29/09/2012 00:32:21
Le dernier pétard mouillé des rebelles d'Alep
Rebelles cherchent munitions désespérément...
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Rebelles à Alep en Syrie

Alep : l’«offensive des Ardennes» de l’ASL, vraiment ?

Jeudi, un responsable de la brigade islamiste al-Tawhid, la plus médiatisée des unités rebelles  d’Alep, a annoncé une offensive générale contre l’armée : «Ce soir, soit Alep sera à nous, soit nous serons défaits», a affirmé Abou Fourat, officier déserteur. Jeudi après-midi, une journaliste de l’AFP a vu des rebelles se regrouper par dizaines dans des écoles du quartier d’Izaa (nord) et tirer des obus de mortiers, s’encourageant par talkie-walkie.

Et bien évidemment, jeudi à minuit, Alep n’était pas tombée dans les mains de l’ASL. Ces proclamations de matamore sont un des « tics de langage » de la rébellion depuis des mois. Maintenant, il est possible que plusieurs bandes, sur la défensive depuis plusieurs semaines, aient tenté de conjurer un sort funeste, et de lancer leur «bataille des Ardennes» avec l’énergie du désespoir – et du fanatisme religieux.

En tous cas, l’AFP et les grands médias, avec ce mélange de sensationnalisme et de partialité politique qui leur est commun, titrent sur l’«offensive rebelle décisive à Alep» , offensive, dont ils ne parleront, sans doute, plus, d’ici deux ou trois jours.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme de violents combats sont en cours notamment dans les quartiers d’Izaa (Nord) et de Seif al-Dawla Sud-Ouest), auxquels participent «des centaines de combattants» insurgés. Mais là encore, rien de nouveau sous le soleil d’Alep. Ou plutôt si : on parlait naguère de «plusieurs milliers» de rebelles, mais c’est peut-être une «faute d’inattention», de la part des rédacteurs de l’OSDH.
Un peu plus tôt, cette organisation  de propagande de la rébellion basée en Grande-Bretagne avait fait état de bombardements de l’armée régulière sur les quartiers rebelles de Mayssar et Hanano, à Alep, et d’autres localités, dans la province d’Alep.

Ce jeudi matin, il est certain qu’on se bat dans plusieurs quartiers de l’est et du nord-est d’Alep  : Mayssar, Hanano et Sakhour. L’agence officielle syrienne Sana n’évoque évidemment pas cette «offensive décisive» des rebelles. Elle indique juste, dans son bulletin de matinée du 28 septembre...

-Un accrochage dans le quartier d’al-Maqsoud (Nord de la ville).

-La mort de quatre civils, dont deux enfants, victimes d’obus de mortiers rebelles tombés sur le camp de réfugiés d’al-Nayrab (limite Sud d’Alep), obus qui ont blessé aussi dix autres personnes.

Selon Arabs Press (pro-gouvernement) des dizaines de rebelles ont été tués hier encore à Alep, dont cinq ont été identifiés. Et selon le correspondant de ce site à Alep, les miliciens ont tué trois Palestiniens du camp Nayrab a proximité de la ville. Les victimes, Mohammad Jadea, Hussein Masri, et Hekmat Derbas, faisaient partie des «comités populaires» constitués des hommes des quartiers et localités, dans le but de contribuer à préserver la sécurité de habitants. Ils ont été kidnappes dans la nuit de lundi à mardi, et leur ravisseurs ont exigé une rançon de 3 millions de dollars mais n’ont pas tarde à les liquider. 20 autres Palestiniens ont été tues dans le camp de Bab an-Nayrab, dont 16 membres de l’Armée de libération palestinienne – pro-gouvernementale. Sans doute certains d’entre eux ont-ils été victimes des tirs évoqués par Sana.

Dans la région d’Alep, pas de nouvelles du «front Ouest», ce secteur d’Antareb, à la limite des gouvernorats d’Alep et d’Idleb, où les rebelles venus de cette dernière région ont tenté ces derniers jours de «tendre la main» à leurs camarades alépins. mais l’armée leur a barré la route. Pas de nouvelles, mais  un « faire-part » de mort au combat de Rami Mustapha Obeid, chef de groupe ASL, tué, à Antareb  : http://www.facebook.com/photo.php?fbid=350544271704872


Rebelles cherchent munitions désespérément

L‘AFP a publié hier un reportage au QG de la brigade al-Tawhid, la plus importante d’Alep. Notamment, les chefs rebelles  expliquent leur enlisement militaire par le peu de munitions qui leur reste, et qui leur permettrait tout juste de défendre leurs positions avec des snipers tirant parcimonieusement.

Le reporter assiste au débriefing du soir, avec les chefs d’unités venus des bases établies dans les quartiers de Seif al-Dawla, d’Izaa, de Salaheddine et d’al-Amiriya, dans l’est. On ne peut être que sceptique sur le «front» de Salaheddine, l’armée ayant annoncé sa reconquête voici plusieurs semaines déjà, et ce quartier, premier bastion ASL à Alep, en juillet, ayant pratiquement disparu des communiqués rebelles depuis. La situation est moins claire pour le quartier voisin de Seif al-Dawla, annoncé comme nettoyé par l’armée mais où des combats interviennent encore, semble-t-il.

Quoiqu’il en soit, tous ou presque font le même constat : plus rien ne bouge à Alep, faute de munitions. Là encore, on se permettra de les contredire : le front bouge, l’armée ayant repris Midane, Jdeidé, al-Kalassé, al-Arqoub, progressant à Sakhour. Et ne lâchant pas la pression sur Hanano, Boustan al-Bacha, Souleyman al-Halabi, Boustan al-Kasr, Chaar, la Vieille ville.

La journaliste de l’AFP résume d’ailleurs la situation générale à ses lecteurs : après avoir effectué fin juillet une importante percée, au début des combats, les rebelles ne combattent plus désormais que pour conserver ou assurer leurs positions.  «Depuis un mois, le front ne bouge plus», explique ainsi Abou Fourat, l’un des chefs de la brigade al-Tawhid.

Les responsables ASL alépins assurent avoir saisi 5 000 fusils et quelque 2.500 lance-roquettes dans la caserne du quartier Hanano lors d’une récente attaque, mais, à les en croire, ils n 'ont plus rien à tirer. Au rapport de chaque chef d’unité c’est le même leitmotiv: «Je n’ai plus de munitions». «Les chefs de l’extérieur,  je n’ai pas reçu une seule balle de leur part», s’insurge un rebelle, faisant référence aux dirigeants de l’Armée syrienne libre qui viennent d’annoncer leur retour en Syrie après avoir passé près d’un an et demi réfugiés en Turquie.

Un des chefs de brigade fustige les Occidentaux «défenseurs des droits de l’Homme» qui n’envoient rien aux rebelles. Il semble en effet que le Américains et les Turcs soient « prudents » dans leurs livraisons aux bandes du front d’Alep : la brigade Tawhid est sans doute un peu trop connotée extrémiste selon leurs critères. Alors, on donne dans le «À votre bon coeur !» : «Vous, les jeunes, vous connaissez Facebook et les sites internet, lancez un appel au don, faites quelque chose», dit un chef à ses ouailles. Certaines, note le reporter, ont le front ceint d’un bandeau portant la profession de foi islamique.

Les responsable rebelles exagèrent-ils leur manque de munitions pour attendrir les « donateurs » ou excuser leurs revers ? Dans les reportages et témoignages lus ces derniers temps sur l’insurrection d’Alep, cet argument est revenu plusieurs fois. S’il est fondé, c’est une indication supplémentaire de ce que les insurgés assiégés dans les quartiers ne reçoivent plus de ravitaillement de l’extérieur, et que donc le blocus et la surveillance des voies d’accès à Alep par l’armée est efficace.

Après cet éclairage AFP, des nouvelles ou des impressions communiquées le 27  par des proches d’un habitué du site : tout est calme dans les quartiers d’Hamdaniyé et de Bab Djéné (entrée sud-ouest d’Alep, et à l’ouest de Salaheddine), du centre vers les quartiers modernes de l’ouest de la ville ; ces correspondant contactés par téléphone disent ne ne manquer de rien ; dans ce secteur, les boutiques sont ouvertes et les gens vont et viennent dans les rues y compris les enfants. Ce contraste avec les quartiers du sud et de l’est est tel qu’une autre amie de ces gens qui habite au centre ouest disait qu’elle a l’impression de ne pas habiter la même ville !

Le correspondant de notre visiteur reconnait que dans cette partie préservée d’Alep, les gens n’ont pas trop de nouvelles de ce qui se passe dans la zone des combats.

Guy Delorme

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