05/10/2012 02:27:23
Grégoire Owona « presse les testo » d'un camarade. En vain.
Scène à la fois ubuesque et pathétique le 26 septembre 2012 à la salle de conférence de la délégation régionale du travail et de la sécurité sociale du Littoral à Douala. Le ministre Grégoire Owona est personnellement descendu sur les rails voir de près et écouter ce qui se passe entre Camrail, Sitrafer et les employés de cette dernière.
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Scène à la fois ubuesque et pathétique le 26 septembre 2012 à la salle de conférence de la délégation régionale du travail et de la sécurité sociale du Littoral à Douala. Le ministre Grégoire Owona est personnellement descendu sur les rails voir de près et écouter ce qui se passe entre Camrail, Sitrafer et les employés de cette dernière.

Pour la petite histoire, un litige salarial oppose depuis des mois le personnel de la Société internationale de transformation du fer à leur directeur général, M. Jacques Bimaï, bien connu par ailleurs sous sa casquette et autour du cou son écharpe du Rdpc à la section Wouri V. Les cadres totalisent huit mois d’arriérés de salaire, les ouvriers quatre mois. La crise a atteint le paroxysme depuis quelques semaines. Les contraintes de la rentrée des classes ayant eu raison de la patience pour ne pas dire du stoïcisme des employés, ces derniers se sont vus obligés de forcer la main à tout le monde, notamment à Camrail, principal client de Sitrafer donc mamelle nourricière de cette entreprise. Des jours durant, ils ont assiégé le passage du train, blocant la desserte de la gare de Bassa-Ndokoti. D’où la descente à Douala du ministre Grégoire Owona.

La concertation devant le Mintss et secrétaire général adjoint du Rdpc sera plutôt pénible pour son camarade et directeur général de la Sitrafer. Les torts causés aux travailleurs de cette entreprise sont tels que « le bouillant Adg a perdu subitement son aplomb. Lui qui, habituellement parle avec verve, parvient à peine à se faire entendre. Ses mains tremblent autant que sa voix », écrit mon jeune confrère Hervé B. Endong dans un excellent compte-rendu dans La Nouvelle Expression. Appelé à s’expliquer sur cette crise, Jacques Bimaï avance : « Le mal est profond. Avec les bons de commande reçus de Camrail, nous serons obligés de mettre 2/3 des effectifs dehors. Même si vous (le gouvernement : Ndlr) payez aujourd’hui (le 26 septembre 2012 :Ndlr), on sera obligé de revenir ».

Le ministre Grégoire Owona qui veut crèver l’abcès et aller droit au but renchérit : « que proposez-vous concrètement pour sortir de cette situation ? Avant de lui assèner l’estocade :  « vous êtes venu ici effrayer le personnel ? Allez faire vos élucubrations ailleurs ! Ce n’est pas à l’ordre du jour. Au lieu de proposer des solutions concrètes, vous effrayez le personnel ? », réagit énergiquement le Mintss. « Vous ne m’avez pas compris monsieur le ministre. Laissez-moi parler », supplie Jacques Bimaï. Peine perdue. La parole est passée à Pierre Olivier Bedime, administrateur de Sitrafer. Ce dernier apprend à l’assistance que Sitrafer vit au-dessus de ses moyens et que ce sont les escomptes des factures intermédiaires payées par Camrail, à la demande de l’Adg, qui sont à l’origine de cette situation chaotique.

Pierre Olivier Bedime demande à ce que ces escomptes soient supprimés. Il n’a pas le temps de finir son propos que Jacques Bimaï se relève : « Jamais ! On a toujours fonctionné ainsi. Si on supprime ces escomptes, l’entreprise va vivre comment ? Il n’y a pas de fonds de roulement ». Cette autre réaction contreproductive est déplorée par le Mintss qui sollicite le concours du Pca de l’entreprise. « Qu’est ce que vous pouvez faire pour ces enfants dans l’immédiat ? ».

Jean Marie Mbida est coincé. Il reconnaît solennellement que Sitrafer, au 31 juillet 2011, doit au total 179 253 839 Fcfa aux employés, correspondant à quatre mois d’arriérés pour les agents et 8 mois pour les cadres. « Vous n’avez pas répondu à ma question », insiste Grégoire Owona. «  C’est à l’Adg de vous dire comment il compte gérer ça », se désengage Jean Marie Mbida. Une fois de plus, Jacques Bimaï marque un temps d’arrêt. La tête baissée, tel un enfant attrapé en flagrant délit de vol, il tourne et retourne sa langue dans la bouche, se souvient-il de la leçon d’une sagesse millénaire. « C’est très difficile. Je propose 50 000 Fcfa à tous les agents aujourd’hui, et 50 000 Fcfa mardi prochain. La banque  ne veut pas nous laisser tranquille. Camrail a payé une facture de 34 millions la semaine dernière et c’est très insuffisant », souffle l’Adg de Sitrafer. C’est à ce moment que le directeur général de Camrail réclame la parole. Gérard Quentin apprend ainsi au Mintss et à l’assistance, que depuis le début de l’année dernière, son entreprise a payé à Sitrafer les factures correspondant à un peu plus de 700 millions Fcfa,  soit une moyenne de 80 millions par mois. Le patron de Camrail, le plus gros client de Sitrafer, apprend également qu’il y a des mois où Sitrafer perçoit 110 millions.

Dans la salle, on hurle à la fois de joie et de fureur. A quelle sauce va-t-on manger Jacques Bimaï acculé dans ses derniers retranchements ? Savait-il ce qui l’attendait à cette réunion ?

S’il pouvait disparaître sur le champ, c’était la seule issue pour échapper à la huée. Faute de cela il ne lui restait plus qu’à boire son calice jusqu’à la lie. Au terme des tribulations de son camarade, le ministre Grégoire Owona eu quand même ce mot de réconfort à son sdresse « si vous voulez être accompagné, la première chose est de marcher droit ». La carotte après le bâton. Elégance que n’eut pas Robert Nkili, ministre des  Transports à l’égard de Jean-Marcel Dayas Mounoumé le jour où ce dernier fut débarqué de la direction générale du Port autonome de Douala comme un chien dans un jeu de quilles.

Toutefois, malgré la promesse faite devant le Mintss, Jacques Bimaï n’a pu honorer le rendez-vous de mardi dernier avec le personnel de Sitrafer à qui il devait verser un mois de salaire. Le jour venu, c’est par un messager qu’il leur propose la moitié de la figue parce que « les temps sont durs. Prenez ce qu’on vous propose. On verra le reste après… Avant la fin du mois tout va rentrer dans l’ordre ». Du déjà entendu qui cabre davantage un personnel de plus en plus remonté par le mépris avec lequel il est traité par M. Bimaï.

« Tant que nous n’avons pas au moins un mois de salaire, nous ne reprenons pas le travail. C’est le minimum nécessaire négocié au forceps en présence du ministre du Travail. Pour qui se prend Jacques Bimaï qui confond la société à un parti politique. Comment allons-nous résoudre les problèmes de rentrée scolaire, de nos enfants, d’alimentation et de santé sans oublier les bailleurs qui nous courent après car ils ont appris à la télé que nous avons été payés ? » jurent-ils.

En attendant la suite de cette affaire Sitrafer, le gouvernement a-t-il pris conscience du fait que les cadres du Rdpc à la tête des entreprises publiques et privées prennent, plus que les autres, des libertés intolérables au détriment de leurs compatriotes et des travailleurs dont l’épanouissement ferait la fierté et la crédibilité de leur parti ? C’est ainsi qu’on les voit financer à coups  de dizaines voire de centaines de millions les activités du parti au pouvoir, s’ils ne le font pas pour acheter des postes auprès de fieffés bonimenteurs qui vont jusqu’à leur miroiter des porte-feuilles ministériels.

Les employés de la Sitrafer n’attendent plus que la concrètisation des engagements pris le 26 septembre 2012. A savoir le paiement intégral des  salaires dans un délai de 45 jours.

Souffrez que pour la circonstance je vous entraîne vers la cave. Même si ce n’est pas pour du bon vin. J’ai envie de dire que le Dg de Sitrafer est tenu par les c… S’en sortira-t-il ? Vivement je le lui souhaite. En espérant que le ministre Owona daigne faire le tour de tous ces marigots où les gros poissons se nourrissent des petits. Ces derniers n’ont surtout pas à crier leurs frustrations. On leur répond…allez dire ! Et puis quoi ? La caravane passe même quand les chiens aboient jusqu’à saliver de rage.

Jacques Doo Bell

In: Le messager

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