01/09/2012 02:47:13
Quel rôle pour les clercs dans une société humaine sous domination coloniale ?
Dans une société politique sans État ni nation comme l’est « notre cher et beau pays » le Cameroun, quel devrait être objectivement le rôle politique, philosophique, culturel et social des clercs ; c’est-à-dire des lettrés ? Cette interrogation ne sera valable que si on pense que haute culture et vertu ont partie liée.
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Préambule

Dans une société politique sans État ni nation comme l’est « notre cher et beau pays » le Cameroun, quel devrait être objectivement le rôle politique, philosophique, culturel et social des clercs ; c’est-à-dire des lettrés ? Cette interrogation ne sera valable que si on pense que haute culture et vertu ont partie liée. Elle n’efface non plus le rôle des autres composantes sociales.

Elle ne leur donne pas plus de légitimité le sens qu’aux autres. Puisqu’un peu partout les lettrés sont dans une sorte de demande de reconnaissance, je voudrai donc, dans les lignes qui vont suivrent, essayer de cerner, dans le contexte de la situation géostratégique de notre pays, le rôle véritable que devrait jouer les « éclaireurs ». C’est par ce vocable qu’ils se qualifient eux-mêmes quand ils veulent professer la bonne parole. Moi-même, je n’échappe pas à cette description un peu caricaturale, je vous le concède.

La problématique du rôle politique des clercs dont je ne vais aborder qu’un pan ici n’a pas toujours fait l’objet de traitement sérieux chez nous comme ailleurs. Mais, puisque je m’adresse à un public précis, je vais m’atteler à la camerouniser.

Nous sommes une communauté humaine sans État et nous ne constitutions pas encore une nation. Nous avons une administration coloniale au service des intérêts de la métropole qui, elle-même, a changé de nature. La métropole a cessé depuis fort longtemps d’être un pays. La métropole aujourd’hui, même en Occident, ce sont les banques privées internationales, les assurances et les multinationales qui la constituent. Ces organisations privées, financeur de la vie privée et des coûteuses campagnes électorales des politiciens, instrumentalisent, à travers leurs vaguemestres, l’État (appareil de répression) pour sécuriser et garantir leurs intérêts.

En Occident, l’État, qui est de forge ploutocratique ne joue que sa mission fondamentale : garantir et pérenniser l’ordre colonial que la ploutocratie impose aux peuples. A contrario des politiciens financés, la métropole, au Cameroun, à un autre mode opératoire. Elle ne finance pas les collabos camerounais les plus importants comme les politiciens ; mais plutôt des illusionnistes reconvertis en PDG d’ONG de lutte contre la corruption et pour que le mur gauche de la case de ma grande mère maternel au village et qui ne vit plus ne tombe pas à droite. Le criminel Roschilds (1)  ne disait-il pas en substance que donnez moi le pouvoir de contrôler la monnaie et je m’enfous de celui qui fait les lois. Il suffit de faire un chèque et il n’est plus là. Dans la même lancée, Bill Clinton (2)  avait dit de lui qu’il n’est qu’« un président virtuel » reconnaissant explicitement que le pouvoir est détenu réellement par celui qui fait roi. Je n’apprends rien à personne.

Pourquoi voudrai-je parler du rôle politique que devraient jouer les clercs dans une société humaine sans État et qui ne constitue point une nation comme la nôtre ? Comment l’immense majorité des clercs camerounais se sont toujours positionner par rapport à la question du pouvoir ? S’ils avaient de l’amour pour « leur tribu » ou « leur ethnie », nos clercs « anti-tribalisme » ou « anti-ethnicisme », se mettraient-ils au service de l’ordre totalitaire ploutocratique occidental pour le pérenniser ? Et pour finir en beauté si vous permettez l’expression, nous mettons au défi tous ces clercs qui se refusent de « mourir dans la misère  »(3)  de dire si il existe des ethnies au Cameroun, s’il existe comme l’a théoriser la raciologie coloniale occidentale plus de 250 langues parlées dans notre beau pays.

a)    Raisons de mon attitude politique.

Achille Mbembe
Achille Mbembe

Quand une société politique est sur une pente glissante et prête à tomber dans un trou dont personne ne peut prétendre connaître la profondeur et prédire le temps de la sortie, ne rien faire (dire c’est une façon de faire) est immoral et s’assimile à une coaction de crime contre l’humanité. Autrement dit, si pour des raisons de convenances personnelles vous ne faites rien pour mettre en lumière le rôle politique que devraient jouer les clercs dans une société politique comme la nôtre pour lui éviter de sombrer dans l’abîme des folies meurtrières que l’humanité a connu jusqu’à ce jour, et permettre ainsi aux populations crédules de comprendre le jeu macabre de ses hommes des lettres, alors, vous êtes, au même titre que ces vampires (si, si. Nos clercs sont des suceurs de sang ; c’est-à-dire des êtres vivants avides d’argent), un criminel. Votre responsabilité morale est engagée ainsi que votre culpabilité.

C’est donc pour témoigner toute ma reconnaissance à tous ces Illustres Patriotes qui vont d’avant Um Nyobé jusqu’à Pougala en passant par Mongo Béti, Nkuma Ndumbè III, Nsamè Mbongo, Mboua Massock, Anicet Ékani, Énoh Meyomesse et autres qui se sont battus et continuent de le faire pour qu’émerge enfin une nation camerounaise et une fédération africaine dont le totalitarisme ploutocratique occidental et ses collabos locaux, soucieux de jouir (pour ne point mourir dans la misère), mettent ensemble leurs forces obscurantistes enfin empêcher  l’avènement.

Pourquoi est-ce maintenant que je voudrai tirer la sonnette d’alarme ? Pour ne pas avoir à rendre compte à ma propre conscience et aux générations futures (nos enfants) de ce que, individuellement, je n’ai voulu rien faire pour ma société.

b) Le rôle politique des clercs dans une société sous domination coloniale

Dans notre société, il n’existe aucun élément de souveraineté. Personne ne peut le contester et j’invite à un débat public contradictoire toute personne qui soutient le contraire. Dans un contexte comme celui-là, quel devrait donc être le rôle historique des clercs ? C’est à partir de cette réflexion que j’ai donc commencé non pas à m’intéresser à ce que disaient nos clercs, mais à ce qu’ils faisaient dans leur propre vie. J’ai la faiblesse de penser que les actes ne peuvent être en contradiction avec les discours. J’ai donc simplement fait ce qu’il fallait faire. Lire les discours et m’intéresser à la vie privée de leur auteur.

Permettez moi de partager, avec vous, quelques pépites des contradictions qui structurent la fausseté de ces « prophètes » qui, sans scrupule, passe leur temps à faire exactement la même chose qu’ils reprochent en public aux politiciens qu’ils conseillent en coulisse.

Le Togolais Robert Dussey est Docteur en philosophie politique, universitaire et forme les hauts cadres de l’administration coloniale togolaise. Il a publié aux éditions Jean Picollec, en 2008, une tirade contre les classes politiques africaines qu’il a intitulé : L’Afrique malade de ses hommes politiques. Inconscience, irresponsabilité, ignorance ou innocence ? Quelle est la thèse de ce philosophe de son ouvrage ?

D’après ses analyses, « La responsabilité des malheurs du continent ne peut être attribuée aux seuls facteurs externes. L’Afrique est aussi malade d’elle –même. Il suffit d’évoquer le pillage organisé par certains de ses fils qui font de la corruption, de la gabegie, du clientélisme, des détournements du dernier public, une méthode de gouvernement. Sur la liste des ennemis du développement réel de l’Afrique, nous ne pouvons masquer le poids des réseaux mafieux et des lobbies divers qui contrôlent les ressources stratégiques et soutiennent les pouvoirs autocratique ou despotiques. La plupart des guerres et des conflits qui ont appauvri l’Afrique ne peuvent se comprendre en dehors des enjeux géopolitique et économique que constituent le pétrole, l’uranium, le diamant, l’or, le cobalt ou le cuivre que se disputent les puissants groupes d’intérêts. »(4)

Le clerc qui tient ce discours n’est pas un opposant à l’ordre colonial qu’il a accroché à un « croc de boucher ». C’est le conseiller diplomatique de Faure Éyadéma, préfet togolais du département français d’Afrique de l’ouest que l’on appelle le Togo.

Celestin Monga
Célestin Monga

Le deuxième exemple de cette misère psychologique, morale et intellectuelle est le clerc Achille Mbembè, professeur dans une université sud-africaine et anciennement secrétaire général du CODESRIA. Il publie, en octobre 2010, aux éditions La Découverte, Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée. Après avoir fait le constat selon lequel la France a décolonisé sans s’auto-décoloniser, il appelle à « l’invention d’un imaginaire alternatif de la vie, du pouvoir et de la cité [qui] exige la remise à jour des solidarités transversales, celles qui dépassent les affiliations claniques et ethniques ; (…) ; un renouveau du militantisme juridique ; (…) ; une idée de la vie et des arts qui serait le fondement de la pensée démocratique».(5)

Bien avant, ce clerc appelle à l’adoption de la grève morale qui : « est une forme d’insurrection [qui] commence par une subversion des relations mentales qui soumettent le sujet à une tradition faite loi et nécessité. Son objectif est de briser les forces mortes qui limitent les capacités de la vie.»(6)  Sauf que la personne qui a écrit ces phrases là où il est expressément demandé de sortir de la minorité mentale est celui qui, dans une interview intitulée « il n’y a pas un ange et un démon  dans la crise ivoirienne» (7), accordée à la radio coloniale RFI, cet apôtre autoproclamé de la libération de l’Afrique, va appelé le totalitarisme ploutocratique  occidental à bombarder (c’est-à-dire à utiliser le bazooka qu’il a dénoncer dans l’article du 26 janvier 2011) la Côte d’Ivoire indocile de Laurent Gbagbo pour mettre un terme au processus de décolonisation engagée. Qu’est-ce qui explique ce changement à 10000 degré après l’article (8)  publié avec Célestin Monga sur l’illégitimité morale du cartel des criminels qui s’est autoproclamé « communauté internationale »? La promotion de son ego à travers son livre.

Des lettrés médiatisés qui usurpent la qualité de société civile comme Achille Mbembé, Shanda Tomné, Sindjoun Pokam, le pitre Messanga Nyading, Maurice Kamto, Nguini Owona, Paul Pondi, Gaston Kelmann, Jean-Vincent Tchiénéhom, James Mouangué, Mila Assouté, Célestin Bedzigui, Séverin Tchounkeu, Axelle Kabou, Atéba Yené C., Hubert Mono Djana, Célestin Monga, Hilaire Kamga, S. Kala Lobé, Paul Fogué et bien d’autres appartiennent à la même école : la Collaboration ou encore afro-soumission. 

Ces exemples prouvent simplement que l’Afrique, tout comme le Cameroun, n’est pas seulement malade de ses hommes politiques. Notre pérennité dans l’enclavement mental et psychologique est surtout le fruit de la trahison et de la cupidité de nos lettrés qui tirent leur rente de notre crédulité et de notre attitude à ne vouloir point interroger leur intimité afin de savoir s’ils vivent en phase avec les numéros d’illusionniste qu’ils nous vendent pour mieux continuer la perpétuation de notre enchaînement dans les fers de la soumission. Ce qui est vrai On observe, chez la quasi majorité des lettrés médiatisés, la défense des intérêts particuliers à préserver, une dissonance cognitive caractéristique des individus souffrant des troubles psychiatriques. 

Par clerc, j’entends tout un ensemble d’individus ayant des activités professionnelles différentes. Ce qui leur est commun, c’est le fait qu’ils soient des lettrés. Il peut donc s’agir d’écrivains, de religieux, de fonctionnaires (devenus par le biais du prince, des politiciens), des universitaires et tout un tas d’autres professions. Une deuxième caractéristique des clercs est le fait qu’on leur donne la parole ou qu’ils se l’approprient pour donner leur point de vue sur les affaires humaines. Un peu partout dans le monde, la propagande capitaliste a remplacé ce mot par celui d’intellectuel.

Sauf que la notion d’intellectuel, à la différence de celle de clerc, est chargée positivement. Cette charge positive est morale. C’est cette ambiguïté, cette confusion volontairement entretenue par ceux qui possèdent les outils de communication de masse  qui a permis à ces chiens de garde de faire une sorte de main basse sur la notion d’intellectuel.

Conséquence extraordinaire de ce détournement de sens : exclusion de cet ensemble, de toutes les personnes n’ayant pas fait l’université. En Occident même, lieu d’ensourcement de nos chers chiens de garde camerounais, tout individu ayant fait l’université et qui se fait écrire n’importe quoi, aussi immoral soit-il, est un intellectuel. De tel sorte que l’on parle d’intellectuel de gauche comme de droite. Tout ceci n’a évidemment aucun un sens pour toute personne qui juge sur les faits. C’est parce que l’intellectuel est toujours porté vers le bien, quand bien même cela lui serait défavorable, que je ne reconnais aucunement la qualité d’intellectuel à tout clerc. Bon nombre de lettrés se comporte d’abord comme des chiens de garde du système totalitaire qui structuré par l’idée que c’est sa vision du monde qui est la meilleur et doit être applicable à d’autres et pas à lui. 

c) L’anti-tribalisme au service de l’ordre colonial.

Dans notre pays, il existe une kyrielle d’organisations qui professent lutter contre le « tribalisme », « l’ethnicisme », « l’ethnocentrisme », le « clanisme », le « régionalisme ». je n’ai aucune raison de douter de la sincérité de leurs actions politiques. Comme je l’ai déjà précisé plus haut, ce sont les faits qui m’intéressent. Or, quand je scrute les faits, tout, absolument tout, démontre que « l’anti-tribalisme » camerounais fait partie du système totalitaire ploutocratique occidental qui empêche l’émancipation politique, culturelle, sociale, spirituelle et économique des populations du Cameroun.

Accuser l’administration coloniale camerounaise de pratiquer du « tribalisme » et tous les noms qui vont avec, est hérésie. Pourquoi ?

A suivre ...

Batouri Ngoffi
Formateur Consultant
Analyste des médias
www.saftv.org
bangoffi05@gmail.com

(1)  Film documentaire « les secrets de la réserve fédérale américaine »

(2)  « Les secrets de la réserve fédérale américaine »

(3)  Cette expression est du clerc Achille Mbembé qui, dans un compte rendu de son séjour parisien où il était invité à venir discourir contre espèces sonnantes et trébuchantes devant le syndicat des patrons français qui affament l’Afrique, disait à un de ses contradicteurs dans un restaurant parisien pourquoi il ne rentrait pas travailler au  Cameroun.

Pour justifier son choix de travailler hors du Cameroun, il a dit que travailler, pour lui, au Cameroun, c’est mourir de misère et lui ne tient pas à mourir dans la misère. La misère signifie dénuement matériel et non spirituel. Pour être logique avec lui-même, cet écrivain, pour assurer la promotion de son dernier ouvrage en France auprès de ceux à qui il s’adressent en réalité, a soutenu et appeler, sur la radio coloniale (c’est son vrai nom vérifiable le net) RFI, l’ordre totalitaire ploutocratique occidental qui agressait la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo à bombarder le pays pour installer la collaboration qu’un ami appelle les Harkis de Côte d’Ivoire.

(4)  L’Afrique malade de ses hommes politiques. Inconscience, irresponsabilité, ignorance ou innocence ?, Paris, éd. Jean Picollec, 2008, p. 235

(5)  Sortir de la grande nuit. Essai sur l’Afrique décolonisée,  Paris, éd. La Découverte, 2011, pp. 242-243

(6)  Op.cit, p. 242

(7)  25 mars 2011

(8)  Côte d’Ivoire : une démocratie au bazooka ?, in médiapart.fr, le 26 janvier 2011

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