29/10/2012 02:35:11
Cameroun. Sérail: Les sectes ésotériques érigées en ascenseur social
Rose Croix, franc-maçonnerie, Eboka et autres regroupements sectaires se sont incrustés dans les cercles du pouvoir au fil des ans depuis l’avènement du Renouveau. Evocations.
Le Messager
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Rose Croix, franc-maçonnerie, Eboka et autres regroupements sectaires se sont incrustés dans les cercles du pouvoir au fil des ans depuis l’avènement du Renouveau. Evocations.

Nous sommes en mars de l’année 1986. C’est le Dimanche des Rameaux de cette année-là. C'est-à-dire en pleine période de Carême pour les chrétiens en général et les chrétiens catholiques en particulier.  La Paroisse catholique Notre-Dame de l’Immaculé Conception est surpeuplée. Le peuple de Dieu de cette unité locale de l’Eglise catholique qui est au Cameroun est rassemblé devant la chapelle, les palmes à la main. Le révérend père Engelbert Mveng (de regrettée mémoire), prêtre de la congrégation de la Compagnie de Jésus (les jésuites comme on les appelle), est venu ce jour vivre ce dimanche des Rameaux dans cette paroisse dont un de ses amis et confrère l’abbé Prosper Abega était alors curé. Tout de suite, après l’accueil des fidèles, le prêtre jésuite prend la parole pour fustiger avec une rare violence verbale, le rassemblement des rosicruciens annoncé pour se tenir au Palais des congrès de Yaoundé, une semaine après, c'est-à-dire en pleine Semaine Sainte.

Dans sa sensibilisation aux fidèles rassemblés devant lui, père Mveng avait alors eu des mots plus que durs : « Frères et sœurs, ce qui va se passer au Palais des congrès de Yaoundé est une manifestation diabolique. Ce n’est pas acceptable, non seulement pour nous chrétiens, mais aussi pour le peuple camerounais. Je ne sais pas qu’elles sont les autorités de ce pays qui ont accepté d’autoriser cette manifestation de la Rose Croix qui va ainsi se tenir chez nous. Ce sont des rassemblements qui n’ont rien à voir avec l’Afrique. L’Afrique a son système de culture, et de culte. La Rose croix est une émanation extérieure à l’Afrique. J’ai peur que ceux qui l’ont ainsi introduite dans notre pays aient des visées à la fois machiavéliques et pouvoiristes ? Jamais cela ne s’était vu avant dans ce pays ».

Le prêtre jésuite achevait son propos en exhortant les fidèles présents ce jour-là devant la chapelle de la paroisse Notre-Dame de l’Immaculée conception de la briqueterie à se dresser comme un seul devant ceux qui, d’où qu’ils viennent, veulent « crucifier le Christ deux fois, sur une croix rose ».

« Cercles diaboliques »

Quelque semaines plus tard, c’était autour du révérend père Meinrad Hebga (autre prêtre jésuite aujourd’hui également décédé), de monter au créneau. En effet, au cours d’une conférence publique tenue au Centre catholique universitaire, situé au quartier Melen, le célèbre prêtre jésuite exorciste va expliquer à la foule nombreuse, venue à sa rencontre ce qu’est  la Rose Croix, mais aussi la Franc-maçonnerie « que l’on veut imposer cruellement aux citoyens camerounais ». Il dit ceci en guise de protestation : «  Il n’y a rien de chrétien dans ces rassemblements. Je les mets au défi, d’organiser des débats publics, et je prouverai devant le peuple camerounais que ce sont des lieux d’expression satanique. Il est dommage que des Camerounais, y compris des hommes qui ont des places de pouvoir se laissent ainsi embobiner ».

Venant de deux prêtres jésuites qui étaient tout sauf illettrés ou naïfs, ces prises de position face aux « regroupements philosophiques » (comme beaucoup les appellent aujourd’hui) telles que la Rose Croix et la Franc-maçonnerie ont ceci de particulier qu’elles ont permis aux citoyens dotés d’un minimum d’intelligence de comprendre que en réalité, depuis l’avènement au pouvoir du promoteur du Renouveau National, avec son intention d’ouverture, le développement de ces cercles sectaires avait désormais pignon sur rue.

Contrairement  au régime de feu Ahmadou Ahidjo, où il n’était pas toujours prudent de se montrer de manière ostentatoire son appartenance à un cercle ésotérique, de peur d’être inquiété, mais aussi d’être rejeté socialement, très vite à la fin 80, on commencera même dans les milieux bien introduit du sérail politique camerounais à montrer du doigt les adeptes et autres grands maîtres de la Rose Croix et de la Franc-maçonnerie. Qui ne se souvient encore des fameux regroupements tels que le Circes et Cafe, que l’on disait à tort ou à raison, être des branches  de la Rose Croix, et dont les influences partaient des cercles agissants du pouvoir de l’homme du Renouveau national pour s’étendre dans les milieux universitaires avec pour seule finalité de rester actif mystiquement dans le processus de contrôle du pouvoir ? 

Au fil des ans, la plupart des ministres de la République, promus par le président Paul Biya, et autres pontes du régime ne se cachaient plus à leur domicile respectifs les emblèmes soit de la Rose Croix, soit de la Franc-maçonnerie. Au point ou, une opinion de plus en plus répandue faisait croire que  si l’on n’est pas adepte de ces cercles ésotériques, apparemment très prisés par ceux qui gouvernent le Cameroun depuis 30 ans, il sera bien difficile, quelle que soit la compétence dont peut faire preuve un haut cadre de l’administration à pouvoir espérer à une haute fonction.  Et en cela, les témoignages jamais réfutés de feu Ebale Angounou (le jeune ami de qui on sait) dans un livre autrefois interdit, et du Pr Titus Edzoa, ancien baron du régime qui a récemment commis un opuscule très lu, apparaissent en définitive édifiants.

Jean François CHANNON                   

 

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