08/11/2012 02:34:34
Côte d'Ivoire. Enfin la vérité sur les dozos
Gbagbo Laurent aimait dire que le temps était le second nom de Dieu. J’ajouterai que le temps a ceci de merveilleux, qu’il permet la manifestation de la vérité qu’on a enterrée dans les profondeurs.
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Dozos Côte d'Ivoire

Gbagbo Laurent aimait dire que le temps était le second nom de Dieu. J’ajouterai que le temps a ceci de merveilleux, qu’il permet la manifestation de la vérité qu’on a enterrée dans les profondeurs.

Le Jeudi 01 Novembre, notre golden Boy –Hamed Bakayoko – a rencontré les supplétifs de l’armée ivoirienne, ces «légionnaires », version Côte d’Ivoire. Cette rencontre aura permis la manifestation d’une vérité longtemps cachée : celle de la collusion entre le pouvoir actuel et les dozos.

Dans le milieu des années 90  les Dozos, chasseurs traditionnels, issus tous de l’espace ethnoculturel mandingue dont une partie se trouve dans le nord de la Côte d’Ivoire, font leur apparition dans tout le reste du pays, principalement dans les grandes villes et spécialement à Abidjan, où ils opèrent une reconversion pour le moins assez curieuse. : ils deviennent pour la plupart des agents de sécurité privée. Ils paradent dans la ville d’Abidjan avec leurs fusils, généralement de types calibre 12 qu’ils remplaceront plus tard par des Kalachnikov. 

Dans un pays, à l’ère de « l’éléphant d’Afrique », où le grand banditisme avait pris des proportions inquiétantes, les pauvres citoyens s’en remettaient alors, à leur corps défendant, aux chasseurs traditionnels d’animaux qui deviendront plus tard des chasseurs d’hommes. 

Emile Constant Bombet, le ministre de l’intérieur de l’époque, flaire le coup et comprend que les intentions réelles de nos chasseurs traditionnels ne sont pas de se reconvertir en agents de sécurité privée. C’était en réalité une force militaire parallèle, faisant office de branche armée d’une formation politique en préparation. Emile Constant Bombet entreprend alors de démanteler le réseau qui était entrain de se mettre en place. Mais, curieusement, parmi les partis politiques, il s’en est trouvé un, le RDR, qui a estimé que les dozos étaient les biens-venus à Abidjan et s’est même fait le porte-voix de ceux-ci.

En 2001, au cours des manifestations insurrectionnelles devant la RTI, les dozos se sont signalés. En septembre 2002, ils étaient à nouveau présents dans la rébellion .Et depuis, ils ont continué à servir de supplétifs aux forces rebelles.

La guerre survenue après les élections de 2010 a enregistré une forte participation des Dozos qui ont combattu aux côtés des forces pro-Ouattara. Et la Côte d’Ivoire toute entière a été transformée en un vaste terrain de chasse pour ces chasseurs traditionnels. Exactions, massacres, pillages, chasses à l’homme, expropriations, actes de tortures et autres traitements inhumains et dégradants…devinrent les nouvelles activités de la confrérie.

Le génocide perpétré fin mars 2011 à Duekoué et qui a enregistré 850 morts selon la Croix rouge fait partie de leurs macabres faits de guerre.

Le vendredi 20 juillet 2012 à 08h, l’armée de Dramane Ouattara, appuyée par des supplétifs dozos incendiait le camp des déplacés de guerre de Nahibly qui abritait des Wê ayant fui leurs villages et campements du fait des assassinats ciblés.  Le massacre des déplacés qui tentaient d’échapper au feu s’est soldé par plus de 100 morts, selon le dernier bilan officiel

Ainsi la stratégie de maillage mise en place au milieu des années 90 s’est avérée concluante. Et depuis ce jeudi 01 Novembre, officiellement, le monde entier a su ce que tout le monde savait en Cote d’Ivoire, et que Ouattara et ses partisans avaient toujours nié: Les dozos sont la branche militaire du RDR.

« Notre pays a connu une crise grave. Et pendant la guerre, les Dozos ont apporté une contribution à la libération du pays…Nous n’avons pas honte de reconnaître cela et d’assumer cela. Parce que c’est la vérité…L’Etat n’a pas honte de reconnaître cela, de l’assumer et de vous dire merci. …on est venu vous dire merci pour ce qui a été fait», Dixit Hamed Bakayoko, premier flic de Côte d’Ivoire.

La reconnaissance de la participation des dozos à la guerre, aux côtés des troupes de Ouattara, longtemps niée est enfin arrivée. Les éloges leur seront adressé : «Le Dozo, c’est le protecteur (…)  On ne peut pas, par un coup de bâton magique, faire disparaître les Dozos. C’est impossible. Ce sont les Dozos qui font disparaître les gens ». Ils sont même élevés au rang de scouts africains « … Dans les pays développés, il y a des scouts qui ont leur vision, leur approche, leur organisation », ici ce sont les dozos. « …Je connais la valeur des Dozos, je connais les grands rites des dozos. Quand tu es Dozo, tu es quelqu’un de bien, tu es quelqu’un de profond, tu es quelqu’un qui a de la connaissance »

Ce qu’Emile Constant Bombet avait perçu au milieu des années 90 s’est avéré juste: Alassane Ouattara était entrain de mailler le territoire ivoirien avec ses milices tribales. De chasseurs d’animaux, les dozos se préparaient à devenir des chasseurs d’hommes. 

Mais comme il est de coutume chez le pouvoir en place, on ne reconnaît que ce qu’il est convenable de reconnaître. C’est pourquoi, pour le premier flic, son « … travail, c’est que des gens ne viennent pas transformer la réalité authentique du ‘’dozoya’’. Que des faux Dozos ne viennent pas « gâter » le nom des vrais Dozos.(…)Il y a des petits bandits, ils n’ont rien à faire, ils portent vos tenues, ils disent qu’ils sont Dozos. »

On pourrait même ajouter que ce sont les pro-Gbagbo qui ont infiltré les dozos et commettent les massacres pour jeter l’opprobre sur la confrérie, dont la noblesse originelle a survécu à des siècles, car depuis le 11 avril, tout ce qui est pro-Gbagbo rime avec tueries, massacres, génocides, terrorisme, etc.

Après la reconnaissance du mérite des dozos, en attendant leurs probables décorations le 07 Août prochain, le ministre a entrepris de les organiser, car dit-il : «L’Etat ne doit laisser personne sur la route du développement. Tout le monde doit intégrer le développement »

Je suggérerais au ministre d’organiser aussi les Dogba chez les Ebriés, le Poro chez les Senoufo, les danseuses d’Adjanou chez les Baoulés, les danseurs de Goli, de Tématè, de Zaouli. Les Kommian qui n’ont pas pu être organisés à cause de la mort d’Adiaffi, devront l’être également car les dozos ne sont pas les seuls éléments de notre patrimoine culturel. 

Je suggérerais également à Allassane Ouattara de rattacher le ministère de la Culture à celui de l’Intérieur, pour permettre à Hamed Bakayoko d’organiser tout le patrimoine culturel ivoirien car «L’Etat ne doit laisser personne sur la route du développement. »

HIEN Roselyn

hienroselyne@ymail.com

 

 

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