07/09/2012 02:14:44
Cameroun. Au royaume du faux !
Finalement, le Cameroun passe pour être un pays où prospère la contrefaçon, malgré l’existence de nombreuses structures administratives mises en place pour lutter contre ce fléau. Le fer, les tôles, le ciment, les pâtes alimentaires, les médicaments, les cahiers et même les diplômes sont contrefaits dans notre pays.
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Finalement, le Cameroun passe pour être un pays où prospère la contrefaçon, malgré l’existence de nombreuses structures administratives mises en place pour lutter contre ce fléau. Le fer, les tôles, le ciment, les pâtes alimentaires, les médicaments, les cahiers et même les diplômes sont contrefaits dans notre pays.

Une situation qui jette un discrédit énorme sur notre système éducatif, aussi bien dans les autres pays africains qu’en Occident. De plus en plus, les détenteurs de faux diplômes sont plus nombreux à occuper de hautes fonctions, tant dans  le secteur public que privé. Une situation encouragée par le laxisme du régime en place qui, après avoir déniché, preuves à l’appui les détenteurs de ces faux parchemins, se contentent de les licencier ou de les rétrograder pour les plus chanceux, alors que la fabrication ou la détention d’un faux diplôme est passible des sanctions pénales.

L’autre aspect du faux qui prospère en ce moment, c’est la délivrance frauduleuse des actes de naissance. Des individus postés devant les mairies d’arrondissement et donnant l’impression de conseiller et d’assister les usagers désireux d’un service, sont très souvent des maillons essentiels de ce réseau de faux actes de naissance. Il suffit de débourser 10.000 Fcfa et de donner les informations nécessaires pour se voir établir un acte de naissance, même antidaté, en quelques minutes. Le Messager a fait une incursion dans cet univers de faussaires où tous les tours sont permis, à condition d’atteindre les objectifs. L’observation qui se dégage de cette investigation est que les milieux carcéraux, surtout ceux de Yaoundé et Douala, semblent être les lieux de prédilection de fabrication de faux diplômes. Les milieux universitaires, au lieu de prôner l’excellence, sont plutôt des quartiers généraux où prospèrent les laboratoires de fabrication de faux diplômes, fortement sollicités aussi bien par les travailleurs de la fonction publique que ceux du privé.

Contrefaçon. Quand les faux diplômes dictent leur loi au Cameroun

De plus en plus, des employés travaillant dans des entreprises publiques, parapubliques ou privées sont recrutés sur la base de faux diplômes. Les prisons centrales de Kondengui et de New Bell, et les milieux universitaires comme laboratoires de cette activité criminelle.

Dans sa publication du mercredi 5 septembre 2012, le quotidien Le Messager, situé à  la rue des Ecoles à Douala, annonce la tenue d’un conseil de discipline de la Camerounaise des eaux (Cde) pour examiner les cas de  416 employés titulaires de faux diplômes. Un conseil de discipline qui devra se prononcer avant un éventuel licenciement. L’on a noté que ces employés ont été reconnus coupables d’avoir présenté de faux diplômes au moment de leur recrutement dans cette société.

Cette actualité n’émeut plus personne, tant des informations de ce genre sont récurrentes ces dernières années. Il y a quelques mois seulement, une mission de la Commission nationale anti corruption (Conac) annonçait avoir découvert qu’une dizaine de cadres de la Communauté urbaine de Bafoussam étaient détenteurs de faux diplômes. Ceci, après une inspection minutieuse sur le terrain. Deux de ces détenteurs de faux diplômes auraient été rétrogradés en attendant la sanction finale, a-t-on appris.

Avant ce cas-là, c’est la Cameroon radio and television (Crtv) qui était sur le feu des projecteurs, avec un triste record de près de 300 employés détenteurs de faux diplômes. Le Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunal (Feicom) avait fait les choux gras de la presse quelques années avant. Après le limogeage et l’interpellation d’Emmanuel Gérard Ondo Ndong, l’ancien directeur général de cette institution. Il avait en effet été constaté que de nombreux cadres y travaillaient, sur la base de faux diplômes.

Nombreux d’entre eux avaient d’ailleurs été mis à l’écart. Une actualité très récente a fait échos de plusieurs milliers de faux parchemins découverts dans les dossiers des candidats ayant postulé dans le cadre du recrutement spécial des 25 000 jeunes dans la fonction publique.

Dans le privé aussi

Ce tableau obscur n’est pas observable seulement dans les sociétés publiques ou parapubliques. La situation est similaire dans les entreprises privées. Cela ne fait pas l’objet de beaucoup d’attention parce que les cas découverts sont traités sans tambour ni trompette, eu égard à la notoriété de ces entreprises.

Des indiscrétions nous font savoir que de nombreux cadre de sociétés privées occupent des postes importants grâce à l’usage du faux. « Il y en a qui les utilisent pour se faire recruter, et d’autres pour solliciter un avancement en grade. Et très souvent, ils réussissent, parce qu’il n’existe pas encore à notre niveau d’appareils pouvant nous permettre de détecter les faux diplômes. Si vous êtes éloquent, votre tentative a de fortes chances de prospérer, car le travail en entreprise c’est le train-train quotidien », explique un cadre en service  à la direction des ressources humaines dans une importante entreprise commerciale basée à Yaoundé.

Ce dernier impute la responsabilité de cette défaillance aux chefs d’entreprises qui très souvent, recrutent des employés en violations des formalités d’usage. « Ce sont nos propres patrons qui encouragent tout cela. Car, il y a des gens qui après un entretien avec le patron reçoivent l’instruction d’aller commencer le travail. A cette occasion très souvent, ils dupent les patrons sur leurs niveaux réels. Et comme dans le privé le vœu du patron est un ordre, on recrute l’employé qui finalement, pour être cohérent avec ce qu’il a déclaré faussement, est obligé d’aller se taper un diplôme au quartier », révèle t-il.

Dans les forces armées, le mal serait encore plus profond. Ce d’autant plus que de nombreux militaires portent plutôt les noms et prénoms de leurs ainés ou cadet, plus diplômés qu’eux. « J’ai grandi avec un militaire qui aujourd’hui porte plutôt le nom de son petit frère. Simplement parce qu’il a utilisé le certificat d’étude primaire et élémentaire de son cadet pour se présenter au recrutement dans l’armée. Il nous a interdit de l’appeler par son nom dans son milieu professionnel parce que là bas c’est autrement qu’on l’appelle. Des cas comme celui-là sont légion dans l’armée », confie Jean Pierre, la quarantaine dépassée. Il révèle également que le mal est d’autant plus profond que certains hommes en tenue contrefont même leurs actes de naissance pour y mettre des noms propres à certaines régions du Cameroun, pour avoir la chance d’être retenus dans le recrutement. Pas du tout surprenant donc de voir Fotsing répondre à l’appel d’Atangana ou vice-versa. C’est aussi cela le Cameroun de Paul Biya

Joseph Flavien KANKEU
Le Messager

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