24/09/2009 14:54:56
Corruption : Transparency international change le fusil d'épaule
En plus de dénoncer ce fléau, l’Ong veut désormais «renforcer les piliers d’intégrité au Cameroun».
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La déception était perceptible sur leurs visages. Les nombreux journalistes accourus pour connaitre «le classement du Cameroun en matière de corruption» à la conférence de presse organisée hier à Douala par la branche camerounaise de Transparency international sont restés comme sur leur faim. «Il ne s’est pas agit de donner l’indice de perception de la corruption mais de donner le baromètre mondial de la corruption», a rétorqué Léopold Nzeusseu D., le directeur exécutif de Transparency international Cameroon (Ti-C). Placé sous le thème «corruption et secteur privé», le rapport mondial sur la corruption 2009, pour toucher sa cible, a été rendu public au siège du Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) à Douala en présence de certains responsables d’entreprises, notamment la société de téléphonie mobile Mtn, qui est corporate member de Ti-C depuis trois ans.

Présentant la contribution du Cameroun sur Le rapport mondial sur la corruption 2009, Léopold Ambassa, enseignant à l’université catholique d’Afrique centrale regrette que «malgré la vingtaine de décrets, lois, la corruption menace bel et bien le Cameroun». Plus de la moitié (55%) des personnes interrogées estiment avoir versé un pot-de-vin au cours des douze derniers mois, si ce n’est un de leurs proches. A ce pourcentage, le Cameroun fait jeu égal avec l’Ouganda ; les deux pays ne sont devancés que par le Libéria (87%) et la Sierra Leone (62%), indique ce rapport. Sur les six secteurs et institutions retenus, le secteur judiciaire donne une impression désastreuse à 34% des Camerounais interrogés qui le qualifient "d’extrêmement corrompu".

Causes
Sur un échantillon de 835 entreprises (dont 100 grandes sociétés, c’est-à-dire supérieur ou égal à 250 employés et/ou réalisant un bénéfice de 1 milliard en 2005), l’enquête réalisée en février-mai 2006 est pessimiste. 4 chefs d’entreprises sur 5 pensent que le taux de corruption est fort ou moyen. Ainsi, moins de 1% de ces responsables croient que la corruption va baisser au Cameroun, tandis que 50% soutiennent que ce fléau va s’augmenter contre 30% qui pensent qu’il est stable.
Sur les causes de cette corruption, les chefs pensent que la «petite corruption» est entretenue par la pauvreté (faiblesse des revenus des employés) tandis que «la grande corruption», très fertile dans le terrain de l’attribution des marchés publics, se nourrit de la cupidité des employés. Les corps de métiers épinglés comme corrompus sont surtout les douanes, les impôts, la police, la gendarmerie, le système judiciaire, etc. Mais les chefs d’entreprises sont unanimes pour reconnaitre que la corruption fleurit parce qu’elle n’est pas réprimée.
Appuyant à fond sur la pédale de la prévention, le Pr Mathieu Mebenga, appuyé en cela par le Pr Mathias Eric Owona Nguini qui ont conduit, en 2007, les travaux sur le projet «renforcer les piliers d’intégrité au Cameroun» commandités par Transparency international-Cameroon, soutient que «au lieu de se contenter de condamner la corruption, il faut changer de paradigme et investir sur l’avenir». Pour cela, le Pr Mebanga insiste sur le renforcement des 12 piliers de l’intégrité. Parmi ces piliers, on cite les médias, la société civile, etc.

Un livre intitulé «système national d’intégrité» de 118 pages et préfacé par Me Charles Nguini, le directeur national de Ti-c, assorti des recommandations, est d’ailleurs mis à la disposition du public. Une démarche qui a intrigué un chef d’entreprise présent à cette conférence de presse qui s’est étonné que «ce changement de cap coïncide après le passage de Transparency international à ‘’l’immeuble étoile’’ (la Primature) et après que le Cameroun soit classé 1er pays le plus corrompu au monde». C’est à quoi le directeur exécutif de Ti-c soutient qu’il y a deux voies de lutte contre la corruption : la méthode préventive et la méthode répressive. Et Transparency choisit désormais la méthode préventive.

Eric Roland Kongou

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