01/11/2012 03:42:01
Transition démocratique pacifique impossible, conférence nationale souveraine incontournable
Approfondissement de la pauvreté, croissance à reculons, et élévation de la corruption en pandémie 
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H – Approfondissement de la pauvreté, croissance à reculons, et élévation de la corruption en pandémie 

Pourquoi donc reparler de la conférence nationale, si comme soutient un ministre camerounais par ailleurs l’un des principaux dirigeants du parti au pouvoir, le changement est en cours et le pays n’a pas besoin d’insurrection? Cette question peut sembler inutile ou provocatrice selon la perspective dans laquelle on se trouve, ou encore selon la chapelle politique que l’on épouse sciemment. Mais l’essentiel du trouble concerne tout le monde, et procède d’un constat aussi banal que l’existence du soleil ou de la pluie.

Il est pratiquement impossible, pour un citoyen dans la plupart des pays au sud du Sahara, de proclamer haut et fort, que la société dans laquelle ils vivent, a fait des progrès en termes d’équipements collectifs, d’amélioration du bien être quotidien, et du renforcement de la confiance du citoyen envers le gouvernement. A quel moment et sur la base de quels critères incontestables devrait-on soutenir que la société a fait des progrès, que la vie est mieux qu’hier et promet d’être meilleure demain qu’aujourd’hui ? 

La réalité en ce qui concerne une réponse adéquate et honnête aux questions touchant à l’état des lieux d’un pays, peut prendre plusieurs couleurs : le mensonge catégorique ; l’esquive intéressée ; le commentaire violent et injurieux ; l’excuse polie et conviviale ; la fuite en avant ; l’arrogance grossière. Ce n’est pas faux ou exagéré que de soutenir que pour ce qui nous concerne, nous ces pauvres citoyens au sud du Sahara, ce qui nous est régulièrement servi, réunit tous ces modèles à la fois. Ici, c’est dur, très dur même de persister à se considérer comme citoyen nanti de droits, de dignité et d’égards. Il vaut mieux s’estimer mouton, objet, instrument involontaire et parfois inconscient, des bêtises attentatoires au bon sens élémentaire que déploient à longueur de temps, les voyous de la politique, les potentats rompus dans une profanation truculente de la vérité. 

Les faits sont, seuls, solitairement même, suffisamment éloquents et contraignants, pour exprimer l’état du vécu quotidien et le jugement qui devrait emporter le choix des analyses. On est de plus en plus pauvre, et la mesure de cette pauvreté, de la misère tout court, se lit et se voit à la multiplication des manquements, des privations et des désespoirs. Les proclamations ne manquent pas et ne se limitent point à la démonstration des chiffres tronqués. En Afrique, il existe la société réelle et la société artificielle. Ce que l’on voit n’est jamais ce qui est dépeint dans les discours officiels et les statistiques provocateurs des institutions internationales. De Washington ou de Paris, on apprend souvent qu’il y a une croissance, que l’économie se porte un peu mieux que l’année d’avant et que les perspectives dans cinq ou dix ans, promettent des éclaircis. Mais sur le terrain, les citoyens cherchent en vain d’où vient la lumière et sur quoi se fonde ce bavardage d’optimisme. En deux décennies, tous les pays au sud du Sahara ont reculé et se sont endettés encore mieux et plus vite que nature. Le mal est profond et sa vision pertinente.

Lorsque l’on se penche sur l’évolution du pouvoir d’achat, le constat de son effritement continu et lamentable est incontestable. Le petit agent public d’il y a vingt ans, est un pauvre monsieur dorénavant, à moins de voler, et à moins d’avoir été propulsé par quelques réseaux ethno mafieux et claniques, dans le jeu éhonté des marchés publics fictifs ou surfacturés. On n’est plus certain de manger deux fois et peut être même une seule fois dans plusieurs familles. La croissance dont parlent les gouvernements avec la légèreté complice des institutions internationales, se limite à la description de quelques projets d’éléphants  blancs qui se multiplient. Il suffit d’évaluer le pourcentage des familles ayant accès à l’eau courante et à l’énergie électrique puis à des soins médicaux adéquats, pour comprendre la profondeur de l’abîme. Le nombre d’enfants abandonnant l’école avant l’âge de 15 ans ne cesse d’augmenter, pendant que le quart au moins de ceux qui naissent ne sont plus certains de frôler les bancs d’une salle de classe un jour.

Les infrastructures collectives font donc cruellement défaut,  et le citoyen est de plus en plus écarté de certains biens de consommation courante auxquels il avait accès hier. Face à cette indigence collective qui ne trompe plus, l’Afrique est devenue pour de bon, une gigantesque décharge publique pour l’Europe et les Etats unis. Tout ce qui est abandonné dans les rues de Londres, paris, Chicago, Madrid ou Genève, fait dorénavant le bonheur des misérables africains, paralysant du même coup, toute perspective d’industrialisation ordonnée sur place. La friperie c’est maintenant notre industrie du bonheur, et c’est au nombre des vieux ordinateurs et des vieux frigidaires, que notre croissance se lit. Avoir déjà accès à cette brocante, relève du privilège, car même la friperie à un prix, un prix que payent vite des jeunes capitaines d’industrie qui préfèrent par pure réalisme, abandonner de vrais projets locaux, pour s’installer dans la spéculation barbare des chiffons qui débarquent par milliers de containers à Lomé, Abidjan, Dakar, Nairobi ou Lagos.

En dépit de tout, il faut maintenir le discours mensonger sur la croissance. Peut-être qu’il faudrait aller chercher, mais pas très loin, la source ou l’explication de cette croissance. Pour comprendre, il suffit de renverser la signification et les outils de mesure. Chez nous, c’est le niveau du pillage des deniers publics, de la sottise collective distillée par une élite gouvernante insatiable et chroniquement avide de luxe et de lucre. La corruption ayant été élevée en pandémie, elle traduit mieux qu’autre paramètre, notre genre de croissance. Ce n’est pas une question de vocabulaire, et la sémantique rituelle qui domine les débats creux des intellectuels attardés prompts à brandir leurs titres académiques pompeux, n’y change rien. Le constat élémentaire de terrain sur la réalité ou le mensonge de la croissance saute aux yeux et n’a besoin ni d’académisme ni de décoration politique. L’Afrique creuse son retard et les régimes qui le gouvernent, aggravent chaque jour un peu plus, le fossé avec le monde réel des nouvelles technologies. Ce n’est pas parce que la vieille société industrielle est en crise, que certains vont se perdre chez nous en criant à l’homogénéisation des conditions humaines.

Non, notre cas, au sud du Sahara, est devenu trop grave pour mériter encore des comparaisons par rapport à toute autre société. On ne vit pas ici pour progresser et avancer vers plus de bonheur, on vit ici en mourant à petit feu chaque jour et en progressant vers plus de mélancolie et de frustrations. Les rois nègres ont fini par convaincre même les plus exigeants et les plus humanisant des chefs blancs, que le sort du citoyen ici, n’avait pas à souffrir de trop de secousses électorales, et surtout que le bonheur peut bien signifier la déchéance de l’esprit et la perdition des valeurs. La croissance alors proclamée, veut dire autre chose, autre chose qui ne compte ni le nombre des hôpitaux ni le nombre des enfants scolarisés, ni les niveaux des salaires  en rapport avec l’inflation, mais au contraire, le nombre de morgues, de fabricants de cercueils, d’aliénés en vadrouille dans les rues, et de milliards détournés des caisses publiques.

Et face à ce genre de croissance, quelle solution pour revenir à des normes qui soient conformes avec les exigences d’une société respectable, une société tout simplement vivable et prometteuse, une société qui pour une fois, permette d’envisager le destin d’un adolescent, avec bonheur et sourire. Des assises s’imposent donc, parce que contrairement à ceux qui proclament que le changement est en cours, les citoyens l’attendent encore avec impatience, et comptent sur la conférence nationale souveraine, pour fonder les bases. 

A suivre

Shanda Tomne in Le Messager

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