19/10/2012 00:43:59
Cameroun. Insécurité: Violée dans un commissariat de police
La veuve Lucresse Obia Ngono, 57 ans, se plaint d’avoir été victime de viol dans la journée du 05 octobre 2012, dans la cellule pour homme du commissariat du IIème arrondissement de la ville de Yaoundé.
Le Messager
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La veuve Lucresse Obia Ngono, 57 ans, se plaint d’avoir été victime de viol dans la journée du 05 octobre 2012, dans la cellule pour homme du commissariat du IIème arrondissement de la ville de Yaoundé.

C’est d’une voix à peine audible, le visage triste et la mine renfrognée, que dame Lucresse Obia Ngono, quinquagénaire et vendeuse de vivres frais au marché Mokolo, se confie à votre journal mercredi 17 octobre 2012. La première semaine du mois d’octobre, a en effet été très dure pour elle, d’après ses propos, corroborés par ses pairs, vendeurs et vendeuses au même marché qu’elle. Dame Lucresse Obia Ngono est vendeuse depuis 1996. En 2004, elle est élue chef de bloc de ce même hangar. 

Le 4 octobre 2012, aux environs de 14h, poursuit la plaignante, le Commissaire Ayissi, accompagné de « gros bras armés de haches et gourdins », a fait une descente musclée dans ledit secteur. Au départ, il était question de sortir du hangar 06 les « bouchers qui y avait été abusivement installés par dame Ngono, à raison de 20 000 Fcfa par place et par boucher, pour à peu près 200 bouchers qui y ont été installés », rapporte le commissaire Ayissi. Selon dame Ngono, il fallait les sortir de là, pour les loger plus bas, sous ordre du délégué du gouvernement. Alertée, cette dernière a demandé à ses « filles » de se calmer, arguant que « ce problème ne les concernait en rien, mais que c’est une histoire entre la Communauté urbaine et les bouchers ». Seulement, précise-t-elle « après qu’ils ont terminé avec les bouchers, ils ont progressé en direction des filles (les petites vendeuses et coiffeuses). Je me suis rapprochée du Commissaire pour implorer son indulgence, afin qu’il accorde un peu de temps aux femmes, qu’elles trouvent un autre endroit. Il m’a répondu de m’adresser à dame Ossanga, car c’est elle notre chef de secteur »

Complot

Retournée auprès de cette dernière, toujours d’après les témoignages, elle est insultée et menacée. Revenues vers les femmes pour leur expliquer la situation, celles-ci crient au complot et dénoncent une entente secrète entre l’ancienne et la nouvelle cheftaine de bloc. Quelques minutes plus tard, alors que les éléments du commissariat s’étaient retirés, ils reviennent avec pour ordre d’embarquer dame Ngono de la part du commissaire avec pour motif, « qu’elle n’est pas intervenue lorsqu’on en voulait à la vie de dame Ossanga », apprend-on. Elle est ainsi amenée au commissariat. Entre 15h30 et 20h30, est entendue, de même que dame Ossanga et certaines autres femmes du marché. Seulement, lorsque ces dernières sont autorisées à rentrer chez elles, dame Ngono est « gardée à vue, c’est une consigne du commissaire, en attendant d’être déferrée, sous ordre du délégué du gouvernement », rapporte-t-elle. Aux environs de minuit, il est finalement décidé, la cellule pour femme étant occupée par les marchandises saisies lors des déguerpissements à Mokolo, qu’elle passera sa garde à vue dans les toilettes. Une nuit pendant laquelle elle vomira sans cesse. 

Le lendemain, elle est sortie des toilettes pour recevoir les visites de ses consœurs, venues lui donner le petit déjeuner. A son passage, « le Commissaire Ayissi a dit qu’il ne veut pas voir la criminelle là la-bas, parlant ainsi de moi. C’est ainsi qu’embarrassée, ses subordonnés ne savaient où me garder. Mais un de ses collaborateurs à précisé que même dans la cellule pour homme, qu’on me garde », se remémore-t-elle les yeux larmoyants.

Jetée donc dans la cellule des hommes elle y somnole un moment et ressent le besoin de se mettre à l’aise. Elle va alors dans le « coin pipi » de la cellule, réservé pour la cause. Alors qu’elle veut s’y mettre, elle sent une présence masculine derrière elle : « je me retourne et me rend compte que deux jeunes hommes se dirigent vers moi. Croyant qu’ils viennent pour m’extorquer de l’argent je leur ai lancée les mains en geste de supplication, mais non. Ils m’ont fait signe de me taire, ou alors ils me tueront. Le premier m’a saisi par la gorge et m’a maintenu bien serré contre lui, dos à terre, pendant que son ami effectuait la salle besogne. Soulagé, il a recueilli dans sa paume de main son sperme qu’ils m’ont ensuite forcé à avaler », (elle se tait un moment, s’essuie les yeux avant de poursuivre). 

Troubles

« A partir de ce moment, je suis allée rester dans mon coin, ne parlant à personne. Je croyais à peine à ce qui venait de m’arriver : moi, violée, dans une cellule, par des garçons qui ont à peine l’âge de mes fils ! », poursuit-elle. Sous la pression du sous-préfet de Yaoundé IIème, du chef du marché Mokolo et autres cheftaines de bloc, elle a finalement été relaxée après avoir « été forcée » de signer un document où elle promet de ne plus faire de désordre au sein du marché, ajoute-t-elle. Conduite à la maison par son fils, c’est là qu’elle lui raconte tout et s’évanouie. Elle est tout de suite conduite à l’hôpital de la cité verte, puis transférée à l’hôpital Jamot, car, souffre déjà de problèmes psychiques, lié à son traumatisme après le viol. 

Rencontré, le commissaire Ayissi, contre qui  une plainte à été déposée pour abus d’autorité, détention abusive et viol, réfute tout en bloc. «C’est une histoire montée de toute pièce, un tissu de mensonge ! Pourquoi ne vous parle-t-elle pas du business qu’elle a organisé pour s’enrichir sur le dos des bouchers ? Au point de payer des cours de journalisme à son fils à l’Institut Siantou supérieur ? D’ailleurs voilà son enquêteur, discutez-en avec lui », conclut-il.

A l’unanimité, ils affirment qu’elle n’a d’ailleurs jamais été enfermée dans quelques cellules que ce soit, qu’elle a été tout ce temps gardée au poste. Toujours est-il que la victime se plaint d’avoir tout perdu dans cette agression, un montant total d’environ 1million quatre vingt mille FCfa et ne parvient plus à payer ni ses factures, ni les ordonnances d’hôpital, encore moins la scolarité de ses 07 enfants qui sont contraints de rester à la maison depuis ce scandale.

Florette MANEDONG 

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