12/10/2012 03:13:41
Réflexion: Franc CFA et Francophonie
Dire tout ce qui doit être dit partout; Lettre de désamour à Madame France
Journal de Bangui
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

 

Chefs d'états Africains

Dire tout ce qui doit être dit partout; Lettre de désamour à Madame France

Ainsi donc, Madame France croit détenir le souffle de vie des États africains membres de la Francophonie au point de penser que venir honorer son siège de membre de cette organisation signifie faire une faveur au régime congolais en particulier et aux régimes africains francophones en général. Surtout, ne pas y venir, pour ne pas « porter la merde»...

Madame France peut-elle «franchement» se regarder dans le miroir de l’histoire passée et présente sans voir sur son visage les éclaboussures du tas de merde qu’elle a laissé en Afrique francophone? Fluck! Merde qu’elle vienne tout le temps remuer avec ses vrais «faux problèmes» ? «Franchement,» j’aurais tant aimé qu’elle, Madame France, ne vînt pas à ce sommet; pour que les africains francophones s’en accaparent définitivement. Elle, à qui la Francophonie profite tant, j’aurais tant aimé qu’elle boudât le sommet pour qu’on jette, enfin, dans les eaux du Congo ce qui lui reste de prestige et d’image en Afrique noire francophone. Ceux et celles qui l’ont conseillée utilement d’y venir l’aiment profondément; elle doit leur en savoir gré.

... et aussi entendre ce qui doit être entendu de tous sur tout

Oui, Madame France, dites tout ce qui doit être dit partout. Mais, oseriez-vous sans représailles, entendre tout ce qui doit être entendu sur tout? Oseriez- vous tout entendre de tous sans intervenir militairement ? Entendez-vous donc déjà le tumulte qui vient des africains francophones qui réclament ni plus, ni moins que la «vraie» démocratie? Pas seulement des élections démocratiques, de temps en temps...!

Alors, savez-vous que cette démocratie-là, se conçoit et s’entend sans la francophonie, sans la France? Savez-vous qu’elle s’entend sans la Zone Franc, sans les campagnes militaires comme celles de Côte d’ivoire ou de Libye? Si vous doutez, essayez donc de faire un vote secret parmi les membres au prochain sommet. Et si ce vote ne vous convainc pas, appelez un référendum des peuples francophones sur la question!

Savez-vous, Madame France, que la démocratie- là est celle que l’on nie lorsqu’on traite les congolais comme un conglomérat d’analphabètes sans conscience politique ; et les africains francophones comme une cohorte d’assistés et de contaminés que le Sida et le paludisme vont anéantir?

Y-a-t-il en RDC un seul qui ait pu voter, même par erreur, pour M. Kabila et dont le vote doit être respecté? S’il n’y a qu’un seul, pour lui, au moins, ne doit-on pas sauver et encourager la démocratie congolaise? Qui peut croire un seul instant de mensonge que les puissances coloniales et la Francophonie veulent, plus que les congolais eux-mêmes, plus de démocratie en RDC?

A qui veut-on faire avaler que l’Afrique peut faire l’économie du temps et des moyens que les autres ont sacrifié pour être, acceptons-le ainsi, développés et démocratiques ? Et qu’au terme d’un mandat d’un Président français, Kinshasa sera Bruxelles où, au demeurant, on peut rester, sans heurter aucune conscience démocratique, vingt mois sans gouvernement à cause des tribalités flamande et wallone?

L'Afrique de nos vies veut que Madame France la laisse choisir librement ses partenaires au progrès et au développement. Choisir librement encore qui viendra exploiter l’uranium du Niger; librement, encore et encore, qui viendra exploiter les diamants de RDC ou du Cameroun ; librement, encore et toujours, qui viendra extraire le pétrole du Nigéria ou d’Angola ; librement, encore et enfin, qui viendra transformer le bois du Gabon et que sais-je encore de toutes ces richesses que la France ne possède pas et qui sont autant d’opportunités d’investissement et d’épanouissement de l’Afrique. Mais surtout, choisir librement qui doit nous diriger, sans qu’on nous oppose son âge, son patronyme, sa tribu ou sa religion.

L’Afrique de nos misères réclame la démocratie qui nous libèrera de tout joug y compris de celui de Madame France. Je l’entends d’ici, cette Afrique… j’entends son souffle, malgré ses poumons asphyxiés. Je l’entends réclamer d’agir malgré ses mains ligotées par Madame France qui, incapable de se sortir de sa propre crise financière et économique, veut quand même jouer le sauveur de l’Afrique en crise. Chemins de fer par-ci, ports autonomes par-là. Compagnies aériennes à gauche, banques centrales, commerciales et assurances à droite.

Rwanda, Tchad, Côte-d’Ivoire, Togo, Guinée, Mali, Libyeetutti quanti…! L’Afrique n’a pas (encore) de main d’œuvre qualifiée; elle n’a pas (encore) de technologie; elle n’a pas de capitaux, mais elle a un taux de croissance du PIB. Ce taux va s’améliorer encore. L’Afrique progressera et se développera. Ce jour-là, oui ce jour-là seulement, Madame France adhèrera, comme membre, de l’«Africaphonie»; et nous examinerons, nous aussi, la possibilité de participer à un sommet à Paris, sous condition qu’on y annule d’abord les mariages homosexuels, par exemple.

Disons-nous tout, même en mauvais français: mis à part la suspension de certains États membres, qu’est-ce que la Francophonie a fait que quelqu’un a vu ici dehors? Dois-je pour vous en convaincre faire une énumération des occasions manquées ? A qui veut-on, sérieusement, faire croire qu’avoir en partage la langue française est un privilège?

Regardez de près tous les pays non francophones: ils sont tous en net progrès! Vous voulez des noms : Nigéria, Afrique du Sud, Ghana, Tanzanie, Mozambique, Éthiopie, Kenya, Égypte, etc.

Et nous en sommes encore à supplier Madame «bouderie» d’assister à un sommet d’une affaire qu’elle seule maîtrise! Que fera-t-on lorsqu’on lui donnera, là-bas, la facture de la démocratie et du progrès? Pendant que nous y serons, je suggère que nous renoncions à nous-mêmes et que nous lui demandions de revenir nous gouverner.

Elle le fera, avec les fouets, s’il vous plaît ! Après avoir libéré le nord du Mali des «terroristes» dont parlaient, hier, M. Kadhafi sans se faire entendre de ceux qui, d’Occident, avaient juré sa chute. Bigre! Qui a dit que la pauvreté n’est pas une injure? Pourtant, quoique pauvre, l’Afrique francophone n’est pas assise sur son cerveau. Vive la démocratie congolaise!

Engelbert Essomba Bengono 

 

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE