08/10/2012 05:42:02
Dr Pougala. L'Afrique peut-elle sauver le Vatican de sa mort programmée ?
Leçon de Géostratégie Africaine n° 44. A quoi servent les ambassadeurs africains au Vatican ?
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Jean Paul Pougala

Leçon de Géostratégie Africaine n° 44. A quoi servent les ambassadeurs africains au Vatican ?

En 1989, dans le cadre des recherches pour proposer aux chefs d’Etats Africains un regroupement des ambassades africaines dans un souci d’efficacité, j'ai entrepris d'interroger plusieurs ambassadeurs africains à Rome et à Paris.

Pour cela, j’ai parcouru les quelques 150 km qui séparent la ville médiévale et estudiantine de Pérouse à Rome à la rencontre des ambassadeurs africains auprès du Vatican, dit Saint-Siège.  Sur la dizaine d’ambassadeurs rencontrés, à la question : « A quoi sert une ambassade africaine avec le Vatican ?», quelle ne fut ma surprise de constater qu’aucun d’eux ne savait me répondre sans balbutier, sans gêne, puisqu’en réalité ils sont formés pour servir de trait d’union entre deux peuples et dans le cas du Vatican, ma question était au fond vécue comme un révélateur d’une anomalie, le peuple du Vatican n’étant pas identifiable.

Et donc,  lorsqu’on pose cette question aux intéressés, on est surpris de constater qu’ils ne savent pas y   répondre.  Alors, il convient peut-être de passer à une autre question celle –là plus facile : que font au quotidien les ambassadeurs africains au Vatican ? Le problème est qu’il n’existe aucun habitant africain qui réside au Vatican. A cette deuxième question, la réponse de ces ambassadeurs avait été encore plus évasive. 

Pour savoir exactement ce que font ces ambassadeurs, il faudra attendre les élections américaines de novembre 2012 pour le comprendre. C’est en effet à cette occasion que le peuple des Etats-Unis d’Amérique va apprendre à ses dépens qu’il a financé le séjour des ambassadeurs pour le représenter mais qui en réalité étaient plutôt soumis à un endoctrinement intensif au point que tous les six derniers ambassadeurs américains au Vatican se Mitt Romneysont réunis pour guider un collectif dénommé « Catholics for Romney » pour apporter leur soutien indéfectible à un des leurs, le mormon, Mitt Romney (photo) candidat du parti républicain contre le président sortant Obama.

Ce dernier l’a appris avec autant de stupeur que ses citoyens, parce que la probabilité d’avoir 100% des anciens ambassadeurs encore en vie des USA au Vatican, des gens habitués à la réserve, éprouver la nécessité de s’unir pour se battre afin que leur candidat gagne les élections pour revenir sur 50 ans de conquêtes de libertés civiles américaines était une nouveauté plutôt inquiétante. Les 6 co-présidents, 5 hommes et une femme : Frank Shakespeare, Tom Melady, Ray Flynn, Jim Nicholson, Francis Rooney et Mary Ann Glendon, qui ont une seule chose en commun d’avoir été ambassadeurs des USA auprès du Vatican soutiennent Romney pour mener la guerre contre toutes les libertés individuelles votées par Obama et surtout, contre la principale reforme de Obama pour la gratuité de la santé pour les pauvres, comme le révèle le quotidien conservateur italien ITALIA OGGI du 14/08/2012. 

Cet évènement politique m’a fait retourner au Vatican pour inverser la question que j’avais posée 13 ans plutôt et me demander cette fois : « que veut le Vatican des ambassadeurs africains ? » C’est la table ronde du 23 mars 2012 réunissant les 23 ambassadeurs africains au Vatican autour du thème de la culture qui va nous donner un début de réponse.

C’est dans le communiqué final rendu public par la Radio-Vatican du 3 Avril 2012 que les déclarations de 3 diplomates africains au Vatican va attirer notre attention, notamment les propos du chargé d’affaires de la Côte d’Ivoire supplie l’Occident à travers le Vatican pour  venir en Afrique choisir ce qu’il veut pour dit-il « compléter son humanité », en échange, le diplomate ivoirien offre 3 choses :  le fait qu’aucun d’eux ne porte des habits africains, qu’entre eux ils ne parlent aucune langue africaine, mais conversent exclusivement en langue européenne ; il cite le français, l’anglais, l’espagnol et le portugais ; et en dernier ressort, il offre comme contrepartie des échanges interculturels entre l’Afrique et l’Occident, le fait que dans les rues de l’Occident, « les femmes africaines ne portent plus leurs bébés sur le dos ». Le diplomate ne sait pas que même à Abidjan, il y a des dizaines d’années que la majorité des femmes ne portent plus leur bébé sur le dos.  Surtout, il ne sait pas que ce n’était pas pour un défilé de mode, mais pour protéger l’enfant des animaux, durant les travaux champêtres. 

C’est autour de l’ambassadeur du Congo-Brazzaville de nous éclairer encore plus, lorsqu’il déclare qu’en Afrique tout le monde est religieux et que la notion de laïcité est presque inconnue. L’ambassadeur représente un état qui vente la laïcité comme base du rôle fédérateur de l’Etat et il vient donner en dote au Vatican, un Congo confessionnel qui n’existe que dans sa tête.

C’est l’ambassadrice de Zambie qui va remporter la Palme d’Or de la bêtise diplomatique africaine. Elle offre en dote la femme africaine. Elle prie le Vatican de faire que la femme africaine joue plus de rôle dans plusieurs domaines. Elle soutient sa doléance avec une des plus classiques caricatures de la femme africaine à savoir que « c’est elle qui porte sur le dos l’éducation de la jeunesse africaine » La diplomate zambienne se trompe deux fois : on ne peut pas prendre pour exemple les hommes irresponsables qui se contentent de donner une goutte de sperme et disparaissent dans la nature.

A côté de cette race infâme, il existe en Afrique des hommes romantiques, serviables et très présents dans leur vie de couple qui sont en train de générer des progénitures de demain.  Pour terminer, n’était-ce pas pour le moins déraisonné, sinon naïf que la diplomate se trompe carrément d’interlocuteur sur le rôle de la femme dans la société ? Le Vatican est le seul état du monde qui a intégré la discrimination contre la femme dans sa Constitution.  Il prétend suivre les pas de Jésus qui était un homme et qui ne s’était entouré que de collaborateurs hommes. Pire, les prêtres catholiques ne doivent même pas se marier, marquant encore une fois la haine que ce pays porte à la gente féminine.  Quelle erreur  d’opportunité exprimée par notre diplomate zambienne de venir offrir en dote la femme africaine qui bien évidemment ne sera pas reçue comme telle. 

Cette rencontre qui semblait parler de culture et les positions déraisonnées des interlocuteurs africains qui n’ont toujours rien compris n’est au final que l’une des nombreuses initiatives que développe le Vatican pour amener l’Afrique à lui venir en aide, sur une chose dont elle ne parle jamais en Afrique : le manque de vocation en Occident, le manque de prêtres et qui est en train de miner à la base, à la structure tout l’édifice Vatican. 

Le Vatican a besoin de prêtres, de beaucoup de prêtres pour tenir debout. Au XXIème siècle, peu de personnes acceptent le célibat imposé aux prêtres catholiques dans un monde où l’individualisme poussé à l’extrême oblige désormais à retrouver son équilibre psychologique et psychique dans une famille que l’Eglise elle-même définit de classique, « père, mère, enfants ».  Et les profonds scandales de pédophilie qui ont secoué l’Eglise catholique dans le monde entier ont fait le reste.  La conséquence est dramatique dans tous les pays occidentaux. 

EN SUISSE :

Comme nous le rapporte Patricia Breil dans le journal suisse Le Temps du 4 Janvier 2012, selon une des rares études réalisées sur le sujet par l’Institut suisse de Sociologie Pastorale (SPI), en Suisse, en 10 ans 500 prêtres sont morts, mais seuls 143 nouveaux prêtres ont été ordonnés dans la même période. Ce qui crée un déficit de 357 prêtres, c’est-à-dire de 71,40%. Le pire est qu’en 2009, l’âge moyen des prêtres suisses était de 65 ans et selon le SPI, la moitié de ces prêtres, faute de remplaçants, a largement dépassé l’âge de la retraite.  

Diocêse LausanneC’est conscient de problème que le mouvement dénommé Chemin Neocatéchuménale est né en Espagne en 1964 pour créer des séminaires surtout en Afrique et en Amérique du sud pour former les nouveaux prêtres qui viendraient résoudre le problème de la crise de vocation en Occident.  Le résultat pour la Suisse est dans le rapport édité en 2011 par Arnd Bünker et Roger Husistein qui montre clairement que dans les 6 diocèses suisses, un tiers des prêtres sont des étrangers, surtout africains, notamment à Lausanne, Genève et Fribourg.

Mais comme beaucoup de fidèles ne veulent pas que leur mariage ou l’enterrement de leur parent soit célébré par un Noir, les diocèses de Bale et de saint Gall ont tout simplement renoncé à cette solution, préférant celle des laïques formés à la théologie, appelés assistants pastoraux et de diacres permanents qui désormais sont plus nombreux que les prêtres à célébrer, baptême, mariage, funérailles. D’autres diocèses comme Genève, selon ce  rapport recoure à ce qu’on appelle des «animateurs et auxiliaires pastoraux», c’est-à-dire des personnes sans aucune formation théologique. C’est la fin annoncée de l’Eglise catholique, ou tout au moins de l’Eglise telle que nous l’avons connue pendant 2000 ans.  Et le recours aux prêtres africains n’y changera rien, puisque comme on vient de le voir, des diocèses entiers ne veulent pas entendre parler de prêtres africains.  On invoque le problème d’adaptation de ces prêtres venus de la forêt africaine et qui ignorent tout du mode de vie suisse.

Dans le même article, commentant le rapport de la SPI, Patricial Breil rapporte les propos de Martin Werlen, père abbé d’Einsiedeln qui dit qu’au lieu de trop se focaliser sur la chute du nombre des prêtres, et perdre le temps à aller convertir les Africains pour venir faire la messe en Suisse, l’Eglise devrait plutôt se poser la question sur la chute du nombre des fidèles qui n’est selon lui nullement liée comme l’affirme l’Institution ecclésiale à l’évolution du matérialisme et de l’individualisme, mais conclut-il :  « La responsabilité de la désertion des croyants incombe avant tout aux dirigeants de l’Eglise, incapables de regarder la réalité en face et d’affronter leurs propres défaillances ». 

EN FRANCE :

Dans un article publié sur le journal en ligne Slate.fr du 26/6/2010 avec le titre : « La mort lente de l’Eglise catholique », Henri Tincq nous dresse un portrait encore plus catastrophique de la situation de l’Eglise catholique en France où au saignement des croyants s’est accompagné une quasi-totale disparition des prêtres sans qu’ils soient remplacés.

En 2010, seulement 83 prêtres avaient été ordonnés en France pour remplacer les presque 1000 prêtres qui meurent en moyenne par an en France. Si en 1960 on comptait 41.000 prêtres en France, aujourd’hui, ils ne sont plus que 15.000 dont la moitié a plus de 75 ans. Et s’il en meure 1000 par an, remplacés par 83 seulement, l’Eglise catholique française a encore 15 -20 ans de temps pour faire la boutique.  

EN ESPAGNE :

S’il y a une personne qui rit en Espagne et se frotte les mains pour la plus grande crise économique du pays depuis des décennies, c’est bien l’Eglise catholique, c’est bien Isidro Catela, directeur de la communication de la Conférence épiscopale espagnole qui avec un cynisme et un opportunisme divin ou céleste, a trouvé la parade à la crise des vocations en Espagne, en profitant de la crise qui fait que 50% des jeunes Espagnols de moins de 25 ans sont au chômage, pour lancer une campagne très agressive de recrutement de nouveaux prêtres.

Le spot publicitaire ne fait pas dans la dentelle, et promet sans détour un « emploi fixe » et une « richesse éternelle » récite le spot, présenté à la presse espagnole vendredi 16 mars 2012. Monseigneur Angel Perez Pueyo, de la conférence épiscopale espagnole et commanditaire du clip ne veut plus attendre que ce soit le Saint-Esprit lui-même à se révéler chez les futurs séminaristes comme le veut la tradition. Mais il va jusqu’à susciter le sentiment de culpabilité qui est propre de l’Eglise catholique et insinue en peu de mots que si un jeune et au chômage, c’est bien parce qu’il ne veut pas travailler, puisque l’Eglise lui offre un emploi fixe et à durée éternelle : être prêtre.

En passant par des  techniques profanes pour vendre sa marchandise, l’Eglise catholique espagnole a littéralement saoulé le téléspectateur espagnol pendant des mois de ce message :

"Je ne te promets pas un emploi parfait, je te promets que tu feras partie d'un projet formidable" ... "Je ne te promets pas que tu vivras dans le luxe, je te promets que ta richesse sera éternelle" ... "Tu immergeras les hommes dans la vérité et tu seras prêtre, témoin de Jésus-Christ." Et Jésus-Christ lui-même en personne de conclure sur la vidéo : "Je ne te promets pas une vie aventureuse, je te promets une vie passionnante".

A l’heure où nous sommes, cette campagne semble n’avoir pas atteint ses objectifs, et parait-il, même Dieu lui-même ne sait plus comment faire pour résoudre le problème de la pénurie des prêtres dans les paroisses espagnoles. Selon le journal en ligne latinreporters.com, en 2010 l’Espagne n’a pu former que 168 prêtres, une goutte d’eau dans l’océan des 22 686 paroisses espagnoles qui souffrent à des degrés divers de la pénurie des curés et qui perd chaque année 400 prêtres. 

En Allemagne :

L’Eglise catholique allemande est la plus riche d’Europe. Chaque Allemand qui se déclare croyant doit choisir sa religion et lui verser 9% de son revenu, prélevé à la source. Avec 24 millions de fidèles, 1/3 de croyants allemands, tout allait à merveille jusqu’au scandale des prêtres pédophiles et la conséquente fuite des fidèles en augmentation de 47% en 2010.

Benoit XVILa patrie de l’actuel pape Benoît XVI et de Luther, connait l’une des plus grandes hémorragies de croyants. Selon les chiffres officiels, en 2010, 181 000 fidèles allemands ont fuit l’Eglise catholique et  126 488 fidèles déserteurs en 2011. Ce qui a amené le Vatican qui condamne sans cesse le Dieu-Argent à prendre une décision des plus incroyables : priver de sacrements, tous les mauvais payeurs des impôts dits culturels pour l’Eglise catholique. Le décret de la conférence épiscopale allemande signée le jeudi 20 septembre 2012 est clair : pas d’argent, pas de mariage. Si tu es paumé, on n’enterre pas ton grand-père et par conséquent, il n’ira plus au paradis.

Et pire : « si tu as quitté l’Eglise catholique, débrouille-toi tout seul à enterrer ta grand-mère ». L’affaire prend des proportions démentielles. C’est la dépêche AFP du 24 septembre 2012 qui nous révèle la plainte qu’examinait le 25/09/2012 le tribunal administratif de Leipzig, déposée par l'évêché de Fribourg contre un professeur de droit monsieur Hartmut Zapp, qui avait eu la maladresse de révéler  qu’il se refusait de payer les impôts de l’Eglise. Ce qui fait indigner même le quotidien conservateur allemand Die Welt proche de l’Eglise catholique en ces termes : «Les évêques allemands doivent avoir conscience qu’ils prennent un grand risque. Le risque de passer pour impitoyables et intransigeants, toujours prompts à punir et avides». Qu’il semble loin ce temps où Dieu lui-même avait la puissance de guider la main des fidèles déposer volontairement dans le panier, durant la messe ce que son cœur retenait juste de donner à l’Eglise, sans aucune prétention de la part du receveur. Mais, on le sait, le déclin de l’Eglise catholique est passé par là et la crise économique et financière s’est chargée de faire le reste.

EN ITALIE :

Depuis l’Unité d’Italie qui signifiait la confiscation et l’effacement des territoires sous contrôle de l’Eglise catholique en 1870, le pouvoir du Vatican ne s’est jamais aussi senti menacé qu’en ce XXIème siècle. Même les accords de Latanse avec le dictateur Mussolini qui fait du Vatican un Etat, aujourd’hui membre des Nations Unies ne peuvent rien pour sauver le Vatican de sa lente mais certaine disparition.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est ce qui ressort du rapport de la très respectée Fondazione Agnelli, proche et grand financeur du clergé italien, publié dans le numéro de Mai 2009 du mensuel MICROMEGA, sous la direction de Palo Flores d’Arcais.

Selon les auteurs du rapport, le pape fait un carton plein sur les places comme la place Saint-Pierre de Rome, ce qui fait un bel effet à la télévision, lui-même est présent presque quotidiennement à la télévision italienne, mais au fond tout cela n’est que du virtuel parce que dans les faits, les églises sont désespérément vides. Et les curés en diminution constante, mais aussi les hôtes des monastères, des séminaires et des couvents.  

Ce rapport ne laisse aucun espace au moindre espoir de survie pour l’Eglise catholique, condamné sans appel par la statistique, par les chiffres qui témoignent tous contre elle. Par exemple lorsque la population italienne était de 30 millions d’habitants, il y avait près de 70 000 prêtres pour les entourer. En 2009, date du rapport, la population italienne passé à 60 millions d’habitants n’a plus que la moitié de prêtres, c’est-à-dire 31 000 prêtres, avec toujours plus de diocèses sans curé et des prêtres qui le dimanche sont obligés de parcourir des centaines de kilomètres pour faire la messe dans plusieurs églises complètement vides. 

La solution a été toute trouvée, et c’est de recourir à ce qu’ils appellent les « prêtres d’importation ». Le rapport situe leur nombre à 1500, dont le premier contingent vient naturellement du pays du Pape Jean Paul II, la Pologne, et le second, de la République démocratique du Congo. Ces prêtres africains ont moins de chance que leurs collègues polonais, parce que, comme en Suisse, les populations ne veulent pas d’un Noir pour baptiser leurs enfants, pour enterrer leurs morts, des couples ne veulent pas d’un Noir sur leurs photos de mariage, parce qu’ils ne veulent tout simplement pas d’un Noir pour célébrer ce qu’ils appellent le plus beau jour de leur vie.

Le plus intéressant est certainement le surprenant humour que la Fondation Agnelli, ami des évêques italiens met dans la conclusion, lorsqu’il suggère ni plus ni moins que l’Eglise catholique prie pour qu’un miracle se produise non seulement pour stopper la diminution du nombre de prêtres et des croyants, mais surtout pour pousser les mâles italiens à une augmentation de leur vocation vers Dieu d’au moins 200% pour stopper l’hémorragie et espérer la survie. Et comme le Vatican croit aux miracles, voilà qu’il est pris à son propre piège, si c’est vraiment sur cela qu’il comptera pour annuler sa condamnation à disparaitre. 

EN AMERIQUE :

Que ce soit en Amérique du nord que du sud, la situation de l’église catholique est sans issu. Les fidèles fuient en masse l’Eglise. Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est la triste constatation faite du 25 février au 1er mars 2009 à Miami aux USA, par les représentants des conférences épiscopales du Canada, des Etats-Unis et d’Amérique latine. Le rapport rendu public le 4 août 2009 par DICI (documentations Informations catholiques internationales) proche du clergé catholique, est accablant relatant plusieurs points de souffrance :

Diocèse QuébecDans la province du Québec, où le peuple était considéré autrefois, le plus catholique de l’Amérique, la chute est encore plus dramatique où les personnes âgées de moins de 40 ans sont des oiseaux plutôt rares dans une église. Les gouvernements provinciaux canadiens ont éliminé les uns après les autres les financements aux écoles catholiques. Un mouvement très suivi est arrivé à l’impensable de mobiliser en 2008 l’opinion publique canadienne pour débaptiser le « sapin de noël » et l’appeler plutôt : « sapin des vacances », afin dit-il dans le slogan de campagne, pour ne pas heurter la sensibilité des non-croyants. 

Les évêques réunis à Miami enfoncent le clou dans leur rapport et disent que les Journées Mondiales de la Jeunesse de l’été 2008 à Toronto « n’ont été qu’un saupoudrage d’une réalité bien éloignée de la foi catholique. » Et ces évêques de conclure leur rapport  de la même manière qu’ils l’ont commencée : surprenante ! en ces termes : « On aurait espéré que les évêques en tirent les leçons qui s’imposent. Mais une fois de plus, on cherche les causes de la désaffection dans des facteurs extérieurs à l’Eglise au lieu de se poser la question: pourquoi la foi telle qu’elle est présentée aujourd’hui n’enthousiasme-t-elle plus les âmes? »

EN AFRIQUE :

Pour que le continent sauve le Vatican, encore faut-il qu’au moins ici ce dernier ait la capacité de corriger les erreurs faites ailleurs et d’éviter les scandales à répétition. Malheureusement la situation africaine est des plus déplorables.

On peut se demander s’il s’agit d’une stratégie de masochisme délibéré de Rome ou bien d’une erreur de casting du prélat qui opère en Afrique qui semble pour la plupart œuvrer pour diviser au maximum et déclencher au final des guerres tribales. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’accusation très forte du prêtre catholique, le Révérend Père Jean Ndorimana, dans son livre : « De la région des grands lacs au Vatican, intrigues, scandales et idéologies du génocide, au sein de la hiérarchie catholique » dans lequel il demande au Vatican de demander pardon au monde entier pour son rôle très actif dans le génocide rwandais.

Il souligne que durant les 100 jours de tuerie, la moitié des morts s’étaient réfugiés dans les églises où les attendaient la main de Dieu pour les assommer, trahis dans leur croyance. Pire, il écrit : «  l’Eglise a joué un rôle très actif dans le génocide au cours duquel des prêtres ont tué leurs collègues prêtres et des séminaristes ont massacré des camarades séminaristes». 

Au Cameroun, c’est un haut prélat qui s’active à établir les statistiques ethniques, et même lorsqu’il est pris la main dans le sac, il persiste et signe assumant avec orgueil sa stratégie de la division. Pour en comprendre la gravité, il suffit de se rappeler qu’il a été formellement établi depuis 1963 au sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba que les statistiques ethniques dans les pays africains étaient un danger pour la cohésion nationale, parce que : : « commencer à compter les personnes par ethnie est le démarrage du processus de la guerre tribale, de la guerre civile entre voisins qui ont très souvent pendant longtemps mangé à la même table, enterré ensemble leurs morts».

Tonye BakotAprès ces égarements, le prélat est resté solidement à sa place à guider l’Université catholique de la capitale camerounaise, c’est-à-dire, jouissant de la totale solidarité de ses supérieurs à Rome et ceci porte légitimement à s’inquiéter et  se demander quel type de guerre l’Eglise catholique prépare pour le Cameroun après le génocide rwandais où on attend encore son mea-culpa qui n’est jamais arrivé. Tout cela donne la sueur dans le dos lorsqu’on se rappelle que sans le soutien du Vatican, Mussolini ne serait jamais arrivé au pouvoir en 1922, sans les voix du parti des catholiques allemands (Zentrum), encouragé par le Vatican, Hitler n’aurait jamais eu la majorité nécessaire pour gouverner et émaner dès 1933 les lois raciales pour spolier les Juifs et les exclure des universités, dans la fonction publique etc. au prétexte qu’ils étaient trop nombreux par rapport à leur pourcentage dans la population, exactement ce que soutien Monseigneur Tonye  79 ans plus tard contre le Bamiléké au Cameroun.

On sait comment ça commence, malheureusement, on sait aussi comment ça se termine. Cette suite on la connait effroyablement : 6 millions de Juifs exterminés dans les camps de concentration. L’histoire se répète, mais le Vatican semble n’avoir pas suffisamment appris de ses propres égarements du passé. Dire qu’une population est de trop est une indication voilée qu’il faut l’éliminer physiquement, qu’il faut l’exterminer.

Au Gabon,  quand les prélats locaux ne suffisent pas pour semer le désordre, il faut trouver même à l’étranger un génie pour faire le sale boulot. Et c’est ainsi que le Vatican s’assure d’envoyer aussi des prêtres racistes qui vont contribuer à asseoir le pouvoir blanc sur l’Afrique, même à travers des insultes du genre « pauvres nègres » ou  « singe » tout simplement.

Jusqu’au jour où la population n’en peut plus et c’est le crash. C’est en tout cas ce qui est arrivé près de Libreville, dans le diocèse de la Fraternité Saint Pie X d’Akébé Ville dans le 3e arrondissement, où  le père Patrick Duverger avait pris pour habitude de désigner dans ses prières et les homélies du dimanche la population locale par « singe » et à lorsqu’il demandait quelque chose à dieu, il précisait bien que c’était pour ses « pauvres nègres ».  et tout cela avec la complicité de son propre frère de sang, Loïc Duverger, chef du district, qui selon les fidèles s’énerve du fait qu’il croyait trouver plein d’argent au Gabon et s’est retrouvé avec une marmaille de pauvres, qu’il insulte donc à chaque messe en « pauvres nègres ».

C’est en tout cas ce que révèle le journal gabonais OGOOUE Info, dans son édition du 18/07/2011. Comme unique solution, les fidèles ont tout simplement bloqué l’entrée de leur église au prêtre raciste. Pour son supérieur, ils ne sont pas plus tendres : ‘’Il se préoccupe uniquement des nantis de cette chapelle qui lui donnerait de l’argent à volonté’’. Rapporte le journal.

QUELLES LEÇONS POUR L’AFRIQUE ?

Plus les gens sont pauvres et plus ils croient en une puissance surnaturelle qui viendrait faire des miracles pour les sortir de leur misère. Et au fur et à mesure que le niveau de vie des gens augmente, ils s’affranchissent aussitôt de la tutelle mentale de la fatalité divine. C’est ce qui explique en gros la désertion des lieux de culte en Occident et qui est l’une des principales raisons du déclin vertigineux de l’Eglise catholique.

Pape en AfriquePenser que cette Eglise sera sauvée par les Africains en fournissant le contingent qui fait défaut, comme  rêve quelqu’un au Vatican est faire preuve d’un cynisme déconcertant, c’est parier sur le fait que les Africains vont rester éternellement des pauvres, c’est la preuve que tout sera fait pour que ces Africains restent des miséreux. 

Ceux qui font ce calcul ont oublié un petit détail, un paramètre important dans l’équation et cette dernière est l’arrivée d’un pays anti-confessionnel sur l’échiquier international, et qui a décidé de renverser toutes ces certitudes qu’on avait décidé de préparer pour l’Afrique et les Africains, ce pays c’est la Chine qui n’a jamais voulu la moindre relation diplomatique avec l’Etat du Vatican, au motif que les intérêts des 2 pays sont « très divergents et inconciliables : l’un ayant pour objectif principale de rayonner dans le monde en réduisant le nombre de ses pauvres, l’autre au contraire ayant plutôt besoin de pauvres pour survivre et justifier sa propre existence »

La jeunesse africaine qui n’a plus les problèmes de la famine de ses ainées et parents est aujourd’hui à la recherche de ses racines, de sa culture, de sa propre spiritualité authentique. C’est ce qui explique que tout l’argent du contribuable ivoirien englouti dans la construction d’une basilique à Yamoussoukro, n’a jamais attiré les fidèles espérés.

En Avril 2012, l’Eglise catholique a posé la première pierre pour une cathédrale de 2 milliards de FCFA (argent payé par les fidèles) à Bafoussam, c’est-à-dire une attaque au cœur de la tradition et de la spiritualité bamiléké. Cette offensive n’est pas un hasard à cet endroit. C’est la terre symbole de la résistance de la spiritualité africaine face à la colonisation religieuse européenne.

Si des années de diktat colonial n’ont pas suffi pour effacer ou  plier le culte des morts à Bafoussam, et ailleurs dans la province, a-t-on besoin d’être un magicien pour prévoir que malgré la multiplication des Eglises dans tous les villages avec la complicité de certaines élites locales, ce peuple  ne cèdera pas aux sirènes venues de Rome, cette région qui est en très forte croissance économique,  continuera dans le culte des ancêtres, puisque n’éprouvant aucun besoin du raccourci de la prière d’un dieu puissant que lui propose l’Eglise catholique ?

L’ésotérisme européen, tant aimé par certaines élites africaines est en train de vivre ses dernières heures sur le continent africain. Les loges, les lobbys sont en train de mourir avec une génération d’Africains infantilisés par le système pour croire à des pouvoirs surnaturels pour arriver à certains résultats.

La jeunesse africaine petit à petit est formée pour savoir qu’il n’y a point de véritable salut loin de la sueur versée. Et que la priorité du continent n’est pas celle de sauver un Vatican en déclin, une loge en voie de disparition ou un système en voie d’extinction, mais dans la création de la richesse, dans la multiplication des opportunités de travail pour le plus grand nombre de nos populations actives.

Les faux débats avec des fortes doses d’homophobie ou d’antisémitisme aujourd’hui, comme hier sur le sida, l’incision, l’accaparement des terres ne sont que des manœuvres de diversion pour détourner l’attention des africains de ses vrais problèmes. Le plus grand accaparement des terres africaines  à ce jour étant toutes les terres sur lesquelles s’est installée l’Eglise catholique partout en Afrique durant la période d’occupation coloniale, sans demander l’avis de ses propriétaires, sans les dédommager non plus de leur valeur effective.

L’Afrique doit se sauver elle-même. Et comme cela est inconciliable avec le sauvetage de l’état le plus autocratique du monde, le Vatican, sans parlement, aucun contrepouvoir, il y a à parier que son progrès, son évolution, sa modernisation la mettront à coup sûr sur la voie de la sécularisation, comme on l’a vu en Italie, en suisse, en Allemagne ou en France. 

Dieu n’existe pas. Ceux qui ont bâti leur fortune et misé leur sort sur ce mensonge, auraient dû s’attendre d’en payer le prix le jour où le niveau économique augmentant, le peuple aurait eu les moyens de se financer une haute culture à travers laquelle découvrir qu’elle n’avait pas besoin d’un dieu pour s’épanouir.  L’Afrique n’est qu’au début de sa propre sécularisation et les espoirs des uns et des autres pour trouver en elle le supermarché des âmes où installer le terreau des différentes religions qui s’offrent même le luxe de se faire la guerre comme au Nigeria ou en Egypte seront très bientôt déçus, dès lors que la nouvelle génération sera moins manipulables.

Le chancelier Allemand Otton Von Bismarck (1815-1898) dit que « on ne peut pas être un bon Allemand et un bon catholique à la fois, on ne peut pas obéir à l’empereur allemand et au pape en même temps. Il faut choisir »

Aujourd’hui, je me demande : peut-on être un bon Africain et un bon Chrétien ou un bon Musulman en même temps? Peut-on obéir au Pape et être fier de ses ancêtres ? Peut-on obéir célébrer le Vatican et être fier de ses origines africaine ? A chaque africain sa propre réponse selon sa conscience.

 

Jean-Paul Pougala

Douala le 06/10/2012

Jean-Paul Pougala enseigne « Géostratégie Africaine » en Master 2 à l’Institut Supérieur de Management ISMA Douala (Cameroun)

www.pougala.org

pougala@gmail.com

 

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