19/10/2012 04:47:37
Démocratie tous azimuts
Ainsi donc Paul Biya restera dans l’histoire, comme il l’avait d’ailleurs souhaité, « l’homme qui aura apporté la démocratie et la prospérité au Cameroun ». Et malgré la résistance de ses fidèles et inconditionnels partisans qui ont marché contre « la démocratie précipitée ». Paul Biya offrira à ses chers compatriotes successivement « la démocratie apaisée » puis « la démocratie avancée ».
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Ainsi donc Paul Biya restera dans l’histoire, comme il l’avait d’ailleurs souhaité, « l’homme qui aura apporté la démocratie et la prospérité au Cameroun ». Et malgré la résistance de ses fidèles et inconditionnels partisans qui ont marché contre « la démocratie précipitée ». Paul Biya offrira à ses chers compatriotes successivement « la démocratie apaisée » puis « la démocratie avancée ».

La promesse ne sera pas vaine. A ce jour le Cameroun a bien sa place dans le livre des records Guinness. Avec plus de 300 partis politiques enregistrés au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. La liste reste d’ailleurs ouverte. Des pays plus largement peuplés que le nôtre n’en comptent pas le dixième. La Grande-Bretagne, la plus vieille démocratie du monde, sans constitution, paraît-il, se contente de deux partis seulement : le parti conservateur et le parti travailliste. Aux Etats-Unis, on ne connaît que les Républicains et les Démocrates. La France est bien loin de la vingtaine qui se rangent à droite ou à gauche avec comme chefs de file l’Union pour un mouvement populaire (Ump) et le Parti socialiste (Ps) actuellement au pouvoir.

Du Nigeria voisin à la Chine de Hu-Jintao, en passant par l’Afrique du Sud, le Brésil, la Côte d’Ivoire, l’Inde et que sais-je encore, on n’aligne pas autant de formations politiques qu’au Cameroun. C’est vrai qu’il n’y a pas d’étalon universel de démocratie et que le Cameroun n’a en aucune  matière, de leçon à recevoir de tous ces pays que je viens de citer. Charbonnier est maître chez soi, dit un proverbe. 

Chez nous, on n’a pas seulement démocratisé la scène poltique. On a tout libéralisé y compris les mœurs. Vive la liberté ! A la seule condition que l’ordre public soit préservé. C’est ainsi que dans nos villes Jéhovah, le Dieu des juifs et des chrétiens, Allah pour les musulmans, Bacchus et Cupidon se disputent les adeptes.

Le long des rues de la joie buvettes, chambres de passe, chapelles de prières se côtoient dans l’indifférence totale, mais dans une cacophonie qui met les oreilles à rude épreuve. A chacun de se frayer son chemin entre les sanctuaires des sectes ésotériques, les offices des églises réveillées, les carrefours aux dénominations ludiques : Tamzu (vient un peu…), j’ai raté ma vie et autres Bépanda sans caleçon, on a que l’ambarras de choix. Au jour du jugement Dieu reconnaîtra les siens. Cela ne regarde que Paul de Tarse et non Popaul du Cameroun. C’est vrai que le premier a encore écrit que « là où le péché abonde, la grâce surabonde ».

Les quelques points chauds que je viens d’énumérer attestent à suffisance du dégré de liberté des mœurs ici et là. On dirait que lorsque Lucifer et ses partisans ont été précipités sur la terre, c’est au Cameroun qu’a atterri l’essentiel de la légion. Et pour embrigader les âmes tièdes, ils ont sommé les autorités à libéraliser la consommation des condoms. Ceux dont raffolent les disciples de Cupidon. Pas tous puisque parmi eux il y a des téméraires et autres jusqu’au-boutistes qui ne prennent leur pied qu’avec le full contact. En attendant ce qui peut arriver. Ceux de Bacchus s’envoient dans les nuages avec les condoms de whisky ou de gin qui leur permettent de noyer leurs soucis du quotidien. Avec une modique pièce de…100 francs, on est aux anges.

Qui a dit que la « démocratie avancée », c’est seulement pour les politiques ? Nous qui ne croyons plus en ces mensonges avec lesquels on nous bourrait les oreilles entre 90 et 92 avons aussi notre démocratie avancée. Puisque nous n’avons plus à saliver devant les vitrines ou les rayons des magasins qui proposent liqueurs et spiritueux. Il suffit de faire un tour chez l’épicier du coin et on a de quoi tuer le petit ver. Souvent c’est le débrouillard qui lutte contre le chômage et la pauvreté, avec sur la tête son panier plein de condoms, de médicaments, de jujubes, de citrons, de cigarettes et autres produits de « premier secours » qui vient vous trouver à domicile. Le gars n’est pas qu’un simple débrouillard. C’est un commerçant polyvalent. Chez lui vous trouvez tout ce qui peut vous « dépanner ». Et sans vous déplacer, s’il vous plaît. C’est cela la démocratie avancée qui rime à la fois avec lutte contre la pauvreté et le chômage.

Dans ces conditions et avec... 100 francs, il n’y a plus d’âge pour prendre goût aux sensations fortes. Les cents francs avec lesquels un bambin s’offrait des bonbons ou des biscuits lui servent de passeport actuellement pour entrer dans le monde des « grands ». Il me souvient quand même qu’avant l’ère du Renouveau triomphant, ne s’offrait pas de spiritueux qui voulait, mais qui pouvait. Certes, la Guinée équatoriale faisait passer chez nous des bouteilles de « Bertola » qui se vendaient sous le pagne ou la robe. Les autres tord-boyaux locaux étaient consommés dans les cahutes de bonnes femmes dans les sous-quartiers.

Et tant pis si on se faisait prendre. Aujourd’hui, ce sont des gosses qui vendent à la savette des liqueurs à d’autres gosses qui les consomment « sans modération », contrairement aux conseils des distilleurs. Qui pis est la drogue a fait irruption en milieu scolaire : dans les lycées et collèges. Avec la démocratie avancée, on a tout libéralisé, non ? Ainsi, pendant que les politiciens font la politique pour s’enrichir sur le dos de la population, ici, on noie la misère dans l’alcool et la copulation. Vive la prospérité ! Alors, on avance. 

Jacques Dobell in Le Messager

 

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