11/09/2012 03:47:30
Refus de la mort du sport camerounais
Nous devons refuser la mort programmée du sport et du football camerounais ainsi que la énième meurtrissure des populations du Cameroun!
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Nous devons refuser la mort programmée du sport et du football camerounais ainsi que la énième meurtrissure des populations du Cameroun!

Le Cameroun n’a que très peu de héros nationaux. Les rares qui en sont, ceux qui peuvent prétendre en être et qui le seront fatalement un jour, restent allusifs et potentiels dans l’imaginaire collectifs camerounais : ils ont systématiquement été voués aux gémonies, étouffés et mis sous le boisseau de l’Histoire.

Il y a seulement une dizaine d’années –la dernière victoire des Lions indomptables remonte en 2002 –bien d’Africains pouvaient se gargariser d’être Camerounais, et le monde reconnaissait avec enthousiasme le pays de Roger Milla ou de Samuel Eto’o. Nous avons tous vécu cette silencieuse, intime et puissante fierté intérieure dans le lointain. Grâce à Roger Milla ou à Samuel Eto’o, ces deux pépites d’or parmi de nombreux prodiges qui n’ont pourtant été chef d’État ni durant vingt-deux ans ni pendant plus de trente ans.

En dehors de Um Nyobè, Ouandié, Moumié, Osendé Afana et tous leurs frères de lutte, nous n’avons de héros que dans le sport : Milla, Bessala, Omam, Mbango, Nkono, Ndongo Ebanga, Song, Abéga, Bell, Mbida, Aoudou, Eyobo, Djonkep, Sinkot, Tataw, Mboma, Eto’o, Foé, la liste est interminable de ces gars qui nous ont redonné vie dans les moments les plus douteux de nos quotidiens de misère, dans les moments les plus incertains de notre existence.

Nés par le seul hasard et la seule pitié de Dieu, ces héros qui ont sauvé les puissants et leur système de l’indifférence du monde, ces héros dont la lumière a éclairé les rois enténébrés et le royaume inconnu, qui ont donné le sourire et la fierté aux populations frustrées, bâillonnées et mystifiées, ces héros sont lentement mais progressivement vampirisés par ceux-là mêmes qui n’ont existé que grâce à leurs divines inspirations, depuis la défection étranglée et oubliée d’Étamè Mayer jusqu’au cri de détresse minimisé de Samuel Eto’o, en passant par l’imbroglio Françoise Mbango.

Adoum Garoua
Quand le talent et le patriotisme de l’athlète côtoient… l’usurpation et la médiocrité. Triste destin.

On les enterre progressivement dans la boue épaisse de la médiocrité, et avec eux, les populations dont ils étaient devenus l’unique motif d’espoir et le seul facteur de vie. Avec la débâcle épique des derniers Jeux de Londres, la défaite de Praia sonne le glas de l’espace sacré auquel nos malheureuses vies et nos frêles existences restaient accrochées. Avec la disparition du sport et du football au Cameroun, c’est nous tous qui risquons définitivement de craquer, d’abdiquer ou de mourir.

Mais nous ne devons pas mourir! Nous devons refuser de mourir! Nous devons nous lever et protester! Symboliquement.

N’oublions pas que face au rouleau compresseur réactionnaire, face à la puissance rétrograde de ce paradis où le gouvernement de la cité est structurellement apathique, où dieu ne reconnait et ne joue –la patte douce et griffée –qu’avec ses créatures, nous n’avons que la force du symbole pour nous révolter, pour la vie!   

Dieu, quel est ce pays béni, assis sur toutes les richesses du monde, qui a vu naitre Um N., M.-V. Foé, E. Mvèng, Mbappè L., C. Tumi, M. Dibango, J. Bonjawo, Jean-Miché Kankan, C. Beyala, S. Eto’o, L. Miano, R. Milla, Mongo Beti!?

Mais Dieu, quel est ce pays maudit (?) –non, plutôt mal né –oui, quel est donc ce pays très mal né, enraciné dans la corruption et gangréné par l’irresponsabilité et la gabegie, qui abhorre le génie et le talent qui lui pousse pourtant avec obstination comme l’acné, et qui s’est résolument voué à la production du mensonge, de la sous-performance et de l’échec!?

Même si nous ne nous faisons aucune illusion sur l’impact de cette protestation symbolique, accomplissons ce modeste geste qui est un geste éminent de vie : pendant toute la semaine et dans les jours qui viennent, affichons nos divers profils Facebook, Twitter et autres réseaux d’échange et de communication par les images glorieuses mais déjà poussiéreuses des nombreuses victoires que nos équipes et nos icônes ont jadis remportées.

Georges Boniface Nlend V
Université Laval, QC, Can.

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