19/10/2012 04:22:38
Yaoundé. Affrontement entre Camerounais et Maliens. Un mort sur le carreau
Une altercation entre des ressortissants de ce pays et les locaux, a conduit à la mort d’un Camerounais jeudi 18 octobre 2012 au lieu dit Foyer malien à Tsinga à Yaoundé. L’incident part d’une histoire de monnaie autour d’un petit déjeuner non payé.
Le Messager
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A l’origine, une histoire de remboursement dans un restaurant de fortune

Une altercation entre des ressortissants de ce pays et les locaux, a conduit à la mort d’un Camerounais jeudi 18 octobre 2012 au lieu dit Foyer malien à Tsinga à Yaoundé. L’incident part d’une histoire de monnaie autour d’un petit déjeuner non payé.

Ibrahim Hamman, 29 ans, savetier de profession, originaire de l’Extrême-Nord a trouvé la mort aux premières lueurs de la matinée du jeudi 18 octobre 2012 au quartier Tsinga-Elobi à Yaoundé. À l’origine de ce drame, une histoire de monnaie. Aux environs de 7h, le jeune Ibrahim pense qu’il serait bien de prendre un petit déjeuner avant de rallier son lieu de service. Sur son chemin, entre sa maison et son poste de travail, le foyer malien propose toujours des mets alléchants et à moindre coût. Comme à son habitude et sans hésiter, il s’y arrête. Après son repas, il se souvient qu’il n’a pas de petite monnaie. Il en informe alors le tenancier du restaurant qui crie au scandale et ameute ses compatriotes. 

A partir de là, l’histoire diverge, selon la convenance des témoins qui la racontent. Selon la première version, il sort un billet de 2 000 Fcfa pour régler une note de 300 Fcfa. Toutes choses qui n’arrangent pas le tenancier. A en croire deuxième, il avance plutôt la somme de 250 Fcfa, assurant, compte tenu du fait qu’il est un habitué, qu’il viendra plus tard, au courant de la journée, payer les 50 Fcfa restants, surtout qu’il est en route pour le travail où il ne manquera certainement pas ces 50 Fcfa. Une troisième version considérée aujourd’hui comme la version officielle, car corroborée par des officiers de police, Ibrahim aurait sorti un billet de 1 000 Fcfa de sa poche, annonçant par la même occasion qu’il n’a pas 300 Fcfa du repas. N’ayant pas eux-mêmes de monnaie, ou alors ne voulant rien entendre, des Maliens, tenanciers de ce petit « tourne dos », ont exigé de lui la somme nette à payer, ni plus, ni moins.

Coup fatal

Ibrahim aurait alors proposé, en guise de sa bonne foi, que ces Maliens prennent en gage les chaussures des clients qu’il devait livrer le même jour, le temps qu’il trouve rapidement où faire la monnaie. Refusant à nouveau, ces derniers se sont saisis du billet de 1 000 Fcfa, et ont annoncé qu’il le retenait tout entier comme paie. Redoublant d’arguments pour les convaincre de revenir à la raison et de lui remettre 700 Fcfa, ces derniers se sont saisis de lui et ont commencé à le molester. Après un moment de répit, Ibrahim est allé requérir de l’aide chez son frère cadet, pour qu’il vienne faire entendre raison aux Maliens. Les voyant arriver tous les deux, ils se sont à nouveau jetés sur eux, et à l’aide de machettes et autres gourdins, les ont roués de coups. Déterminés à régler ses comptes à Ibrahim, ces étrangers ne se sont pas rendu compte que le frère cadet avait pris la fuite. De plus en plus en colère, l’un d’eux est allé à la cuisine chercher un couteau et l’a poignardé de plusieurs coups au dos. 

Le jeune savetier rend alors l’âme sur le champ. Constatant sa mort, tous les Maliens ont pris la poudre d’escampette. Prenant le temps, une fois au quartier, d’informer les autres membres de la communauté pour qu’ils se mettent en lieu sûr. En moins de 30 minutes, plus aucun membre de la  communauté malienne de Yaoundé n’était visible. Les autres Camerounais qui sont arrivés plus tard, ont transporté le corps de leur frère à la mosquée de Tsinga (comme c’est de coutume dans la religion musulmane) et en ont profité pour alerter les forces de police. Aux environs de 08h, tout le quartier était encerclé. Impossible de circuler sur le tronçon routier « Tradex Tsinga »-« Niki Mokolo ». Gmi, Gso, commissariat du 2ème, commissariat central du 2ème, et autres gendarmes étaient sur les lieux. Il a été question dans un premier temps, de sécuriser la mosquée et les habitants du quartier. Mais, au fil du temps, avec la tension parmi les Camerounais, certains ont entrepris une chasse aux Maliens. 

Chasse aux Maliens

L’action a été conjointement menée par les forces de l’ordre et les jeunes du quartier Tsinga. D’une part, les policiers recherchaient les Maliens pour les sécuriser d’abord et pour les entendre ensuite (pour besoin d’enquête). D’autre part, les jeunes de Tsinga les recherchaient pour leur faire la peau. « Trop, c’est trop ! Tous les jours, c’est pareil et on les laisse faire. Aujourd’hui, c’est aujourd’hui, ils ne s’en tireront pas comme ça ! Si la police a décidé que ce pays appartiendra désormais aux étrangers plus qu’à nous-mêmes, nous nous y opposons. Nous les trouverons et nous le leur ferons payer. Nous nous vengerons », lancent certains jeunes, armés de gourdins et autres morceaux de bois. Sans davantage perdre de temps, ils dirigent vers une maison et se mettent à forcer la porte, espérant y dénicher les bourreaux d’Ibrahim. « Si vous n’ouvrez pas, on casse ! Ouvrez et livrez-nous les Maliens ! », martèlent-ils. La dame de maison entrebâille la porte et dit : « où voyez-vous des Maliens ici ? Il n’y en a pas ici, laissez nous tranquilles s’il vous plaît ». Mais, c’était sans compter avec la hargne qui animait ces derniers. D’un coup de main, l’un d’eux arrache le deuxième battant de la porte et ils se ruent à l’intérieur, fouillant minutieusement, jusqu’au plafond, en vain. 

Plus loin, c’est dans les maisons avoisinant le foyer malien que, les forces de l’ordre, supervisées par les commissaires central et d’arrondissement de Yaoundé II, mènent des actions suivies de près par le maire de Yaoundé IIème, pour se saisir des Maliens cachés. Ils sont guidés par des Camerounais qui semblent bien maîtriser le quartier et les endroits où ces derniers ont l’habitude de se terrer. La chasse  a été d’autant plus difficile que, celles des Camerounaises qui sont devenues Maliennes par les liens du mariage, ne voulaient, pour rien au monde dénoncer leurs époux, fils et beaux-frères. Mais, c’était sans compter avec la détermination des Camerounais qui en avaient plus que marre, des multiples abus, dont ils se disent victimes depuis de nombreuses années. Lorsque nous quittions les lieux, le quartier était toujours en émoi et les forces de maintien de l’ordre mettaient sur pied une nouvelle méthode de déploiement.  

Florette MANEDONG 

 

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