13/10/2009 15:07:29
Mola Festival: 6 jours dédiés aux langues maternelles au Cameroun
Pendant six jours, le palais des Congrès de Yaoundé va donc se transformer en une véritable foire touristique baptisée « le tour du Cameroun en six jours ». Selon les déclarations du comité d’organisation, ce sera une occasion aux Camerounais de se découvrir
Le Messager
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Ceux des Camerounais qui étaient encore dubitatifs quant à la tenue du « Mola festival », plus connu sous l’appellation de Festival national des langues maternelles ont dû se raviser. La date de ce « carrefour de langues et de cultures » a été rendue publique  mercredi dernier 7 octobre 2009 à Yaoundé par le comité d’organisation. Face à la presse, Emmanuel Bouolo Badoana et son équipe ont présenté aux hommes de médias les motivations, le contenu et les attentes de cet événement qui a pour thème « sauver la langue de grand-mère ». Première édition du genre, le Mola festival est né, à en croire les promoteurs, d’un désir de fédérer les multiples ethnies répandues à travers le Cameroun et faciliter à cet effet l’intégration pacifique des communautés arrimées. C’est aussi, ont-ils ajouté,  « la volonté de montrer aux yeux du monde que nos langues peuvent encore et doivent même constituer un outil de développement. Qu’elles sont le reflet de notre culture et constituent notre fierté ». Soutenus dans cette initiative par la Société internationale de linguistique (Sil), les organisateurs pensent que les langues maternelles peuvent aussi fortement contribuer à la lutte contre la corruption, le détournement des deniers publics et la pauvreté.

Pendant six jours, le palais des Congrès de Yaoundé va donc se transformer en une véritable foire touristique baptisée « le tour du Cameroun en six jours ». Selon les déclarations du comité d’organisation, ce sera une occasion aux Camerounais de se découvrir. A cet effet, « toutes les dix régions du Cameroun vont se transformer en villages ; les départements en pavillons et les arrondissements en stands. Cette configuration vise à orienter aisément les visiteurs vers 400 stands représentant les communautés locales, sans compter les différentes autres localités (communautés halogènes et entreprises), 58 pavillons et 10 villages », a précisé Emmanuel Bouolo Badoana, président du comité d’organisation. Le programme prévoit également un défilé des langues baptisé « Mola Nigumi ». Chaque stand aura la responsabilité de mobiliser 100 manifestants pour une espèce de karaoké en langue maternelle. Un semi-marathon est aussi annoncé. Sur une distance de 21 km, une épreuve d’endurance se courra à Yaoundé avec départ et arrivée au boulevard du 20 mai. Le comité d’organisation estime que ces différentes attractions vont pouvoir booster le tourisme  et la rénovation des infrastructures au Cameroun.

Espèce  en voie de disparition

La conférence de presse a été aussi l’occasion pour les organisateurs du Mola festival de déplorer la situation des langues maternelles dans notre pays. Une situation encline à certaines influences étrangères. Par des exemples tirés des réalités quotidiennes, ceux-ci ont décrié le laxisme du gouvernement dans la promotion des langues nationales. Lequel gouvernement n’a contribué qu’à la dégénérescence de ces langues. «Depuis de longues années où nous faisons des suggestions au gouvernement pour l’introduction et la prise en compte des langues maternelles dans nos établissements scolaires, secondaires et dans nos universités, nos dirigeants font la sourde oreille face à une préoccupation aussi essentielle », a regretté  le Pr Maurice Tadadjeu, linguiste. Réagissant dans le même sens, Emmanuel Bouolo Badoana a déploré l’attitude des Camerounais eux-mêmes, aujourd’hui victimes consentantes d’une mondialisation mal négociée. Une mondialisation qui les confine à plus parler le français et l’anglais au grand dam de leurs langues maternelles. «Avez-vous déjà vu lorsqu’un élu du peuple entame un discours dans sa circonscription ? Il parle en français et s’offre les services d’un traducteur qui va retranscrire ce qu’il dit dans sa langue maternelle », a t-il ironisé.

Christian Tchapmi

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