08/11/2012 18:12:59
Cameroun. Les paillettes de Papy Popaul
Le 6 novembre, Paul Barthélémy Biya’a Bi Mvondo célébrait ses trente ans de pouvoir au palais présidentiel de Yaoundé. Souvenirs d’un siècle passé… Texte et dessin de Damien Glez.
Slate Afrique
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Paul Biya

Le 6 novembre, Paul Barthélémy Biya’a Bi Mvondo célébrait ses trente ans de pouvoir au palais présidentiel de Yaoundé. Souvenirs d’un siècle passé… Texte et dessin de Damien Glez.

Quand Popaul (surnom donné par les Camerounais à leur président, Paul Biya) arrivait au pouvoir au Cameroun, Michael Jackson s’apprêtait à lancer l’album Thriller.

Le «king of pop» est enterré et le «king Popaul» commence à ressembler aux zombies qui sortaient de terre dans le clip de John Landis (réalisateur de Thriller)...

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, Samuel Eto'o Fils s’apprêtait à fêter ses dix-huit mois. Il n’envisageait que de stabiliser ses premiers pas, bien avant d’utiliser ses pieds pour taper dans un ballon de chiffon ou de cuir. Le footballeur vedette de l’époque, c’était le Malien Salif Keïta qui venait d’achever sa carrière aux Etats-Unis. Eto’o ne connaissait pas l’existence du Real Madrid, mais on lui apprenait à connaître celle du «roi» Popaul…

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, François Mitterrand commençait à peine son long (c’est relatif) règne de 14 ans à la tête de la France. Depuis, l’ancien président français a déçu les rêves socialistes avec le tournant de la rigueur budgétaire, il a dévoilé son cancer de la prostate, il a exposé sa fille cachée, il a quitté le pouvoir, il est décédé et il a regardé, de son nuage, son parti traverser un désert politique de 17 ans, éparpillant les «œuvres de Dieu» au nom du «droit d’inventaire». Popaul, lui, est toujours sur son trône. Et qui ose parler de «droit d’inventaire» au Cameroun?

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, le mur de Berlin n’était même pas fissuré. L’Union des républiques socialistes soviétiques entendait expirer le secrétaire général bouffi de son parti communiste, Leonid Brejnev, après 18 ans de pouvoir. Un petit joueur, ce Leonid: des décennies après une guerre froide dont ne se souviennent que les fans de James Bond, pas de Perestroïka au pays de Popaul.

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, le cowboy Ronald Reagan était président des Etats-Unis. Depuis, il a été remplacé par George Bush senior, puis Bill Clinton, puis George Bush junior, puis Barack Obama. Popaul VI a succédé à Popaul V qui avait succédé à Popaul IV qui avait succédé à Popaul III qui avait succédé à Popaul II qui avait succédé à Popaul 1er. Il est toujours confortablement assis sur son trône.

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, Hissène Habré venait de s’emparer de celui du Tchad. Depuis, Habré a connu la disgrâce et survit avec, au-dessus de la caboche, l’épée de Damoclès d’un procès pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et acte de torture. Popaul est toujours sur son trône.

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, Lech Walesa était encore le leader de Solidarność, syndicat alors déclaré illégal. Depuis, Walesa est devenu président bedonnant de Pologne. Il est reparti de la présidence comme il y était venu. Depuis cette ère qui semble antédiluvienne, Popaul a toujours le sceptre à la main.

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, la médecine était sur le point de réaliser la première greffe d'un cœur artificiel à titre définitif. C’était bien avant que feu le journaliste Pius Njawé n’émette des doutes «présomptueux», en 1997, sur la qualité de celui de «son» président. Popaul a survécu à Pius…

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, le premier réseau de téléphonie mobile était toujours en phase d’élaboration. Les prototypes de cellulaires de première génération avaient le poids d’un haltère d’un kilogramme.

Quand Popaul arrivait au pouvoir au Cameroun, la nouvelle-née Kate Middleton tétait le sein de maman Carole. Aujourd’hui, c’est sa poitrine de duchesse de Cambridge qui s’étale sur les couvertures des tabloïds. Popaul squatte toujours les unes des journaux camerounais…

Alors qu’un Barack Obama réélu sait qu’il ne passera pas plus de huit ans à la Maison Blanche, Paul Biya entame sa quatrième décennie sous les ors de son palais. Voilà trente ans qu’était annoncée la démission d’Ahmadou Ahidjo (président de 1960 à 1982) sur les ondes radiodiffusées.

Ce règne trentenaire de Paul Biya, c’est 360 mois, soit 1.560 semaines, soit 10.950 jours, soit 26.2800 heures, soit l’équivalant de 45 grossesses mises bout à bout. Des milliers de contractions…

Un tel pouvoir peut-il s’interrompre, quand on sait que le sulfureux pasteur camerounais Michel Pierre Ayissi présentait l’actuel président camerounais comme le «chef et guide spirituel de la nation camerounaise»?

Agé de 79 ans, Popaul espère sans doute mourir au pouvoir, comme l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny (1960-1993), le Togolais Gnassingbé Eyadéma (1967 à 2005) ou le Gabonais Omar Bongo (1967 à 2009). Mourir à Yaoundé, la capitale du Cameroun, probablement pas, tant il vient rarement à la présidence. Mourir au Cameroun, ce n’est pas sûr, tant il passe de temps à l'hôtel Intercontinental de Genève.

Depuis la mise à mort de Mouammar Kadhafi, le magistrat suprême du Cameroun est le quatrième président d’Afrique, en termes de longévité au pouvoir. Ne l’ont précédé sur leur trône respectif que ses homologues équato-guinéen, angolais et zimbabwéen. Même à l’échelle internationale, le record de papy Popaul fait pâlir de jalousie.

Pour trouver mandat plus extensible, il faut chercher du côté des têtes couronnées comme la britannique Elizabeth II et ses deux fois 30 ans de règne ou le brunéien Hassanal Bolkiah —ancien sujet de la Britannique— sultan depuis 46 ans.

 

En 1982, les observateurs prédisaient que Paul Biya ferait long feu. 30 ans après, Popaul ne compte pas s'arrêter en si bon règne. Après avoir fait sauter, en 2008, le verrou de la limitation du nombre de mandats présidentiels, il a obtenu, en 2011, le sixième blanc-seing qui doit le conduire en 2018, toujours président à l’âge de 85 ans. Le machiavélique «homme lion» (baptisé ainsi par le publicitaire Stéphane Fouks) est d’autant plus difficile à déboulonner qu’il est insaisissable. Il applique à la lettre le principe du «pour vivre président, vivons caché».

Beaucoup de politologues actuels jugeant suffisante la stratégie du «doing no harm», éviter de faire du mal serait déjà une politique honorable. Ne rien faire est le secret de longévité de l’absentéiste Popaul. Comme il y a des fonctionnaires fictifs, il y a des présidents fictifs…

Comme il est déconseillé d’évoquer publiquement la succession du roi fainéant camerounais, mieux vaut en rire, notamment sur Internet qui n’existait pas en 1982, quand Popaul arrivait au pouvoir.

L’écrivain Eric Essono Tsimi cultive la rumeur que Popaul songerait à un successeur «muet qui ne pût pas écrire et, idéalement, ne sût pas penser».

Il y aurait «en effet beaucoup d’à propos à envisager un muet à la suite d’un aphasique», le président camerounais étant connu pour le peu de performance de son appareil phonatoire.

En attendant de trouver ce «mouton à cinq pattes», chacun reste tapi dans l’ombre. Eric Essono Tsimi conclut que le temps a semblé «s'arrêter en 1982», avant l’invention «des systèmes de navigation et autres récepteurs GPS». Pas de suspense dans ce Thriller…

Damien Glez

 

 

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