos envols rhétoriques, dont celui du ministre Bockel, prestement déplacé (comme jadis Jean-Pierre Cot sous Mitterrand). Et l'Elysée fut bien aise de réparer les pots cassés, par le biais d'intermédiaires influents qui entretiennent, avec ces chefs d'Etat, un réseau ancien de relations personnelles qu'une homélie verbeuse et angélique ne peut remplacer.

Dans un continent où la toute-puissance tient au sceptre du chef, la parole du monarque français est la seule qui vaille. Or des négligences pressées, des visites en courant d'air de Nicolas Sarkozy ont désorienté ou déçu. Et malgré le savoir-faire africain de Claude Guéant, quelques foucades verbales de notre chefferie déroutent encore ou indisposent.

Réservons donc nos berceuses et rêveries visionnaires pour l'Union méditerranéenne, belle encore au bois dormant. L'Afrique noire, elle, s'éveille, désormais cajolée par les grands. De nous, qui ne sommes ni grands ni petits, l'Afrique attend moins mais mérite mieux.

 

Claude Imbert

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