04/10/2012 04:23:42
Alerte. Moins de 10% des Camerounais ont une assurance maladie
Un symposium tente depuis cinq ans de remédier à la donne. Des propositions sont faites, mais les pouvoirs publics autant que les populations elles-mêmes semblent insensibles à la sonnette d’alarme.
Le Messager
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Hopital Laquintinie Douala

Un symposium tente depuis cinq ans de remédier à la donne. Des propositions sont faites, mais les pouvoirs publics autant que les populations elles-mêmes semblent insensibles à la sonnette d’alarme. 

L’état des lieux au Cameroun n’est pas rassurant en ce qui concerne la couverture médicale. Au contraire, plus le temps passe et plus les statistiques en matière d’assurance maladie, inquiètent. En 2005, à peine 17% des Camerounais étaient couverts. Cinq ans plus tard, on en compte moins de 10%. Ces chiffres ont été donnés par Pr. Roger Tsafack Nanfosso, mardi 2 octobre 2012, au cours de la 5e édition du Forum germano-camerounais pour les sciences médicales et paramédicales. Cet éminent agrégé d’économie dresse un constat froid sur une société qui a pourtant largement besoin de couverture sanitaire. « La population couverte ne l’est d’ailleurs pas assez », souligne-t-il à cet effet.

L’assurance maladie est donc loin d’être une habitude courante au Cameroun. Elle est essentiellement élitiste, plusieurs personnes estimant qu’elle est réservée « riches ». Pour l’heure, l’essentiel des soins est pris en charge par les budgets directs des ménages. Certes, il existe des possibilités que les gens eux-mêmes ignorent. Tenez : les fonctionnaires peuvent être couverts à 100% et leurs familles à 60% s’ils en font la demande au ministère des Finances, même s’il faut reconnaître que cela coûte assez cher. Il existe un secteur d’assurance obligatoire (pour les maladies professionnelles) et c’est l’employeur qui paie entre 1,75% et 5% de ses charges. Plusieurs autres modes de couverture existent, ou sont expérimentés, mais cela ne retire en rien les statistiques alarmantes énoncées par les spécialistes. 

La question pour l’heure est donc de savoir comment implémenter au Cameroun un ou des systèmes permettant aux populations, tout au moins au plus grand nombre, de pouvoir se soigner sans trop de tracasseries. C’était d’ailleurs la préoccupation principale du symposium ci-dessus mentionné. Il s’agit pour le pays de trouver des modes de financement de l’assurance maladie adaptés aux réalités locales, même s’ils sont calqués sur d’autres pays comme le Bénin où cela réussit très bien. Selon les convictions de Nelly Mongoso’o, le Cameroun a besoin d’un savant dosage des trois types de financement qui existent actuellement sur le territoire. « Chaque système a ses avantages et ses inconvénients. Et aucun n’est à priori plus meilleur que les autres. Donc, il faudrait procéder à un dosage pour aboutir à un système cohérent, qui puisse profiter au plus grand nombre », souligne cette actuaire. 

Les trois systèmes dont elle parle se calquent sur les niveaux de mutualisation nationale (à l’échelle du pays), communautaire (dans des groupes de personnes) et qualitative (en terme d’offres de soins de santé). Mais, ce que l’on semble beaucoup plus attendre, c’est que l’Etat prenne véritablement les choses en main, en impulsant un système d’assurance maladie à l’échelle nationale, tout en permettant le développement des autres systèmes. Plusieurs voies de financement sont proposées à ce sujet, même si certaines semblent difficiles à emprunter. Dr. Claude Amougui pense par exemple que l’on pourrait fiscaliser les salaires ou introduire une taxe sur la santé pour les « débrouillards » comme on le fait avec l’Otvp (occupation temporaire de la voie publique). 

Toutefois, au-delà de tout cela, les lourdeurs et les lenteurs observées constituent encore un frein important dans la mutualisation de la santé au Cameroun. On se souvient du projet « Santé phone », amené par la compagnie d’assurance Samiris, financé par les Suisses et « apprécié » par l’Etat : jusqu’aujourd’hui, malgré les propositions alléchantes, il n’avance pas. Des tentatives de mettre sur pied des lois dans le pays afin de favoriser le développement de l’assurance maladie demeurent sans succès depuis au moins deux décennies (réforme de la Cnps, par exemple). Les organisateurs du symposium, en l’occurrence Dr. Pierre Thierry Noah, espèrent pourtant que « les messages véhiculés depuis plusieurs années, notamment en terme de couverture médicale, feront en sorte que les choses s’améliorent »

Alain NOAH AWANA 

 

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