19/09/2012 00:38:19
La politique camerounaise prisonnière du court terme
La politique camerounaise, vaste îlot d’amateurisme et d’esbroufe permanente vit sous la dictature du court terme quand ce n’est pas tout simplement une absence totale de vision...
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La rentrée scolaire serait-elle synonyme de rentrée politique au Cameroun ? C’est ce qu’on pourrait croire au regard de la fébrilité qui habite l’équipe gouvernementale depuis quelques semaines. Les journaux ne sont pas en reste, ils ont oublié depuis quelques jours les différents procès à sensation et les incendies dans les cellules des prisonniers de luxe. Indépendamment donc des jugements que chacun peut porter en fonction de ses choix politiques personnels, ce retour mouvementé de la politique au-devant de la scène, souligne le grand écart, étale la tension et les contradictions entre temps politique et temps social ou économique dans notre pays.

La politique camerounaise, vaste îlot d’amateurisme et d’esbroufe permanente vit sous la dictature du court terme quand ce n’est pas tout simplement une absence totale de vision. Les élus qui ne le sont plus depuis quelques mois tant à l’Assemblée nationale qu’au niveau des municipalités savent qu’ils ne disposent plus de rien et au mieux que d’un temps limité. Les élections n’auront certainement pas lieu avant la fin du mandat du président de la république quoi qu’il arrive. Les journalistes à sensation et tricoteurs de l’information annoncent les sénatoriales en 2013 !

Un regard sur les Etats-Unis nous montre que la Chambre basse est élue pour deux ans afin de garantir un contrôle populaire au plus près. Au Cameroun l’élection est depuis l’indépendance une nette séparation forcée entre la minorité régnante et la majorité spoliée de ses libertés et de son destin. Le régime du Renouveau parce qu’il a su recruter dans la meilleure intelligentsia du pays a su renforcer cet état des choses, marquant de ce fait plus nettement la frontière entre lui minorité régnante et majorité spectatrice de son destin voire de sa longue et langue agonie.

Les hommes politiques camerounais nous prouvent au quotidien qu’ils ont oublié depuis longtemps qu’il leur faut prendre des décisions qui engagent l’ensemble de la communauté nationale ; qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ils ont adopté en suivant l’exemple du maître la philosophie du Dr Queuille, selon lequel « il n’y a pas de problème qui ne puisse se résoudre de lui-même faute de solution » !

Une génération d’homme est encore au pouvoir dans notre pays, c’est celle qui a hérité de l’indépendance qu’elle n’a pas souhaitée (en écartant l’UPC qui s’est battue pour l’indépendance du Cameroun). Cette génération a bâti son action et son discours politique sur le mensonge. Pour elle, une mesure annoncée ou prise est une mesure effective. Recensons si vous le voulez bien les mesures de ces trois derniers mois : 31 juillet 2012, fermeture de 800 écoles à quelques jours des rentrées scolaires. Inondations dans le grand nord, le Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation annonce des solutions durables ainsi que nous le dit le CT du 4 septembre 2012 – Dans le grand nord au même moment les populations sinistrées n’ont jamais entendu parler des solutions préconisées par le gouvernement. Et comme pour mieux anéantir les volontés de réflexion des uns et des autres, on annonce que le Président de la République dans sa magnanimité a débloqué plus d’un milliard pour venir en aide aux sinistrés du « Nord et de l’Extrême-Nord » !

Calculette en main chaque sinistré recevra au plus 12,500F cfa (douze mil cinq cent francs cfa) ! La liste est longue et elle s’étend à tous les niveaux, le marché Mokolo fermé/ouvert, incendie du marché central de Douala, lutte contre la criminalité, lutte contre la vie chère. Des sociétés d’Etat sont créées et existent pendant des années dans la mallette des DG nommés par décret présidentiel, des attachés militaires révoqués mais toujours en poste (cas de l’attaché militaire du Cameroun en Chine) etc…

Les hommes politiques camerounais et la machine mafieuse qui les entoure sont un concentré de lenteur, de résistances des intérêts construits, des pesanteurs administratives, institutionnelles ou tout simplement de manque de génie politique. Voilà autant de facteurs de désillusion chez les populations qui attendent et attendent et dont le moral aujourd’hui est plus bas que la déception. La tentation face à cette inertie des mécanismes est de se réfugier dans les symboles, les annonces de mesures faciles à mettre en œuvre, en négligeant celles dont les effets seront perçus plus tard, trop tard pour l’homme politique.

Ce différentiel entre temps réel et temps politique exige courage et persévérance de la part des hommes et des femmes politiques soumis il me semble au désir d’éternité. (Que laisserons-nous au bout de 50 ans de carrière politique dans un pays où tout était à construire ?) – Pouvons-nous appeler aussi les médias à faire un travail de pression ? La dernière actualité des hommes de médias camerounais est plus qu’alarmante, eux qui ont su construire l’espace d’une fin de semaine une rencontre entre le Président de la République et monsieur Samuel Eto’o Fils.

Il me semble que les hommes politiques ne doivent point travailler en se souciant de recueillir dans un avenir proche les fruits de leur travail voire de leur engagement. Autour de nous, on salue la mémoire de Martin Luther King, de Um Nyobè, de Julius Nyéréré, on dresse des lauriers au Prof Gabriel Nlep, certes ils ne sont pas tous des politiques mais c’est bien longtemps après qu’ils aient rejoint le dortoir des anciens vivants, que le peuple même en guenilles leur ait reconnaissant. Mais reconnaissons aussi, que ces hommes, de leur vivant ont été décriés et certains ont payé le prix de leurs différents choix.

Les politiques, les vrais n’ignorent rien de ce dilemme voilà pourquoi ceux et celles qui se revendiquent de cette corporation se doivent de mettre en place des institutions indépendantes chargées de compenser le court-termisme : Il nous faut de vraies institutions, une vraie banque centrale capable de contrôler nos devises sans rompre par exemple avec la BEAC, une justice indépendante de l’exécutif, il nous faut des experts etc. Oui nous convenons et comprenons que ces institutions puissent par les différents mécanismes de fonctionnement rompre le lien entre l’électeur et l’élu, mais n’est-ce pas là justement la finalité de la politique ? Rendre les hommes indépendants ?

Oui, il n’y a guère d’autre option pour les responsables politiques que de faire assaut de pédagogie et d’expliquer sans cesse les raisons qui justifient des choix nécessaires et pas forcément populaires. Pourquoi fermer 800 écoles à la veille des rentrées scolaires ? Journalistes à vos plumes, caméras et micros ! Malheureusement, nous aurons beau appeler que personne ne répondra et les partis politiques qui devraient dans un pays normal exercer cette fonction explicative sont pourchasser et museler au Cameroun par une police politique toute puissante. Le gouvernement et sa police politique font tout ce qui est de leur pouvoir pour empêcher tout enracinement social et culturel aux partis politiques ayant pourtant une existence légale !

Oui le régime met aussi en difficulté des groupes minoritaires, des clubs de réflexion qui auraient pu suppléer à l’enfermement des partis politiques en dispensant et en jouant un rôle de pédagogue auprès des population dont la marche vers la citoyenneté est nécessaire au regard du dernier incident à l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso. (Séquestration des mamans et de leurs bébés pendant 10 mois pour facture impayée.) L’Etat ne saurait être une vache à lait, nous avons signé des pétitions pour la gratuité des premiers soins et non pour la gratuité des soins dans les hôpitaux publics ! Etat du Cameroun au regard de tout ceci, comment faisons-nous aujourd’hui pour pénétrer le corps social ?

Oui ayons la modestie de reconnaitre que la crise politique et institutionnelle actuelle est aussi, pour partie, le fruit de cette faillite. Faute d’avoir anticipé les mesures nécessaires, c’est au forceps et dans la douleur que demain nous devrons engendrer la République.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
www.generationcameroun2011.com

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