16/10/2012 01:46:52
De Ronsard au pétrole, il n'y a qu'un coup de pelle
C’est à en devenir paranoïaque par-dessus le marché ! On nous apprend une très-très bonne nouvelle, tous les médias en parlent, présentant la chose à qui mieux-mieux : M. Hollande, en Afrique, à Kinshasa, à l’occasion du sommet de la Francophonie.
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Hollande et Kabila

C’est à en devenir paranoïaque par-dessus le marché ! On nous apprend une très-très bonne nouvelle, tous les médias en parlent, présentant la chose à qui mieux-mieux : notre Président, M. Hollande, en Afrique, à Kinshasa, à l’occasion du sommet de la Francophonie.

Notre Président en train de louer les vertus d’un français naturellement présent sur le territoire africain, rappelant que, du point de vue de la densité de la population, le paradoxe veut que l’Afrique soit même plus francophone que la France.

Grand bien lui fasse, à ce Président aussi normal dans ses déclamations que dans ses calculs. Or, toute normalité trop franche relevée chez un personnage de cet acabit met la puce à l’oreille. C’est d’autant plus vrai que la loyauté tout à fait normale de Hollande à Ronsard est aussi manifeste que sa loyauté vassale à l’OTAN, fait qui conduit à s’interroger sur un lien bien probable entre notre bon vieux françois et les réflexions géopolitiques éventuelles du gouvernement français.

Ayant pris connaissance de l’analyse de Caroline Kende-Robb, directrice exécutive de l’Africa Progress Panel, j’en ai fondamentalement conclu à un bon-vouloir humaniste exceptionnel, faisant pendant aux espoirs formulés par Hollande par rapport au devenir de l’Afrique, « continent du futur », zone privilégiée d’investissement pour la Chine et les USA. Tous les arguments y sont passés, dans le tourbillon majestueux – aussi majestueux que le discours de François Hollande à l’ONU, début octobre – de points d’accrochage apparentés à l’éducation, l’agriculture, la création d’emploi, le financement du développement etc.

J’ai été en revanche surprise de constater avec quel zèle Hollande critiquait la politique du Congo (RDC), jugée trop peu démocratique, trop peu respectueuse de son opposition, trop peu, trop peu … à croire que nous ayons affaire à un procureur ou à un directeur de conscience trop normal.

Et le Congo de prétendre aussitôt l’inverse, de promettre à son détracteur une rencontre avec les représentants de l’opposition qui donneraient la preuve du contraire. S’il faut un modèle antagoniste susceptible de correspondre à la norme telle que se conçoit à travers un raccourci conventionnaliste, pourquoi ne pas faire l’éloge du Sénégal, pays, il est vrai, connu pour sa stabilité mais peu rentable, car pauvre en matières premières ?

Ce fut chose faite avec toute l’énergie ronsardienne dont est capable un admirateur normal. Le cas du Congo dont le gouvernement est loin d’être composé d’anges mais qui, sur le sol africain, est tout aussi loin d’être le pays le plus barbare et le plus anti-démocratique (recourant à la formule magique de M. Hollande), présente une tout autre donne économique, et pour cause : il s’agit d’une des plus importantes régions pétrolières, avec, pour citer un autre exemple, la Gabon … curieusement privé, pour l’instant, des bienfaits de la francophonie.

S’il existe un problème réel pour la France, à l’heure actuelle, c’est bel et bien le fait que le Congo lui échappe en important bien plus dans les pays dits émergents tels que la Chine, l’Inde, le Brésil. La course à l’approvisionnement, voilà comment on pourrait, sans abus de sens, caractériser les politesses pseudo-francophiles du Président français.

Autre aspect, autrement plus préoccupant et complexe à traiter : celui du Mali. On en parle, la situation dans laquelle en est venu à se trouver ce pays défraie les chroniques les plus neutres. Inutile de répéter en quoi s’est finalement transformé l’Afghanistan suite à l’occupation, disons, anti-Talibans, étasunienne. Imaginons à présent que n’importe quel pays, musulman, en l’occurrence, pourrait se métamorphoser en cette épave pitoyable qu’est le Pays de Afghans, pourtant revêtu d’une histoire aussi riche que guerrière.

J’ai bien peur que le Mali ne fasse exception, j’ai même bien peur que mes craintes ne soient déjà périmées. On s’en souvient, la houle à l’assaut des récifs, c’était bel et bien la Libye. L’assassinat – non pas l’exécution, le vil et lâche assassinat d’un vieillard, quel qu’il ait été – a tout de suite entraîné des troubles lourds de conséquences dans la capitale du Mali, opposant les partisans de la grande Jamahiriya arabe libyenne aux touaregs, radicaux islamistes qui n’ont rien à envier aux talibans. Pour info, la grande Jamahiriya est une autre façon de désigner la Libye kadhafienne, celle-là même qui consacrait une part considérable de sa rente pétrolière au développement d’Etats africains, Mali y compris.

Nul n’ignore ce que représente le fondamentalisme islamique, nul n’ignore que toute forme de fanatisme est déjà, en soi, un véritable frein au progrès. Voici donc le résultat de l’intervention, entre autres française, de l’OTAN. Il se trouve en effet que le trésor libyen, privé de son propriétaire, a grandement profité aux tribus touaregs qui, suite à l’extraordinaire prolifération d’un arsenal aussi riche que jusque là inaccessible, ont réussi à regagner leurs pays respectifs et à y imposer la Charia sous ses déclinaisons les plus fermes.

Conséquences directes : le Mali est plongé dans un chaos sans nom, l’Algérie se trouve au fond satisfaite de s’être littéralement débarrassée de ses propres terroristes tous catapultés au Mali pour soutenir les groupes extrémistes sillonnant la région, les pays africains dans leur ensemble affichent un scepticisme entièrement légitime par rapport aux bonnes intentions de l’Occident à son égard.

Que faire ? Dans un contexte aussi brouillé, une double solution s’impose :

Primo, feindre redresser une confiance relativement perdue pour ce qui est du côté africain. Tous les outils sont bons, à savoir la mise en valeur du prestige linguistique français. Hélas, nous sommes loin de l’Afrique telle qu’elle était à l’époque de Léopold Senghor, Président digne de ce nom et troubadour d’un français délicieusement torride. Il est dès lors question de redresser son autorité dans des pays peut-être aussi peu rentables que le Sénégal mais qui renchérirait, en guise de contre-exemple modèle, la critique angoissante dont le Congo est devenu l’objet.

Secundo, le fait d’arborer le drapeau blanc avant de sortir promptement le drapeau noir est une manœuvre parfaitement ancrée dans la pratique de l’OTAN. Elle en fait partie intégrante au même titre que la tactique de la provocation viscérale, maintes fois décrite dans diverses sources. On devine aisément quelles sont les intentions de l’OTAN dans lequel, merci Sarkozy, la France occupe à présent une place d’honneur. On devine aisément quel sera le sort du Mali dès lors que le feu vert sera donné par l’ONU, autorisant l’usage de la force armée. Pour l’heure, la présence française au Mali et au Nigéria, autre pays belliqueusement revendiqué par les touaregs, est un fait avéré depuis voilà trois ans. On comprendra encore mieux les tracas de la France si l’on prend en compte, en perspective, le contrôle du bassin méditerranéen par les touaregs, bien plus nombreux qu’on ne le supposait et franchement déterminés à prendre leur revanche.

Ainsi donc, on ne le voit que trop, la francophonie hollandaise s’avère imbue d’enjeux géopolitiques et militaires, ces derniers étant tant offensifs que défensifs. Mais c’est surtout en Libye que la France a joué contre elle-même avec un score brillantissime … pour un monde musulman fondamentaliste de plus en plus avisé et aguerri. Elle tente aujourd’hui de rectifier un tant soit peu le coup, en invoquant Ronsard, Senghor, tous les grands amoureux de notre chère bon français, masquant de plus en plus malhabilement les coups de pelle et de fusils qui leur font, trois fois hélas, écho.

Françoise Compoint

 

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