23/10/2012 01:46:16
Cameroun. Elecam crée un scandale en Allemagne
Soupçons de corruption autour du marché de la biométrie attribué à l’entreprise Gieske & Devrient 
Le Messager
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Giesecke & Devrient

Le marché de la biométrie d’Elecam fait bruit en Allemagne

Certains parlementaires allemands veulent  voir clair dans le rôle du Secrétaire d’Etat allemand en charge du Tourisme et des Pme au sujet  du contrat  de la biométrisation du fichier électoral accordé à l’entreprise allemande Gieske & Devrient. 

Quelques journaux tel  Stuttgarter  Zeitung et certaines organisations de la société civile comme Transparency international, branche d’Allemagne s’interrogent : « Y a-t-il eu des pots-de-vin à l’origine de l’attribution du marché de la biométrisation de la refonte du fichier électoral au Cameroun ? » Ils  n’ont pas encore trouvé de réponses précises à ces questions. Mais jugent curieux que  Gieseke & Devrient, entreprise munichoise spécialisée dans la fabrication des cartes à puces et des billets de banque ait été désignée adjudicataire finale d’un marché situé hors  de son domaine habituel de compétence. Pis, dont elle n’était pas soumissionnaire au départ. Une attribution de marché derrière laquelle Le Messager voyait dans son édition du 19 avril 2012, la main du gouvernement camerounais.

Au sein de l’opinion allemande, on stigmatise le rôle qu’aurait joué Stefan Leibting - membre du conseil de direction de l'Afrika Verein (organisation du patronat d'entreprise allemande sur l’Afrique) – auprès du  secrétaire d’Etat allemand qui,  en avril 2012, avait manœuvré auprès de Paul  Biya pour que la société sus-évoquée rafle la mise.

Des lourds soupçons de corruption pèsent ainsi  sur M. Leibting très connu comme lobbyiste en Allemagne. Lequel aurait d’après des allégations relayées par la presse germanique, œuvré pour que la société Gieske & Devrient soit retenue par le Cameroun.

Pour cela, apprend-on de diverses sources, il prend  attache avec le secrétaire d’Etat au Tourisme et aux Pme, Ernst Burgbacher. Ce dernier concocte la mission qui arrive au Cameroun alors qu’Elecam a déjà fait publier une short list de cinq entreprises parmi lesquelles serait désigné l’adjudicataire final. Ce sont Code Inc (Canada), Safe Id (Allemagne), Gemalto (France), Waymak lnfotech (Afrique du Sud) et le Collectif des ingénieurs camerounais. La rencontre du secrétaire d’Etat allemand avec le Premier ministre, puis le président fait tout basculer. Paul Biya instruit Elecam de retenir Giescke & Devrient au détriment des autres entreprises et surtout Safe Id, sa consœur allemande.

7,8 milliards Fcfa

Quelques mois après cela, l’affaire qui est réglée de façon cavalière par Etoudi et dont Le Messager s’était fait l’écho retient aujourd’hui l’attention des parlementaires (notamment de l’opposition). Car elle aurait été  entachée de corruption. Les élus allemands veulent savoir si le  lobbyiste Stefan Leibling par ailleurs membre très influent du Cdu (parti chrétien démocrate) au pouvoir avait versé des pots-de-vin au secrétaire d’Etat allemand, chef de la mission d’avril 2012 à Yaoundé, ou à ses collaborateurs. Sinon qu’est-ce qui peut expliquer le choix porté par le Cameroun sur Giescke & Devrient alors qu’elle a  facturé sa prestation à 7,8 milliards de Fcfa, soit un coût supérieur de plus d’un milliard à l’offre des soumissionnaires locaux et sud-africains ?

Comment expliquer que le gouvernement allemand ait prospecté pour le compte d’une compagnie qui n’avait jamais, dans le passé, procédé aux enrôlements endossées sur la biométrie ?  Comment le secrétaire d’Etat allemand a-t-il pu cautionner une entreprise de taille moyenne n’ayant aucune expérience dans le domaine ? L’enquête envisagée par de parlementaires permettra peut être de lever ces équivoques.

Mais pour l’heure, le gouvernement d’Angela Merkel  prépare une autre mission économique  au Cameroun. Celle-ci devrait se rendre à Yaoundé dès le début  du mois de novembre 2012. Elle sera conduite par le ministre fédéral de la Coopération économique et du développement,  Dirk Niebel.

Et dans sa suite… Stefan Leibling  qu’ont dit connaître très bien les méthodes de persuasion en affaires au Cameroun. Et qui s’est déjà fait un important carnet d’adresses à Yaoundé depuis l’opération Gieseke & Devrient. Cette mission devrait pouvoir expliquer les causes du retard dans la fourniture du matériel à Elecam et le choix des kits fabriqués par le Coréen Suprema (comme signalé dans Le Messager du 2 octobre 2012) au lieu des équipements allemands annoncés.

Focal. L’énigme Giesecke & Devrient

Le contrat entre Elecam et Giesecke & Devrient a été paraphé le 18 avril 2012 à Yaoundé. Il s’élève à 7,8 milliards Fcfa. Très cher payé par rapport à d'autres prestataires. En effet, un collectif d’ingénieurs camerounais proposait 6,2 milliards Fcfa pour un délai d'exécution de trois mois. Tandis que les Allemands parlaient de dix mois. A l’occasion, Hans W. Kunz, vice-président du groupe Giesecke & Devrient, affirmait : « des dispositions sont déjà prises en Allemagne. Nous sommes capables de faire le travail tel qu’il est défini dans les termes du contrat. Nous avons déjà alerté notre équipe en Allemagne pour se préparer pour ce projet très important. Nous avons beaucoup d’expérience en la matière. Nous avons été dans de nombreux pays pour travailler, qu’il s’agisse de la carte d’identité biométrique au Brésil, nous travaillons également en Europe de l’Est et il y a quelques jours nous avons été retenu pour ce qui est de la sécurisation du permis de conduire dans les Baltiques, nous avons fait la carte d’identité biométrique en Egypte et même le passeport biométrique au Botswana. La biométrie est une spécialité de notre maison».

Rodrigue N. TONGUE

 

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