28/09/2012 00:43:12
Gouverner c'est promettre, promettre, promettre...
Sous le Renouveau, gouverner n’est pas prévoir mais promettre, promettre et promettre encore et toujours. On excelle plutôt dans le musellement des contestataires, l’interdiction des manifestations publiques pour prouver qu’on est les plus beaux, les plus intelligents, les plus forts et surtout qu’on a toute la vie devant soi et pour soi. Même si tous les autres peuvent crever comme des rats.
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Les habitants de Boko plage sont encore sous le choc. Vendredi dernier, l’un d’eux a découvert dans la mangrove, le corps sans vie d’un petit garçon de deux à trois ans. Naturellement il appelle, soutient-il, le 117 pour signaler sa macabre découverte, aux fins de déclencher les procédures d’enlèvement  du cadavre et les nécessaires enquêtes.

Le 117 sans moyens logistiques, oriente plutôt ce compatriote au 118 mieux indiqué pour l’enlèvement. A son tour le 118 répond aux abonnés absents. Las d’attendre, notre compatriote prend la précaution d’amarrer les restes de ce petit garçon exposé aux intempéries et aux mouches qui hantent nos domiciles et nos repas.  Ne voyant venir ni la police, ni la gendarmerie, encore moins les sapeurs pompiers, notre compatriote se tourne vers les médias, notamment Canal 2 International pour relayer ce dont ce coin de Ndogpassi II était le théâtre depuis cinq jours déjà. Ainsi, de vendredi à mardi, tous les services de l’Etat compétents n’ont pas affectué le déplacement vers Boko Plage. Aux dernières nouvelles, trois quidams sont allés récupérer ce corps. Pour quelle destination ? Quels liens de parenté ? Mystère et boule de gomme.

Une fois encore l’Etat, à travers, les autorités administratives, la police, la gendarmerie, les sapeurs pompiers et d’autres ont brillé par leur immobilisme. Pour ne pas dire plus. Voilà une découverte macabre qui advient à un moment où les enlèvements et trafics d’enfants font la manchette des gazettes. Sans pour autant émouvoir ceux qui nous gouvernent.

Je n’ai pas besoin d’évoquer en passant les ravages causés par les inondations dans les régions du Nord et de l’Extrême Nord. Des ravages sur lesquels un rapport d’experts a pourtant prévenu les pouvoirs publics, des dégâts qu’un gouvernement prévenant aurait évité à  ses administrés. Voici la quintessence de ce document  intitulé « Etude sur la délimitation d’un corridor de securité le long du lit majeur de la Benoué, du barrage de Lagdo à la frontière nigériane ». Il prévoyait bien qu’ « en année de forte pluviosité comme en 1999, les inondations atteignent la cote de 195 mètres et couvrent environ 130 000 hectares. 73 villages s’ajoutent aux précédents, faisant passer leur nombre à...142 ! La population sinistrée avoisine alors 123 416 âmes ».

Le même rapport annonçait par ailleurs que « des trois digues fusibles qui existent sur la Bénoué, celle de la côte Ouest faite en terre à noyaux d’argile sur une longueur de 1257 mètres et une hauteur maximale de 6,5 mètres présente un grand risque ». A Yaoundé, ce rapport « alarmiste » n’a pas ému grand monde. Il a été enfoui dans les tiroirs au ministère du Plan, de la Planification et l’aménagement du territoire qui en était le destinataire tutélaire.

Le rapport des professeurs Ngounou Ngatcha Benjamin (hydrogéologue) et Tchotsoua Michel (géographe-cartographe) étaient d’une clarté d’eau de roche : « Au cas où cette dernière digue de protection arriveraient à rompre ou à être rompue, les eaux devront rejoindre le lit majeur de la Bénoué en passant par Pitoaré, couvrant ainsi une superficie d’environ 932 hectares. Les quartiers de la ville de Lagdo construits dans cette zone à risque, notamment Madagascar, Bobi, Lagdo, Moundang, Ouro Doole, Mafaré Lagdo, quartier Lycée et Pitoaré seront littéralement engloutis ».

La mission d’étude pour l’aménagement et le développement de la province du Nord (Meaden) qui a commandité cette étude entendait avoir des éléments fiables pour mettre les populations à l’abri d’une  catastrophe. Sans compter avec la suffisance et le laxisme congénital des autorités camerounaises. Et ce qui devait arriver arriva : des villages engloutis par des eaux en furie, des bêtes emportées, des morts et des disparus. Aussi des survivants qui vont bénéficier finalement de « la magnanimité » du couple présidentiel avec quelques subsides en espèces et en denrées alimentaires, accompagnées d’un présidentiel « discours de réconfort » et de belles promesses comme d’habitude.

Et pourtant, on aurait pu ou dû éviter ce gâchis si des mesures appropriées avaient suivi le constat des experts. Il ne s’agissait pourtant pas d’un verbiage de romancier en mal de sensationnalisme ou de boniments de charlatans. Des recommandations fortes ont été bien formulées. A Yaoundé, on a fait comme si de rien n’était. Parmi les recommandations : « l’urgence de réactiver et d’augmenter le nombre de stations pluviométriques et hydrométriques connectées à un système de télé-collecte des données et de télé-suivi dans tout le bassin versant de la Bénoué » ou encore  celle d’ « implanter des bornes signalétiques des secteurs à risque d’inondation et d’érosion le long du lit majeur de la Bénoué, du barrage de Lagdo jusqu’à la frontière nigériane ».

Du pipeau que tout cela pour les fonctionnaires et les décideurs qui trônent à Yaoundé. Sous le Renouveau, gouverner n’est pas prévoir mais promettre, promettre et promettre encore et toujours. On excelle plutôt dans le musellement des contestataires, l’interdiction des manifestations publiques pour prouver qu’on est les plus beaux, les plus intelligents, les plus forts et surtout qu’on a toute la vie devant soi et pour soi. Même si tous les autres peuvent crever comme des rats.

C’est ainsi qu’à chaque domaine, à chaque secteur, on adapte un tour de prestidigitation approprié. Si on ne fait pas du sur place, on recule. Mais pas pour mieux sauter.

Voilà environ 15 ans que les mêmes pouvoirs publics ont annoncé une nouvelle loi d’orientation scolaire. Avec à terme la suppresion du probatoire. Nous voici en 2012 et il faut encore attendre cinq autres années. Au motif que « le temps du gouvernement n’est pas le temps des médias », nous a encore appris mardi dernier le très volubile ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, M. Issa Tchiroma Bakary. Mais dès lors que l’on surfe entre l’improvisation, les promesses et des vérités douteuses, il y a problème. Et la loi du plus fort reste toujours la meilleure. Sauf que Sodome, Gomorrhe, Babylone, Jérico…ces cités antiques où l’impéritie, l’immoralité, l’imposture et d’autres subterfuges étaient érigés en mode de gouvernement ou de vie ont fini par tomber.

Jacques Doo Bell

In Le Messager

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