30/04/2009 01:06:39
Liman Oumaté : une fabrication d'Amadou Ali et Cavaye ?

Le prétendu rebelle n’avait ni armes ni troupes mais connaissait bien le ministre de la Justice et le président de l’assemblée nationale.  

TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Le film de l’arrestation de Liman Oumaté, le supposé rebelle des monts Mandara fait la fierté de deux barons du régime originaires de l’Extrême-nord : Amadou Ali et Cavaye Yeguié Djibril.
D’après L’œil du Sahel, ce sont des envoyés des deux barons qui ont drogué et enlevé le rebelle autoproclamé; corrompu la police nigériane avant de l’acheminer vers le Cameroun. Selon Guibai Gatama, directeur de publication du journal L’œil du Sahel, «Liman Oumaté apparaissait comme un obstacle pour leurs ambitions (les élites du nord). Elles ne pouvaient plus prétendre maîtriser la région alors qu’un plaisantin collait des affiches pour menacer le président de la République. Ils ont joué leur crédibilité en mettant en œuvre une démarche illégale, même si elle est peut-être légitime. Il était mieux pour Cavaye Yeguié Djibril et pour Amadou Ali que cela prenne fin».


Vue sous cet angle, l’attitude des deux dignitaires du Rdpc apparaît comme une action de sauvegarde de leur réputation dans une région qu’ils sont supposé contrôler. Mais de quoi pouvait souffrir leur réputation ? Dans le système du Rdpc, fait de bluff et de mesquineries de toute sorte, avoir une simple opposition dans sa région électorale ou natale est synonyme d’outrage au chef suprême. Et si c’est une rébellion... Il fallait donc que Ali et Cavaye sauvent leur loyauté à Paul Biya.


D’après certaines sources cependant, Liman Oumaté ne serait rien d’autre qu’une fabrication si non des deux, du moins de l’un des deux barons. Oumaté, selon nos sources, serait un homme venu du sud Cameroun, qui avait le contact facile avec certaines personnalités du nord.


Nos sources révèlent qu’en réalité, ces deux barons ont monté cette plaisanterie de Liman Oumaté pour faire pression sur Paul Biya. Si non, nous indique-t-on, comment pouvait-il, en plein jour, coller les affiches dans la région, sans être inquiété ? Comment un chef rebelle qui menace un État et son chef peut-il se promener sans gardes de corps ? Comment un homme qui se veut homme d’action peut-il débuter par les menaces sans justement mener une seule action ?


Pour nos sources au Cameroun, cette manœuvre rentre dans le cadre des luttes internes pour le contrôle du pouvoir à Yaoundé. On se souvient qu’après la dernière sortie de Guerandi Mbara, René Sadi, le Secrétaire général du Rdpc n’a pas décoléré vis-à-vis de Amadou Ali. Sadi nie avoir été avec lui à une rencontre à Ouagadougou, avec l’ancien meneur du coup d’État du 6 avril 1984. Il se lamentait du fait que le vice-premier ministre en charge de la Justice veut laisser croire qu’il (Sadi) est le dauphin de Paul Biya.
Autres interrogations, quels moyens peuvent avoir un président de l’assemblée nationale et un ministre de la Justice, pour aller négocier avec un chef rebelle ? Tout laisse donc croire que Cavaye et Ali livrent leur élément pour mieux indiquer à Biya qu’ils sont les maîtres de la région et qu’ils sont capables de tout pour défendre son régime.


Ils convainquent toutefois l’opinion de leur activisme mafieux, qui rappelle l’enlèvement d’un opposant équato-guinéen à Yaoundé, avec la complicité de la police camerounaise. Comme l’indique Célestin Bedzigui (lire notre Tribune libre), le régime de terreur se développe au Cameroun, en cette fin mobutiste du règne de Paul Biya. Des barons du régime terrorisent leur chef, se terrorisent entre eux et terrorisent les populations. De quoi demain sera-t-il fait au Cameroun ? Quant à Ali et Cavaye, ils savent ce qu,ils attendent de cette action par laquelle ils ont privatisé certaines structures de l’État pour une mission de terrorisme.

Ernest Effa

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE