25/10/2012 03:10:35
Guinée Equatoriale. Claude Guéant tente de vendre l'avion qui ne décolle pas
Claude Guéant est allé vendre un étrange projet au président de Guinée équatoriale : le Skylander, un avion révolutionnaire qu’on attend depuis dix ans. Et qui a déjà coûté plus de 20 millions d’euros à la Lorraine, où il devait être assemblé.
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Claude Guéant

Claude Guéant est allé vendre un étrange projet au président de Guinée équatoriale : le Skylander, un avion révolutionnaire qu’on attend depuis dix ans. Et qui a déjà coûté plus de 20 millions d’euros à la Lorraine, où il devait être assemblé.

Faute d’avoir été élu député, Claude Guéant a choisi de devenir avocat d’affaires. La semaine dernière, il annonçait ainsi à L’Express un voyage en Guinée équatoriale, pour aider une entreprise française « à la recherche d’un partenariat financier et industriel ».

Claude Guéant a gardé de bons contacts sur place : jeudi dernier, il a pu défendre son dossier lors d’une audience avec le président Teodoro Obiang Nguema. L’ancien ministre de l’Intérieur était accompagné de son gendre, Jean-Claude Charki, un banquier d’affaires très actif en Afrique.

L’avion révolutionnaire volera-t-il un jour ?

Le nom de l’entreprise bénéficiant des services de Claude Guéant ? Sur ce point, l’intéressé était resté silencieux.

Le site de l’association France-Guinée équatoriale et Le Républicain lorrain ont fourni la réponse. Sur les photos prises lors de la rencontre, mises en ligne par le gouvernement équatoguinéen, on découvre un patron qui fait beaucoup parler de lui ces jours-ci en Lorraine : Serge Bitboul, PDG du groupe aéronautique Geci International – et personnage principal du feuilleton Skylander.

Le Skylander ? Depuis 2001, Geci International travaille sur ce projet de petit avion à hélices polyvalent, capable de transporter, selon les besoins, jusqu’à 19 passagers ou 2,7 tonnes de fret. L’appareil sera assemblé à Chambley (Meurthe-et-Moselle), où le conseil régional veut attirer d’autres acteurs de l’aéronautique – comme les Toulousains ont pu le faire grâce à Airbus.

Dix ans plus tard, le Skylander n’a toujours pas décollé. Les retards se sont accumulés. Les doutes aussi, sur la viabilité du projet et sur la réalité des commandes annoncées par Geci International. Début octobre, la filiale lorraine du groupe a finalement été placée en redressement judiciaire : pour sauver le Skylander, il faut trouver en urgence 120 millions d’euros.

20 millions d’euros avancés par la Lorraine

Un échec définitif coûterait cher aux contribuables lorrains. La région a déjà avancé plus de 20 millions d’euros au projet, et réclame désormais que l’Etat intervienne. La semaine dernière, dans Les Echos, Jean-Pierre Masseret, président (PS) du conseil régional, s’agaçait :

« Si l’Etat ne peut faire aboutir ce dossier, cela augure mal de sa capacité à conduire le redressement industriel du pays. »

Lorsque Nicolas Sarkozy était à l’Elysée, l’Etat a pourtant suivi de très près le projet. Au gouvernement, les constructeurs du Skylander pouvaient compter sur le soutien des Lorrains Gérard Longuet et Nadine Morano.

C’est même la ministre de l’Apprentissage et de la Formation professionnelle qui avait annoncé la bonne nouvelle, en janvier : l’Etat apporterait 60 millions d’euros au Skylander. Une moitié proviendrait du grand emprunt, l’autre serait versée par le Fonds stratégique d’investissement (FSI).

Le FSI n’était pas aussi convaincu que l’affirmaient l’Elysée et le gouvernement. Le rapport qu’il avait commandé prévoyait, lui, une explosion des coûts du Skylander. Après la défaite de Nicolas Sarkozy, le FSI a donc renoncé à l’investissement promis. Son directeur, Jean-Yves Gilet, expliquait à L’Est républicain :

« Il n’est pas question pour nous de nous lancer dans une fuite en avant. »

Un Président en conflit avec la France

Que viennent faire aujourd’hui Claude Guéant et le président de Guinée équatoriale dans ce dossier ? Sollicités ce mardi matin, les porte-parole de Geci International n’ont pas donné suite.

Ce démarchage en Guinée équatoriale s’inscrit pourtant dans un contexte très particulier, celui de l’affaire des « biens mal acquis » :

- Depuis deux ans, la justice française enquête sur le patrimoine accumulé par plusieurs chefs d’Etat africains et leurs proches ;

- Les enquêteurs ont notamment saisi un immeuble de l’avenue Foch et seize voitures de luxe, appartenant au fils du président Obiang ;

- Celui-ci fait l’objet depuis juillet d’un mandat d’arrêt international ;

- En septembre, la Guinée équatoriale a saisi la Cour de justice internationale pour mettre fin à l’enquête.

Il en faut visiblement plus pour décourager le VRP Claude Guéant...

 

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