28/09/2012 00:43:27
Côte d'Ivoire, la réconciliation ambiguë
En 2000, au sortir d’une élection présidentielle que l’on a qualifiée de « calamiteuse », la Côte d’Ivoire – convalescente -, se mit à la recherche de son unité – mise à mal – à travers le « Forum pour la réconciliation nationale », dirigée par un certain Seydou Elimane Diarra.
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En 2000, au sortir d’une élection présidentielle que l’on a qualifiée de « calamiteuse », la Côte d’Ivoire – convalescente -, se mit à la recherche de son unité – mise à mal – à travers le « Forum pour la réconciliation nationale », dirigée par un certain Seydou Elimane Diarra.

Aujourd’hui, en 2012, le décor semble être identique à celui de 2000. La Côte d’Ivoire coure toujours après une réconciliation « insaisissable ». Monsieur Charles Konan Banny est le nouveau patron de la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR), chargée de réconcilier les ivoiriens, sinon de leur indiquer le chemin vers  la terre promise appelée « réconciliation ».

Laissons aux historiens le soin de revenir sur ce qui a constitué et constitue – encore - le nœud gordien d’une crise ivoirienne qui perdure, et attardons-nous – plutôt – sur ce qui en constitue la problématique en cette nouvelle ère, celle d’Alassane Ouattara.

Les élections présidentielles ont – finalement - eu lieu en Côte d’Ivoire. Onze ans après, celle de 2000. Passons l’épisode lugubre des coups fourrés électoraux, des tirs groupés des média-mensonges, de la « chevauchée » sanguinaire des rebelles venus du nord, du bombardement - sans vergogne - de la résidence de Laurent Gbagbo, de sa capture et de sa déportation à la Haye, puis – enfin – de la cérémonie d’investiture du « président (Alassane Ouattara) reconnu par la communauté internationale » à Yamoussoukro.

Place – malgré tout - à la gouvernance. Place à la gestion politique, économique et sociale d’un pays qui ne demande – avec ses riches et immenses ressources – qu’à continuer d’exister. Mais, ce pays (la Côte d’ivoire), peut-il véritablement amorcer son essor tant que ses plaies demeurent béantes ? Absolument pas.
Ainsi, la nécessité – pour les ivoiriens - d’aller à la réconciliation s’impose avec acuité et de façon vitale. Malheureusement, chacun y va de sa façon d’aborder cette question si cruciale. Ce qui ne manque pas – malheureusement encore – de faire perdurer la crise, de l’accentuer, mais aussi de créer des problèmes nouveaux.

A ce jour, deux parties: gouvernants et opposants ou encore pro-Gbagbo et pro-Ouattara se livrent - encore - une guerre « d’opinion ». Si chacune d’entre elles reconnait la nécessité d’aller à la réconciliation, il n’en demeure pas moins qu’elles restent opposées quant à leur « approche » de la réconciliation nationale.

Monsieur Ouattara a pris les rênes du pouvoir. Arrestations arbitraires, emprisonnements, enlèvements, assassinats, expropriations des biens, atteintes aux Droits de l’Homme, traque des partisans de Laurent Gbagbo…, sont depuis, le lot quotidien des ivoiriens, notamment des opposants à son régime. Ouattara a choisit – visiblement et délibérément – de pratiquer une politique répressive,  en durcissant son pouvoir et par ce fait, s’est assis dans une sinistre dictature.

Concomitamment mais paradoxalement, pour signifier à l’opinion nationale et internationale son amour « fou » pour la Réconciliation nationale, monsieur Alassane Ouattara met sur pied la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation (CDVR) pilotée par Charles Konan Banny. 

« Ce n’est pas en emprisonnant un adversaire politique qu’on va aller à la réconciliation », rétorque Richard Kodjo, secrétaire général par intérim et porte-parole du FPI, principal parti d’opposition ivoirien, à Alassane Ouattara. Une opposition qui réclame aussi et entre autres la libération de ses membres, la cessation de toutes les exactions sur ses militants ou sur ceux qui sont soupçonnés d’en être, la fin de l’impunité des FRCI, la mise en place d’un contexte propice à un véritable jeu politique et démocratique…, bref, elle souhaite voir , ce qu’elle a appelé « des signaux forts » de la part de monsieur Ouattara.

Réponse des maîtres du pouvoir d’Abidjan: l’opposition, notamment le FPI gagnerait à jouer profil bas, à faire « allégeance » au nouvel homme fort, Alassane Ouattara, à abandonner toute forme d’arrogance et à se repentir de sorte à espérer la clémence et le pardon du peuple ivoirien. Car, selon ces mêmes dirigeants, cette opposition est, à elle seule, responsable des 3000 morts survenus au cours de la guerre post-électorale. Pour eux, il n’est donc pas question de céder à un quelconque « préalable » de l’opposition, fut-ce au nom de la réconciliation nationale.

C’est dans un tel contexte que survient – ces derniers temps – les attaques des positions des FRCI par un mystérieux commando, semant la psychose et la panique au niveau de la population. Chez les tenants actuels du pouvoir, c’est la plutôt la colère et des décisions  très controversées, mettant à nue une certaine fébrilité qui semblent prendre le dessus. Aux dires de certains observateurs, « la situation socio-politique en Côte d’Ivoire, aujourd’hui inquiète sérieusement ».

Que faire ? Faut-il s’accepter, se pardonner malgré tout ?

Malgré tous ces prisonniers politiques et militaires, malgré ces milliers d’exilés, cette insécurité et  cette impunité ambiantes, ces violations graves des Droits de l’Homme, ces massacres de civils et ces expropriations de terres à l’ouest, ce « rattrapage » ethnique érigé en projet de société dans l’administration, dans l’armée… ?

Ou, faut-il – au contraire - faire preuve de courage et décrisper l’atmosphère socio-politique en libérant purement et simplement les prisonniers politiques et militaires qui -  à bien y réfléchir ne sont pas plus coupables que certains de leurs homologues aujourd’hui au pouvoir -, en s’inscrivant résolument dans le respect des Droits de l’Homme et surtout en libérant de façon effective le jeu politique et démocratique ?

Deux pistes de sortie de crise (certes, il peut en exister d’autres) s’offrent ainsi aux ivoiriens et à la Côte d’Ivoire. Deux pistes dont l’une semble avoir été privilégiée par le régime actuel.

Mais au regard des récents développements de la situation socio-politique ivoirienne, la Côte d’Ivoire pourra-t-elle survivre à une telle position et attitude du régime Ouattara qui, à la vérité tend à montrer ses limites?

Marc Micael
Zemami1er@yahoo.fr

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