01/11/2012 04:19:58
Côte d'Ivoire. Maca: 50 détenus enlevés de la prison nuitamment
Le harcèlement des détenus politiques se poursuit du côté de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Après les enlèvements individuels, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) sont passées à l’étape de rapts collectifs depuis jeudi dernier. Dans la nuit du lundi à mardi, à 4h du matin, elles ont sorti nuitamment des prisonniers de leurs cellules pour d’autres destinations.
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Maca-Abidjan

Le harcèlement des détenus politiques se poursuit du côté de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Après les enlèvements individuels, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) sont passées à l’étape de rapts collectifs depuis jeudi dernier. Dans la nuit du lundi à mardi, à 4h du matin, elles ont sorti nuitamment des prisonniers de leurs cellules pour d’autres destinations.

Ce sont au total 50 détenus politiques arrêtés (civils et militaires) par le régime Ouattara, issus majoritairement du bâtiment C de la Maca, qui ont été enlevés dans la nuit du lundi à mardi (précisément à 4h du matin). Le général Vagba Faussignaux, ex-commandant des forces maritimes sous le président Laurent Gbagbo, pensionnaire du bâtiment des assimilés, fait parti du groupe des 50.

Leurs conditions d’enlèvement ne sont pas différentes des méthodes brutales employées dans le rapt des 40 détenus conduits à la Maison d’arrêt militaire d’Abidjan (Mama) jeudi dernier. Cette opération qui s’est déroulée très tôt mardi, jour de l’audience de réexamen de la demande de liberté provisoire pour Gbagbo, tout comme celle de la veille de l’audience de vendredi dernier, révèle la crainte du régime ivoirien de l'accord d'une liberté provisoire à l’ex-président ivoirien. Selon une indiscrétion proche de l’état-major, Alassane Ouattara et ses « sécurocrates » sont pris de panique à l'idée d'une situation incontrôlable à Abidjan, dans l’hypothèse de la libération du président Laurent Gbagbo. Il faut, à cet effet, arriver à créer une situation de peur-panique chez les prisonniers politiques et les nombreux militaires incarcérés supposés proches de l’ancien président ivoirien. 

Les 50 détenus sortis de la Maca, selon des sources crédibles, ont été conduits en direction du nord de la Côte d’Ivoire où avaient déjà été déportées plusieurs autres personnalités du régime Gbagbo. Ainsi donc, ce sont les villes de Séguéla (le général Vagba Faussignaux se trouve dans le groupe qui a pris la destination de cette ville) et Korhogo qui les accueilleront.

A ces personnes extraites nuitamment de la Maca sans assistance de leurs différents conseils, il faut ajouter le cas des militaires qui faisaient partie du groupe des 42 détenus politiques enlevés jeudi dernier. Il s’agit du lieutenant Zoh Loua et de 3 autres militaires dont la destination reste jusque là inconnue. De la Mama, où ils avaient été conduits avec 38 autres pensionnaires qui ont rejoint à nouveau la Maca, ils ont été conduits dans un autre lieu de détention.

Ahoussou confirme l’implication du gouvernement

Les langues se délient enfin après le week-end mouvementé à la Maca et aussi le kidnapping de près de 200 détenus d’hier mardi aux environs de 5h du matin où plusieurs prisonniers politiques, estampillés pro-Gbagbo ont été enlevés et déplacés. L’on se souvient que les commentaires ont fusé de partout quand il s’est agi d’établir la responsabilité des déplacements et enlèvements des prisonniers pro-Gbagbo le week-end dernier. 

Quelques jours après, soit hier mardi 30 octobre, le régime Ouattara a fini par endosser les enlèvements nocturnes de détenus politiques (civils et  militaires). Même si c’est Zakaria Koné qui a exécuté cette mission, l’ordre, a confié le premier ministre Jeannot Ahoussou, émanait de l’Exécutif, donc d’Alassane Ouattara. Une opération qui, selon les mandants, visait à assurer la protection de ces prisonniers. Toujours selon le premier ministre qui se prononçait hier mardi 30 octobre sur la question en marge du séminaire gouvernemental, cette opération fait suite à la «prise d’otage » de gardes pénitentiaires qui avait eu lieu jeudi dernier à la Maca. 

«Pour des raisons de sécurité, il fallait repartir ces prisonniers sur d’autres sites»,  s’est-il contenté de dire. Et pourtant, dans la nuit du lundi à hier mardi 30 octobre, aux environs de 5h du matin, une exfiltration manu militari de plus d’une centaine de détenus politiques (civils et militaires) a eu lieu, en violations de toute procédure légale en la matière. Un état de fait que le régime par la voix de son premier ministre assume pleinement sans regret aucun parce qu’il estime avoir agi conformément aux dispositions de la loi.

Mais de quelle loi parle Ahoussou, lui le juriste de formation ? « L’État a la responsabilité de sécuriser les prisonniers sur les différents sites et lieux où ils seront emmenés. La loi le permet et l’État a agi conformément à la loi », ne cesse-t-il de répéter, sans apporter la preuve textuelle des agissements digne d’état de non droits, où des Frci peuvent pénétrer à n’importe quelle heure de la nuit pour brutaliser et enlever des prisonniers. Comme pour dire que les sévices, les actes de tortures et autres maltraitances subis par les prisonniers politiques sont l’exécution des consignes dictées par le gouvernement. Au moins un des nombreux cas de violations des droits humains que le gouvernement de Ouattara a eu l’honnêteté de reconnaitre. N’allez pas nous parler d’État de droit demain. 

Gilles Naismon / Hermann Djea

 

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