10/09/2012 00:29:18
Quel rôle pour les clercs dans une société humaine sous domination coloniale ? (2)
Est-ce de faire du chacun pour soi en se mettant, par ses actes personnels, au service de l’ordre colonial totalitaire pour ne pas mourir dans la misère comme l’a dit une de ses figures emblématiques ou est-ce de faire le don de soi pour le bien de la communauté humaine à laquelle on appartient ?
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Partie II

Je crois très sincèrement que lorsqu’on veut parler de quelque chose, il faut avoir la science de son sujet.

Avant de continuer mon analyse sur ce point bien précis, permettez moi d’ouvrir une parenthèse dont l’objectif est toujours de démontrer que, nos lettrés sont bien des chiens de garde de la ploutocratie totalitaire occidentale. La parenthèse porte sur le vocabulaire que ces derniers emploient pour parler de nous, y compris eux-mêmes.  

Nos « intellectuels anti-tribalisme» se sont installés dans une sorte de paresse intellectuelle qui dépasse l’entendement humain. Tout esprit lucide ne peut être que consterné face à un tel enfantillage.

Parlant de nous, populations du Cameroun, ces chiens de garde qui bombent fièrement le torse en se faisant appelé pompeusement docteur ou professeur, ne se sont toujours pas donné la peine d’étudier les impensés et la vision du monde sous-jacents à tous le vocabulaire  qu’ils utilisent et qui a été forgé par la raciologie occidentale à destination exclusive des peuples d’Afrique, d’Amérique du sud, d’Asie, d’Australie et d’Europe de l’est. Des mots, comme tribu ou ethnie et tout ce qui va avec, portent une certaine conception de l’humanité. Sans prise de distance avec ce vocabulaire déshumanisant pour ceux que cela décrit, nos « docteurs » et « professeurs »  ont continué à utiliser les mots qui les insultaient avec ceux qu’ils appellent le peuple. Pour comprendre que ces termes injurieux et déshumanisant étaient uniquement destinés aux peuples non occidentaux, nous vous proposons de lire ce qui suit :

« Assimiler les sociétés africaines à des tribus ne revient pas seulement à proclamer leur [différence] irréductibles à l’égard de la société blanche --- société de classe et État national ---, c’est aussi les abaisser au rang le plus bas dans la hiérarchie des sociétés humaines ; mais les ériger en sociétés tribales, c’est aussi affirmer qu’elles sont en conflits permanents entre elles et légitimer une politique systématique de division. Abaisser, exclure et diviser, c’est bien l’essence de la politique des bantoustans.

Quant aux pouvoirs d’État de l’Afrique indépendante, ils n’ont pas seulement repris à leur compte et intériorisé la vision, les clichés et les stéréotypes de l’ethnologie coloniale : la [ diversité tribale ] des États africains leur sert d’argument pour refuser le pluralisme politique sous prétexte que celui-ci ne serait que l’expression de celle-là et par conséquent un obstacle à la construction nationale ; et le culte de l’État-nation sert naturellement à légitimer pouvoirs personnels et dictatures oligarchiques ; car les bruyants discours sur l’unité nationale sont partout accompagnés d’une politique habilement donnée en spectacle, de [ dosages ethniques  et régionalistes ], qui permet au pouvoir de dissimuler sa nature en perpétuant les stéréotypes ethnicistes.  »

On ne peut pas être plus claire. Et pour convaincre les derniers irréductibles qui ne souhaitent pas, pour des raisons qu’il est évident de deviner, d’abandonner les voies de la soumission où ils pensent jouir, nous leur présentons un autre cas qu’ils peuvent vérifier.

Nous avons tous été témoins de l’impossibilité de la Belgique à se doter d’un gouvernement. Cette crise qui opposait Flamands, Francophones et Wallons, composantes socio-culturelles du pays, a duré plus d’un an. Privant ainsi le pays d’un gouvernement. Or, ce qui m’a frappé dans le traitement médiatique consacré à cette affaire, c’est le vocabulaire utiliser pour en parler. Cette crise mettait en lumière la problématique la de cohabitation entre communautés humaines ayant toujours pensé que ce qui les différencie est plus fort que ce qui les unit. On parla même de la fin de la Belgique.

Mais jamais, le vocabulaire utilisé par les journalistes occidentaux n’a puisé dans l’ethnologie. Était de rigueur, la notion de conflit communautaire. Tous les médias occidentaux reprirent en cœur, l’expression conflit communautaire. Qu’est-ce qui justifie cette haine de soi qui guide le fonctionnement psychologique de ces « intellectuels africains » ?

Fanon a fait une belle analyse psychiatrique de cette problématique existentielle dans Peau noire masque blanc dont je recommande, pour tous les patriotes, une lecture approfondie. La dissidence radicale, en pays colonisé, est d’abord intellectuelle. Pourquoi ? Parce que chaque mot porte une vision du monde. Ainsi, les notions de « démocratie », de « liberté » et de « souveraineté » ont des significations totalement contradictoires selon qu’elles sont prononcées par Gbagbo, Obama ou Hollande. Si pour le premier ces notions ont une connotation progressiste (utilisation des richesses du pays pour améliorer les conditions de vie de tous ses concitoyens, contrôle par les paysans eux-mêmes des prix de leur produits, construction d’un État fort pour protéger les citoyens de la brutalité de la ploutocratie totalitaire occidentale et garantir la souveraineté du pays), pour les deux derniers, ces notions riment avec sécurisation et protection des intérêts ploutocratiques dont ils tiennent leur mandat contre les peuples.

Après cette parenthèse longue et nécessaire, reprenons le train de notre analyse rigoureuse (c’est mon point de vue) de « l’anti-tribalisme » au Cameroun. Cette théologie joue sur deux registres en poursuivant un seul but suprême : assurer la pérennité de l’ordre colonial. Sans ce système, « l’anti-tribalisme » qui est un fond de commerce, n’existerait pas. A-t-on vu esclavagiste lutter contre l’esclavage ? Pourquoi « l’anti-tribalisme » est un fond de commerce ? Et pour qui ?

Les produits coloniaux (cacao, café, caoutchouc, l’or, etc..) constituaient l’essentiel des sources de revenu de la grande majorité des populations vivant dans les régions du Centre, Est et Sud que l’ont dit souvent être les parents du chef de l’administration coloniale. Combien d’unités de transformation industrielle y ont été construites pour garantir les revenus de ces populations locales et pour donner de l’emploi à ceux qui n’en ont pas. Que nos sociologues fassent des études statistiques du chômage sur l’ensemble du triangle national et il se rendront compte que le pourcentage y sera plus élevé que partout ailleurs. Combien sont-ils, les natifs des régions précitées qui vivent dans l’extrême dénuement comme la quasi-totalité des Camerounais?

Or, la définition de l’ethnocentrisme est clairement : la « tendance à privilégier le groupe social, la culture auxquels on appartient et à en faire le seul modèle de référence » selon Le nouveau petit Robert 2008  qui rajoute une autre définition du philosophe ethnocentriste pour péripatéticiens Finkielkraut pour qui l’ethnocentrisme est « la haine de l’autre homme (…). Un groupe se considérant comme humain par excellence dénie cette qualité aux autres membres de l’espèce. » Ainsi, du point de vue de ce réactionnaire, seuls les Occidentaux de confession juive seraient des hommes. Pas les « Gentils » ni les « Goys ». Du point de vue de l’ethnologie (discours pseudo scientifique), seuls les hommes dont la couleur de peau tire vers le rose, seraient des hommes. Appliquée localement, pour l’administration coloniale, seuls ceux qui participent de la stratégie de pérennisation de l’ordre colonial seraient des hommes.

Si nous prenons le premier segment de la définition du petit Robert, seules les personnes appartenant au groupe social RDPC et affidés seraient des hommes. Or, si on fait une étude sociologique de ce groupe social, on se rendra compte qu’il comporte moins des personnes natives des régions précitées que les autres régions. La culture à laquelle appartient de ce groupe social, est une sous culture de la prévarication, de l’indignité et de la « richesse » dans l’esclavage. Aucune population du Cameroun ne constitue un groupe social. J’attends que l’on m’apporte la preuve qu’il existe plus de deux groupes sociaux au Cameroun : une petite oligarchie locale, vassale de la ploutocratie totalitaire occidentale et le petit peuple sous humanisé et précarisé. L’agression-occupation de la Côte d’Ivoire indocile de Gbagbo par la PTO a confirmé cette partition du pays en deux. Oligarchie locale soutint comme un seul homme les massacres des populations ivoiriennes par la PTO et le peuple, constitué de paysans, d’ouvriers et de la classe moyenne soutinrent l’opposition à la françafrique dans sa lutte  pour la souveraineté, le respect du droit international, la liberté et l’émancipation politique et culturelle conduite par le président Gbagbo.

« L’anti-tribalisme » de tous ces chiens de garde que j’ai mentionné plus haut est une stratégie qui consiste à instrumentaliser les frustrations, les souffrances sociales et le manque d’emploi dont est victime la jeunesse à des fins de confortation de position sociale. Toute la technique consiste à donner l’impression au potentat local qu’en obtenant un poste important dans le dispositif colonial, on peut calmer la colère de la rue. Et à la rue à qui on donne l’illusion d’appartenir, on essaie de se battre en instillant dans l’esprit que les souffrances sociales ne seraient pas le fait du système colonial dont on prend grand soin de ne point laisser voir qu’on en est membre ; mais le fait que leurs souffrances viennent du fait de leur appartenance à une communauté culturelle qui n’existe pas. C’est en cela que « l’anti-tribalisme » est un fond de commerce. C’est exactement la logique qui structure toute la théologie sur l’immigration africaine en Occident.

À qui profite ce commerce ? À tous ces chiens de garde qui doivent leur position sociale et par conséquent leur médiatisation à la thématique du « tribalisme ».

Quelles conclusions pour la jeunesse camerounaise ?

Les populations du Cameroun sont très hospitalières. Pour le vérifier, faite un tour du pays et interroger certains faits anodins que vous remarquerez et vous comprendrez.

Au Cameroun, il n’existe ni clan, ni tribu, ni ethnie. Par conséquent donc, Le « tribalisme » n’y existe pas. Il existe des communautés sociales : l’oligarchie locale, vassale de la ploutocratie totalitaire occidentale et le peuple mis en esclavage par l’ordre colonial.

C’est faux de dire qu’au Cameroun on parle plus de 250 langues. Je mets quiconque au défi de me prouver le contraire en énumérant seulement 10 langues.

Posons-nous toujours la question de savoir d’où viennent les financements des ONG qui prétendent représenter la société civile. Car, qui paie commande.

« L’anti-tribalisme » est le fait de nos chiens de garde qui instrumentalisent les frustrations et souffrances sociales légitime à des fins d’accession aux prébendes. 

Et pour terminer, quel est le rôle politique que devrait jouer les lettrés dans une société humaine sous domination coloniale ? Est-ce de faire du chacun pour soi en se mettant, par ses actes personnels, au service de l’ordre colonial totalitaire pour ne pas mourir dans la misère comme l’a dit une de ses figures emblématiques ou est-ce de faire le don de soi pour le bien de la communauté humaine à laquelle on appartient ? N’est-ce pas trahir l’idéal de nos parents qui nous ont envoyé à l’école pour que plus tard, nous contribuions à l’amélioration des conditions de vie de toute la communauté ?

Désormais, ne jugeons plus les gens sur ce qu’ils disent ; mais sur ce qu’ils font réellement dans leur vie personnelle et nous saurons qui dit vrai.

Note. La première partie de cet exposé peu être consulté en cliquant sur ce lien.

Le 17 août 2012


Batouri Ngoffi
Formateur Consultant
Analyste des médias
Rédaction de www.saftv.org
bangoffi05@gmail.com

Source : www.saftv.org

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