30/09/2009 14:50:47
Le bois illégal arrive bon port
Il existe de nombreuses sociétés «fantômes» qui ne possèdent ni titre d’exploitation forestière ni unité de transformation fixe mais qui exportent du bois.
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De nombreux rapports comme celui des Amis de la terre décrient les mécanismes de blanchiment du bois.

Eric Boilley, le porte parole de la fédération européenne du Commerce du Bois est clair sur la question : «Il est indispensable que le ministère des Forêts du Cameroun nous aide à faire la différence entre le légal et l’illégal et combatte efficacement ce dernier. Car il n’est pas normal que sur le marché, les opérateurs s’engageant dans des politiques d’achats responsables, soient pénalisés par des acheteurs et des producteurs peu scrupuleux. Nous prenons quant à nous nos responsabilités pour empêcher l’importation de bois illégal dans l’esprit de notre charte environnementale».

C’est qu’avant d’entrer au port de Douala, le bois illégal doit, selon une enquête publiée en mai dernier par les Amis de la terre, être blanchi et avoir tous les papiers nécessaires à l’exportation. Pour ce faire, croit encore savoir l’Ong internationale, «de véritables réseaux se sont organisés localement, autour des personnes influentes comme les maires, les gendarmes ou les agents du ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) et au niveau national, où l’absence du contrôle des titres et des volumes d’exploitation accordés permettent tous les abus». Aussi, au cours de leur enquête, les Amis de la terre ont recensé les différentes étapes empruntées par les fraudeurs pour blanchir le bois illégal. Et la première étape consiste à légaliser l’origine du bois.

Check points
Ce qui passe par les ventes aux enchères fictives. «Les ventes aux enchères fictives constituent un mécanisme important de blanchiment du bois issu des coupes sauvages c’est-à-dire sans aucun titre ou permis d’exploitation forestière. Le délégué départemental et son supérieur, le délégué provincial, qui sont les représentants locaux du Minfof sont les principaux responsables de cette filière», notent les Amis de la terre non sans ajouter avoir constaté au cours de ses missions que l’exploitation illégale se fait de façon à peine dissimulée. Vrai ou faux ? Toujours est-il qu’outre les ventes aux enchères fictives ou l’utilisation frauduleuse d’un titre existant, l’enquête des Amis de la terre a révélé que la deuxième étape du blanchiment du bois illégal au Cameroun consiste à transporter ce bois vers une scierie pour le façonner en qualité export.

«Une fois abattu en forêt, le bois est grossièrement débité... Il doit donc à nouveau être transformé dans une scierie-raboterie pour avoir la qualité export. D’après le témoignage d’un exploitant, le prix à payer pour un camion plateau est d’environ 15000 Fcfa plus les droits de passage aux différents check points tenus par les gendarmes. Les camions amènent le bois jusqu’à une petite scierie, généralement située dans la plus proche, où il est raboté et mis aux dimensions exigées par le marché», ont encore constaté les Amis de la terre dans leurs investigations. Des recherches qui leur ont encore permis de savoir que marquer le bois au nom d’une société ayant l’agrément d’exportateur. Afin de pouvoir être transporté jusqu’au port de Douala et être exporté, le bois illégal doit être marqué avec le sigle ou marteau d’une société ayant un agrément de bois…

Il existe de nombreuses sociétés «fantômes» qui ne possèdent ni titre d’exploitation forestière ni unité de transformation fixe mais qui exportent du bois. “Ces sociétés ont parfois des durées de vie très courte. Elles peuvent apparaître, exporter des volumes de bois importants et disparaître en deux ou trois ans parfois” signalent les Amis de la terre.
Un constat déjà fait par la Brigade nationale de Contrôle qui a, avec l’Observateur Indépendant, effectué une mission de contrôle forestier au port de Douala du 08 au 14 octobre 2007. La mission qui a pour objectif d’établir la situation sur l’exportation des bois illégaux au Cameroun, avait également abouti à la conclusion selon laquelle un bois même illégal ne peut être exporté que s’il est d’abord transportable jusqu’au port.
Pour cela, des lettres de voiture sont falsifiées ou maquillées avec de fausses mentions. Toutes choses qui facilitent alors l’entrée au port de Douala de nombreux colis de bois à destination de l’Europe avec les marques de sociétés impliquées dans l’exploitation illégale.

Pour Comprendre
La fraude vue par la brigade de contrôle


Une mission conduite en octobre 2007 par la Brigade nationale de contrôle et Rem, l’observateur indépendant du contrôle et suivi des infractions forestières a pu révéler les divers mécanismes d’exportations frauduleuses des bois au port de Douala, mais elle n’a pas été en mesure d’en évaluer le coût total, faute de temps. Néanmoins, elle a pu mettre en évidence que l’usage frauduleux des lettres de voiture émerge comme la principale méthode qui facilite l’exportation des bois illégaux à partir du port de Douala par des exploitants moyens.
L’administration forestière aurait selon les constats de cette mission une part de responsabilité dans cette situation étant donné que dans certains cas, elle attribue plus de lettres de voiture que l’exploitant n’en a besoin. Pis, le contrôle de volumes exportés en comparaison avec ceux autorisés est devenu quasiment impossible depuis la note circulaire de juin 2006 suspendant toute vérification des volumes au motif que le tarif de cubage posait des problèmes .Des problèmes de moyens matériels et humains affectent également la qualité du contrôle par le Minfof au port.

Eu égard au constat, analyses et conclusions faites ci-dessus, l’Observateur Indépendant avait recommandé entre autres: Qu’une mission d’évaluation complète des bois exportés illégalement soit initiée au port de Douala en janvier et février 2008; Qu'un service spécialisé chargé de la distribution et du suivi des documents de transport de bois soit mis en place; Que soit levée la mesure (Lettre circulaire de juin 2006) portant interdiction de contrôle des volumes exploités et exportés en comparaison avec ceux autorisés.

Il devrait en être de même pour la lettre circulaire portant interdiction de laisser des photocopies de lettre de voiture aux check points; que le Minfof mette en place un système rigoureux de suivi de l’usage des lettres de voiture et que des sanctions soient appliquées à ceux qui ne respecteraient pas les normes en la matière. Que soient renforcés en ressources humaines et matérielles les services du Minfof opérant au port de Douala et dans la ville elle-même.

Francky Bertrand Bn

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