13/09/2012 04:36:30
Riposte. La marine américaine envoie deux destroyers vers les côtes libyennes
Le Pentagone a envoyé deux de ses navires de guerre en direction des côtes libyennes. Une cinquantaine de membres de la marine américaine ont aussi été dépêchés là-bas pour renforcer la sécurité de l'ambassade des États-Unis à Tripoli, selon une source au sein du gouvernement américain
Le devoir / Xinhua
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USS Laboon

L'administration Obama a ouvert une enquête pour déterminer si la mort de quatre diplomates américains, dont l'ambassadeur Christopher Stevens, en Libye, mardi soir, était un acte terroriste planifié visant à souligner l'anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 plutôt que le fait d'une foule enragée par un film amateur ridiculisant le prophète Mahomet.

Lors d'une intervention solennelle depuis la roseraie de la Maison-Blanche, le président Barack Obama a déclaré que les États-Unis allaient travailler avec le gouvernement libyen pour traduire en justice les responsables de la mort de l'ambassadeur Christopher Stevens et des trois autres Américains tués à Benghazi, dans l'est de la Libye.

Le président de la commission du renseignement du Congrès américain, Mike Rogers, a pour sa part affirmé que l'assaut contre le consulat américain à Benghazi avait été planifié, coordonné et exécuté avec une exactitude militaire.

Deux navires américains envoyés

Mercredi, le Pentagone a envoyé deux de ses navires de guerre en direction des côtes libyennes. Une cinquantaine de membres de la marine américaine ont aussi été dépêchés là-bas pour renforcer la sécurité de l'ambassade des États-Unis à Tripoli, selon une source au sein du gouvernement américain.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, a toutefois soutenu qu'il était encore trop tôt pour savoir si l'assaut avait été planifié. «Je sais qu'il y a présentement une investigation à ce sujet et nous travaillons avec le gouvernement libyen pour faire la lumière sur l'incident. Mais je ne veux rien avancer pour le moment», a-t-il indiqué.

À Benghazi, plusieurs officiers libyens ont aussi été tués, et d'autres blessés, au début de la manifestation, selon le vice-ambassadeur libyen auprès des Nations unies, Ibrahim Dabbashi. Devant le Conseil de sécurité, il a assuré que l'attaque ne servait en aucune façon les intérêts de la Libye et nuisait gravement à l'image de l'islam. Sans pouvoir fournir de bilan précis, il a déclaré à la presse qu'il y avait peut-être moins de dix victimes parmi les forces de sécurité.

Le président libyen par intérim, Mohammed el-Megarif, a présenté des excuses à « l'Amérique, au peuple américain et au monde entier » après cette « lâche » attaque. Devant les médias, il a offert ses condoléances aux familles des victimes et promis que les coupables seraient retrouvés et jugés.

Un an après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, le gouvernement central a du mal à contrôler le territoire libyen, encore gangrené par les milices et les armes.

«Rien ne justifie cette attaque inadmissible et choquante», a estimé Barack Obama mercredi. «Justice sera faite et ces attaques ne briseront pas les liens entre les États-Unis et la Libye.» Plus tôt, il avait ordonné un renforcement de la sécurité du personnel diplomatique américain dans le monde entier.

L'ambassadeur Chris Stevens, un diplomate de carrière âgé de 52 ans, est mort mardi soir alors qu'il était venu avec un groupe d'employés de l'ambassade pour tenter d'évacuer le personnel du consulat de Benghazi, attaqué par une foule en colère, dont des hommes armés qui tiraient des coups de feu et lançaient des grenades.

Selon un médecin libyen qui s'est occupé de l'ambassadeur, M. Stevens a succombé à une grave asphyxie, apparemment causée par la fumée. Signe du chaos qui régnait pendant l'attaque, ce sont des Libyens qui ont amené l'ambassadeur, entre la vie et la mort, au centre médical de Benghazi. Personne dans l'hôpital ne savait alors qui il était, a confié le médecin, Ziad Abu Zeid, à l'Associated Press.

Des fondamentalistes musulmans étaient soupçonnés d'être à l'origine de la manifestation de Benghazi. Des milices extrémistes comme Ansar al-Charia, des partisans de la charia, ont récemment revendiqué la destruction de mausolées et mosquées liées au soufisme, jugé hérétique, à Tripoli et dans plusieurs villes libyennes, dont des sites vieux de 5000 ans.

Quelques heures avant l'attaque de Benghazi, des centaines de manifestants s'étaient massés devant l'ambassade du Caire pour dénoncer le film jugé blasphématoire. Des protestataires, pour la plupart des fondamentalistes, avaient réussi à pénétrer dans l'enceinte de la représentation diplomatique pour enlever le drapeau américain et le remplacer par une bannière noire portant une inscription religieuse. Les policiers antiémeutes postés près de l'enceinte ont laissé les contestataires escalader les murs pendant plusieurs heures.

«Innocence of Muslims» à l'origine?

C'est une bande-annonce du film «Innocence of Muslims» mise en ligne sur le site de partage de vidéos YouTube qui a provoqué la colère des manifestants. Cet extrait de 14 minutes, diffusé dans sa version originale anglaise et dans une version sous-titrée en arabe, dépeint Mahomet comme un escroc, un homme à femmes et un illuminé.

L'homme qui dit avoir écrit et réalisé le film, Sam Bacile, un promoteur immobilier de 56 ans vivant en Californie s'est réfugié mardi dans un lieu tenu secret. Contacté par téléphone par l'Associated Press, il s'est présenté comme un juif israélien, expliquant avoir voulu dénoncer la religion musulmane avec cette oeuvre «politique», volontairement provoquante. «L'islam est un cancer, point final», a-t-il lancé.

«Innocence of Muslims» a coûté 5 millions de dollars et a été financé par plus d'une centaine de donateurs juifs, a-t-il affirmé. Il a dit l'avoir réalisé à l'été 2011, avec 59 acteurs et environ 45 personnes derrière la caméra. Le film n'a été diffusé qu'une seule fois en salle, en début d'année, dans un cinéma presque désert de Hollywood, a-t-il ajouté. M. Bacile a précisé par ailleurs qu'il n'était pas à l'origine du sous-titrage de la bande-annonce en arabe.

Morris Sadek, un chrétien copte égyptien expatrié aux États-Unis et connu pour ses positions extrémistes contre l'islam, a de son côté déclaré à l'Associated Press à Washington qu'il faisait la promotion du film sur son site Internet et certaines de ses radios.

Dans ce film visiblement tourné avec des comédiens amateurs qui récitent un dialogue verbeux sur fond de photos de désert, Mahomet est montré en plein acte sexuel, approuvant des abus sexuels sur des enfants ou appelant à des massacres, alors que la seule représentation du prophète est déjà proscrite par l'islam. En 2005, l'affaire des caricatures de Mahomet, publiées initialement par un journal danois, avait déclenché des manifestations de colère meurtrières dans la majeure partie du monde musulman.

Ces événements se sont déroulés alors que les États-Unis rendaient hommage mardi aux victimes du 11-Septembre à l'occasion du onzième anniversaire des attentats. L'attaque de Benghazi a aussitôt monopolisé le débat de la campagne présidentielle américaine.

Dans un communiqué diffusé mardi soir, alors que la mort d'un seul Américain était pour l'heure annoncée, le candidat républicain Mitt Romney a jugé «honteux que la première réaction de l'administration Obama n'ait pas été de condamner ces attaques contre nos missions diplomatiques, mais de sympathiser avec ceux qui avaient mené les attaques.» L'ambassade des États-Unis au Caire avait en effet publié une déclaration condamnant « les efforts continus d'individus malavisés pour heurter les sentiments religieux des musulmans».

«Nous sommes choqués que, au moment où les États-Unis d'Amérique sont confrontés à la mort tragique de l'un de nos officiers diplomatiques en Libye, le gouverneur Romney choisisse de lancer une attaque politique», a aussitôt regretté le porte-parole de campagne de Barack Obama, Ben LaBolt, dans un courrier électronique.

Suite à cette attaque, le département d'Etat a rapatrié la majorité de son personnel diplomatique en Libye. Le Pentagone a également envoyé une unité d'une cinquantaine de Marines à Tripoli, pour apporter une protection supplémentaire aux diplomates américains encore en poste dans le pays.

 

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