28/09/2012 01:38:07
Côte d'Ivoire. Dernier kata de rattrapage: Des ex-Com'zones nommés préfets
Leurs CV : 10 ans de rébellion, un pied de nez à la CPI
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Com'zone Ben Laden

Ouattara bombarde 3 ex-chefs de guerre préfets de région

Une insulte à l’intelligentsia ivoirienne, la décision que vient prendre Alassane Ouattara en nommant hier mercredi 26 septembre 2012, trois ex-chefs de guerre, préfets de région. Notamment, le Cdt Ousmane Coulibaly dit Ben Laden, Tuo Fozié et Koné Messamba. Un pied-de-nez aux administrateurs sortis de l’ENA.

Les populations des régions qui accueilleront sous peu leurs nouveaux préfets de région doivent-elles en rire ou en pleurer ? En effet, Alassane Ouattara, chef de l’Etat a nommé respectivement préfets de région à San Pedro, Bondoukou et Guiglo, les ex-chefs de guerre Ousmane Coulibaly dit Ben Laden, Tuo Fozié et Koné Messamba. Avant d’être bombardé «préfet de région» à San Pedro, le Cdt Ben Laden était le «patron» du Camp de la Bae, devenu tristement célèbre pour s’être vu transformé en un véritable camp de  «concentration ». Il était par ailleurs Com’zone à Odienné dans le nord du pays, où est jusque là détenue l’ex-première Dame Simone Gbagbo.

Quant à Tuo Fozié, l’une des premières figures de l’iceberg «rébellion du 19 septembre 2002», il était jusqu’à sa nomination chef de l’unité des FRCI chargée de lutter contre le racket. Pour sa part, l’ex-chef de guerre Koné Messamba, était l’ex-directeur des forces paramilitaires des Forces nouvelles. Tous ces trois nouveaux «préfets de région» ont plusieurs points en commun. Ils sont originaires du nord du pays et ex-chef de guerre ; ils ont des problèmes à s’accommoder avec la langue de Molière. C’est donc à ces trois personnes qui ont objectivement comme background environ dix ans de rébellion qu’il échoit des postes très administratifs.

Un pays sous contrôle des ex chefs de guerre

Comment comprendre la démarche d’Alassane Ouattara qui s’obstine à ridiculiser l’Etat de Côte d’Ivoire avec de telles mesures ? Alors que les administrateurs civils de qualité et de compétence il y en a à profusion dans le pays. A moins que le chef de l’Etat ne veuille étiqueter ces trois régions comme des «zones de guerre», où il faut des préfets «militaires». Mais là encore, il est passé à côté de la plaque, puisque la guerre est belle et bien terminée, selon son propre propos, depuis presque deux ans. Même là encore ces trois ex-chefs de guerre n’ont ni le bagage intellectuel requis ni les grades appropriés pour de telles fonctions.

Alors qu’on avait pensé à la réunification véritable du pays et à un retour à la normalité, Ouattara replonge le pays dans un mode de gestion typique à l’ex-rébellion, avec des Com’zones. Et c’est bien le cas de le dire. On comprend aisément pourquoi le concours d’entrée à l’Ecole nationale d’administration (ENA) a été purement et simplement suspendu depuis deux ans. On ne sera pas étonné si dans quelques semaines Alassane Ouattara nomme des ex-chefs de guerre comme Gouverneurs des 12 nouveaux districts créés.

Frank Toti

Ouattara nargue la CPI

Selon certaines indiscrétions dans le milieu diplomatique étranger en Côte d’Ivoire, la Secrétaire d’Etat américain, Hillary Clinton, lors de son passage, a demandé au numéro un ivoirien de lâché certains chefs de guerre impliqués dans les massacres de Duékoué et de Yopougon durant la crise postélectorale pour qu’ils répondent de leurs actes devant la Cour pénale internationale (CPI).

Depuis hier, la position d’Alassane Ouattara est connue sur le sujet. Il a en effet nommé, depuis hier en conseil des ministres, trois anciens chefs de guerre de l’ex-rébellion ivoirienne à la tête de trois régions du pays. Il s'agit d'Ousmane Coulibaly (dit Ben Laden) à San Pedro, Tuo Fozié à Bondoukou et de Koné Messamba à Guiglo. Parmi ces trois figures de proue de l’ex-rébellion, un ex-chef de guerre, Ousmane Coulibaly, commandant de la sécurité de la commune de Yopougon jusqu’à sa nomination, est accusé par les organisations des droits de l’homme d’être impliqué dans les massacres de Yopougon.

Et on se rappelle que, selon des sources proches du pouvoir, l’ex-adjointe de Luis-Moreno Ocampo, lors de son dernier passage à Abidjan, avait évoqué la possibilité de mettre très rapidement le grappin sur les auteurs des massacres des civils à Duékoué, à Yopougon et leurs «donneurs d’ordre». Ce qui, selon elle, pourrait redorer le blason de son institution dont l’image est fortement terni par des accusations de partialité. Eu égard à ce que, depuis l’arrestation et la déportation du président Laurent Gbagbo à La Haye, aucun auteur de crimes avérés du camp Ouattara n’a encore été mis sous contrôle judiciaire.

Pourtant, Amnesty international et d’autres organismes sur qui ne sauraient planer des soupçons de collusion avec le camp Gbagbo, après investigations, avaient révélé la responsabilité directe de certains chefs de l’ex-rébellion, notamment Chérif Ousmane, Ben Laden, Losseni dit Loss et bien d’autres dans les massacres de Duékoué et Yopougon. Face à Fatou Bensouda, Alassane Ouattara, selon des indiscrétions, n’avait pas exprimé sa gêne, d’autant plus que la grogne que pourrait provoquer l’inculpation des exchefs de guerre suscités pourrait fragiliser son pouvoir.

Le numéro un ivoirien aurait tout simplement demandé (comme à l’accoutumée lorsqu’il s’agit d’inculper des personnalités de son camp) de laisser une chance aux enquêtes qui sont menées sur ce sujet d’aboutir. Et garanti de mettre les coupables à la disposition de la justice. Mais ces mesures prises hier en nommant Ousmane Coulibaly (dit Ben Laden) aux plus hautes fonctions de l’administration au moment où l’opinion s’y attendait le moins démontre clairement qu’Alassane Ouattara n’est pas disposer à coopérer avec la justice internationale dans le lâchage de ses partisans pour que ceux-ci répondent de leurs nombreux crimes. Et la volonté de la Secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, selon le confrère de J.A dans son édition en ligne du mardi 17 janvier, de voir Soro (même à titre de témoins) et certains ex-chefs de guerre devant la CPI, tombe ainsi dans oreilles de sourd.

Benjamin Silué

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