29/10/2012 01:06:22
Moeurs. L'homosexualité fait débat au Cameroun
A l’occasion de la 23ème édition de la grande palabre organisée tous les derniers jeudi du mois au Djeuga palace hôtel de Yaoundé, le choc des idées a permis de se rendre à l’évidence que de plus en plus, les Camerounais semblent s’incliner face à la montée de cette pratique.
Le Messager
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A l’occasion de la 23ème édition de la grande palabre organisée tous les derniers jeudi du mois au Djeuga palace hôtel de Yaoundé, le choc des idées a permis de se rendre à l’évidence que de plus en plus, les Camerounais semblent s’incliner face à la montée de cette pratique.

La salle des conférences du Djeuga palace qui abrite cette conférence-débat est pleine à craquer ce jeudi 25 octobre 2012 dès 14 heures. Le thème de la rencontre ne laisse personne indifférent. Il porte sur : « politique et usages de l’homosexualité au Cameroun ». Parmi les premiers venus, l’on peut apercevoir Me Alice Nkom, avocate au barreau du Cameroun et son confrère Me Michel Togué. Les deux sont, comme on le sait déjà, victimes de menaces anonymes de mort depuis quelques jours, pour leur option de défendre des homosexuels en indélicatesse avec la justice. De nombreux participants attendent  impatiemment la prise de parole de Me Alice Nkom, invitée à entretenir l’auditoire sur le sous-thème : «Orientation sexuelle, homosexualité et droit de l’Homme au Cameroun». 

Le philosophe et enseignant Fabien Eboussi Boulaga est lui aussi dans la salle. Il entretiendra l’assistance sur le sous-thème : « Homosexualité : nature et culture ». Tous les autres panélistes encore attendus sont des intellectuels bien connus. Eric Mathias Owona Nguini, sociopolitiste  et enseignant à l’université de Yaoundé II-Soa, Claude Abé, sociologue et enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale et son collègue Marcus Ndongmo qui est prêtre et enseignant dans la même institution universitaire. C’est d’ailleurs la position de ce dernier qui vient créer la confusion dans les esprits, au grand soulagement des homosexuels présents dans la salle. 

L’éminent prêtre indique clairement que l’Eglise catholique est contre l’homosexualité, mais ne rejette pas les homosexuels. « Il y a même des associations des homosexuels qui sont soutenues par les prêtres. Nous partons sur la base que Dieu est amour et aime tout le monde, même les pêcheurs … », explique-t-il sans ambages.  Cette sortie crée un tollé général dans la salle. Les homosexuels exultent, au contraire de leurs adversaires qui lancent des cris de contestation. Pour ces derniers, cette position tranche nette avec les sorties de Monseigneur Victor Tonyè Bakot, archevêque métropolitain de Yaoundé, qui condamne inconditionnellement cette pratique. 

Contre-attaque

Mais, elle rejoint dans une certaine mesure celle de Fabien Eboussi Boulaga qui dans son exposé, s’est efforcé à démonter que l’homosexualité se pratique depuis la nuit des temps, tout en la condamnant. Pour lui, l’amour de Dieu pour les Hommes n’est pas toujours le symbole de l’amour entre l’homme et la femme, mais aussi, le symbole de l’amour entre Jésus et son disciple Jean. L’éminent enseignant pense que les participants doivent entrer à l’école de la civilisation de l’acceptation de l’autre, car on peut même arriver à la dépénalisation de l’homosexualité tout en discriminant les homosexuels. Il considère d’ailleurs ce fléau comme tous les autres travers comme le racisme, l’antisémitisme…qui minent nos sociétés. « Il n’y a aucune limite naturelle à l’homme. Les limites ne peuvent être que morales et culturelles », conclut-il.

Le sociopolitiste Eric Mathias Owona Nguini nuance son propos, bien que faisant clairement savoir de prime à bord qu’il est contre l’homosexualité. Pour lui, cette pratique peut être tolérée, mais pas naturalisée, « la matérialité n’induisant pas la normativité ». Il constate qu’il y a finalement un rapport de force entre les homosexuels et leurs adversaires. Mais, il souhaite qu’un distinguo soit fait entre les différentes homosexualités. Pour ce chercheur à la Fondation Paul Ango Ela de Yaoundé, il existe l’homosexualité accidentelle, et l’homosexualité structurelle ou naturelle … « Dans la plupart des cas, l’homosexualité pratiquée au Cameroun est celle de substitution ou de compensation, c'est-à-dire qu’un homme va avec un  homme parce qu’il ne trouve pas la femme à ce moment précis. Contrairement à celle pratiquée en Occident, où on autorise l’homosexualité tout en interdisant la polygamie, alors que ce sont toutes des manifestations de la liberté », regrette cet intellectuel. 

Puni par le code pénal

Il soutient mordicus que l’homosexualité est encore dans le sac  au Cameroun. Alors que pour Me Alice Nkom, le Cameroun a l’obligation de protéger les minorités sexuelles. Elle soutient son argumentaire en convoquant la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée le 10 décembre 1948 par l’organisation des Nations unies dont le Cameroun est membre. Elle trouve inadmissible que des homosexuels, lesbiennes et pédés continuent d’être interpellés, tabassés, jetés en prison ou même exécutés, en violation du préambule de la Constitution.

Seulement, Marcus Ndongmo de l’Université catholique d’Afrique centrale a tenu à préciser au grand soulagement des adversaires de l’homosexualité que bien que Dieu soit Amour, la bible indique clairement « qu’on ne fait pas l’amour avec un homme comme on fait l’amour avec une femme ». Preuve par mille que l’homosexualité est une infamie. En rappel, le code pénal camerounais punit les auteurs de cette pratique d’une peine de prison allant de six mois à cinq ans, et d’une amande allant de 20 000 à 200 000 Fcfa. Cet article 347 bis du code pénal a été promulgué par décret en 1972 par feu Ahmadou Ahidjo, alors président de la République. Il avait, par ce décret, éludé tout débat sur le sujet à la représentation nationale.

Joseph Flavien KANKEU

 

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