02/10/2009 15:30:50
"La politique d'assistance a toujours échoué en Afrique"
L'économiste zambienne Dambisa Moyo dénonce les ravages causés par l'aide déversée en Afrique dans un essai. Mais quelle alternative? Entretien.
L'Express.fr
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Etablie à Londres, l'économiste zambienne Dambisa Moyo dénonce, dans un essai iconoclaste - L'Aide fatale (Lattès) - les ravages causés par les dizaines de milliards d'euros d'aide déversés en Afrique depuis un demi-siècle. Elle préconise à l'inverse l'essor du micro-crédit, la refonte du droit de propriété comme du commerce mondial, le recours au marché obligataire. Et, au risque du paradoxe, vante les mérites de l'offensive chinoise et du despotisme éclairé.

Dambisa Moyo.

DR Dambisa Moyo.

Pourquoi une thèse si radicale?

La politique d'assistance n'a nulle part au monde réduit la pauvreté ni stimulé la croissance. Pis, ses effet pervers sont patents: elle alimente la corruption, affaiblit l'Etat de droit, entrave l'investissement privé. On persiste à privilégier un procédé qui a toujours échoué.

D'où vient l'obstination de l'Occident?

D'abord, cette approche lui coûte beaucoup moins cher que l'ouverture du commerce mondial. Ce ne sont pas les paysans congolais qui votent pour Nicolas Sarkozy, mais les agriculteurs français, dûment choyés. Ensuite, je discerne des racines religieuses et morales. La gauche libérale estime que l'impératif d'aider les pauvres s'impose aux riches.

Mesurez-vous le coût humain d'une suppression des crédits?

Les choses ne peuvent être pires qu'aujourd'hui. En 1970, 11% des Africains vivaient avec moins d'un dollar par jour. Aujourd'hui, plus de 60%. Le statu quo, c'est demain davantage d'Etats faillis, plus de jeunes désoeuvrés et amers; éduqués, mais privés de toute perspective.

Le salut passe selon vous par la Chine. Or, celle-ci conquiert l'Afrique à la hussarde.

L'Occident reproche à Pékin d'agir comme il l'a fait si longtemps. Bien sûr, le traitement de la main d'oeuvre et la politique environnementale des investisseurs chinois sont critiquables. Mais à qui revient la mission d'y mettre bon ordre? Aux Africains.

L'Aide fatale (Lattès).

DR L'Aide fatale (Lattès).

Il fait être cohérent: les Etats-Unis ne se privent pas d'emprunter des fortunes auprès de Pékin; ni Londres de commercer avec la Chine, la Russie, la Libye. Au moins les Chinois bâtissent-ils des routes qui désenclavent le continent.

Quels sont les pays engagés à vos yeux sur la bonne voie?

L'Afrique du Sud, le Botswana, le Ghana, le Rwanda. Je ne vois pas [le président rwandais] Paul Kagamé comme un dictateur. Et là-bas, l'inflation est maîtrisée, la croissance dépasse les 7% en rythme annuel, et les services publics fonctionnent.

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