23/10/2012 00:10:36
Le continent źNoir╗ est-il incapable de s'affranchir des anciens colonisateurs ?
Instabilité politique et militaire permanente après un demi-siècle d’indépendances
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Françafrique

Instabilité politique et militaire permanente après un demi-siècle d’indépendances

De nouvelles violences armées ont encore secoué la Guinée-Bissau, faisant sept morts, selon les médias locaux. Ces violences ne sont toutefois pas le résultat d’affrontements entre forces de sécurité et manifestants. Il s’agit du bilan d’une tentative de putsch militaire avortée contre le gouvernement de transition bissau-guinéen. Selon un communiqué officiel, l’attaque a été menée dans la nuit de samedi à dimanche, contre une caserne d’une unité d’élite, «les bérets rouges», sise à l’aéroport de la capitale, Bissau.

Les assaillants auraient agi, selon toujours la même source, sous la responsabilité d’un officier de l’armée, le capitane Pansau N’tchama, considéré comme étant un proche de l’ancien Premier ministre déchu, Carlos Gomes Junior, renversé le 12 avril dernier et vivant depuis en exil à Lisbonne. En six mois donc, ce petit pays de l’Afrique de l’Ouest a connu deux tentatives de putsch, mais la deuxième a échoué après une heure d’échanges de tirs qui ont contraint les soldats de N’Tchama à se replier avant de prendre la fuite.

Les mêmes autorités de transition qui affirment donc avoir identifié les auteurs de ce coup d’Etat mais aussi les commanditaires. Le ministre de la Communication bissau-guinéen, Fernando Vaz, qui a qualifié ce coup d’Etat de tentative d’obtenir la chute du gouvernement transitoire, a mis à l’index l’ancien colonisateur, le Portugal, ainsi que la Communauté des pays de langue portugaise (Cplp). «Le gouvernement considère que le Portugal, la Cplp et l’ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior se cachent derrière cette tentative de déstabiliser le pays», a-t-il accusé. L’actuel gouvernement de transition n’est pas reconnu, ni par l’Union européenne ni par les organisations continentales africaines, qui ont sanctionné la Guinée-Bissau jusqu’à rétablissement d’un gouvernement civil. Chose peu probable, car la Guinée-Bissau est considérée comme une plaque tournante du trafic de cocaïne en direction de l’Europe.

Les militaires bissau-guinéens sont ouvertement accusés de gérer ce trafic, ce qui veut dire qu’ils ne laisseront jamais les civils prendre le pouvoir. C’est d’ailleurs ce trafic qui a été à l’origine de la succession des putschs depuis l’indépendance de ce pays, en 1974. Toutefois, ce qui attire l’attention c’est cette rapidité à désigner le commanditaire, juste parce que le Portugal a accueilli l’ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior et que le capitaine Pansau N’tchama venait de rentrer d’une formation militaire, qu’il avait justement effectuée à Lisbonne.

Ce cas est loin d’être isolé sur un continent où il est facile de jouer la carte des conflits tribaux, ethniques et des croyances religieuses pour changer les gouvernements selon les intérêts du moment. Lorsque l’ex-président malien déchu, Amadou Toumani Touré avait été renversé par le capitaine Amadou Sanogo, ce dernier s’était autoproclamé chef de la junte et chef du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat, avant que la rébellion touareg de l’Azawad ne plonge le pays dans la crise actuelle.

Au lendemain du putsch contre Amadou Toumani Touré, le même scénario que celui de la Guinée-Bissau avait été offert à l’opinion publique, nationale et internationale. Formé aux Etats-Unis, le capitaine Amadou Sanogo a été directement accusé de «rouler» pour le compte de Washington, bien que les Etats-Unis n’aient jamais colonisé un pays d’Afrique, du moins militairement, puisque d’un point de vu politique et économique, la Maison Blanche ne fait pas mieux que les anciennes puissances coloniales qui s’arrogent le droit de donner des leçons à ces jeunes Etats en pleine mutation. 

La crise qui secoue depuis avril la République démocratique du Congo, dans sa province du Nord-Kivu, ou celle qui a sévi pendant trois mois en Côte d’Ivoire, fin 2010-début 2011, etc., sont autant d’exemples sur lesquels on peut s’arrêter pour parler de cette «main de l’étranger» que certains aiment servir comme discours à leurs gouvernés. Que cela soit vrai ou faux, le problème réside ailleurs.

C’est dans le fait que les pays africains qui ont vécu la colonisation n’arrivent toujours pas à se prendre en charge sans regarder vers l’ancien colonisateur, comme s’il s’agit d’abord d’avoir son approbation pour chaque pas ou faux-pas fait pour la bonne marche ou contre la démocratie. C’est pour cette raison que l’on assiste à chaque fois à ces réactions à chaud de la France, du royaume de Belgique, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et du Portugal lorsqu’un évènement survient dans une de leur anciennes colonies.

Ces réactions au ton, parfois, paternaliste, mais, plus souvent directif et autoritaire, sont le signe d’un néocolonialisme auquel les pays de l’Afrique se soumettent, bon gré malgré. Que ce soit les chefs d’Etat africains ou tous les autres responsables qui occupent des places de choix au niveau des différentes institutions stratégiques de ces pays, tout ce beau monde a quelque chose à se reprocher vis-à-vis du peuple.

Pour le dire encore en des mots plus simples, les anciennes puissances coloniales détiennent trop de dossiers sur ceux qui servent de gouvernants et qui gèrent les affaires des Africains depuis cinquante ans. C’est ce qui les autorise assez souvent à «rappeler à l’ordre»  certains dirigeants et donner des consignes fermes à d’autres. Autrement dit, l’Afrique a encore une autre révolution à faire pour son indépendance effective. Mais ce ne sera pas pour demain. 

Lyès Menacer

 

 

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