09/11/2012 02:03:55
Co-auteur indirect...
Sa résidence fut réduite en tas de pierres et de cendres par les bombardements soutenus de l’armée française qui se souciait peu qu’il en sorte vivant.
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

 

Sa résidence fut réduite en tas de pierres et de cendres par les bombardements soutenus de l’armée française qui se souciait peu qu’il en sorte vivant.

A défaut d’avoir eu sa peau, ses proches ennemis le trainèrent devant caméras et appareils photos, comme une bête de foire, avant de le déporter à la Haye et le remettre à la CPI, afin qu’il – espèrent-ils – y croupissent pour le restant de ses jours.

Il leur fallait – pour ce faire - trouver des raisons suffisamment graves et accablantes aux yeux de l’opinion internationale: Laurent Gbagbo sera, pour tous ses ennemis, l’unique « co-auteur indirect », poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au cours de la violente guerre post-électorale survenue en Côte d’Ivoire, qui fit officiellement 3.000 morts. Une guerre qui opposa pourtant deux clans rivaux, pro-Gbagbo et pro-Ouattara. 

La Côte d’Ivoire venait ainsi de plonger dans une ère où, plus que jamais, les fondements de sa cohésion sociale seront - jusqu’à ce jour - mis à mal. A qui la faute ?

Au seul Laurent Gbagbo, diront les partisans d’Alassane Ouattara et certainement d’autres personnes dont la perception est trahie par les écrans de fumé de médias en mission commandée. A Laurent Gbagbo seul, parce qu’il a « refusé de quitter le pouvoir », martèleront-ils.

Avant d’aborder la question d’un supposé « refus de quitter le pouvoir », attardons-nous - un tant soit peu – sur les allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, imputés – jusqu’à preuve du contraire – uniquement à Laurent Gbagbo.

Fofié Kouakou, Chérif Ousmane, Koné Zakaria…, ces seigneurs de guerre aux ordres et à la solde d’Alassane Ouattara, peuvent-ils regarder les ivoiriens droits dans les yeux et leur dire qu’ils n’ont jamais commis - eux et leurs hommes - des « meurtres, viols et autres délits sexuels, des violences, des actes inhumains et des persécutions », bref, des crimes contre l’humanité ? Ou alors, ces crimes ne valent-ils que par leur quantité ou par leur échelle, comme l’a laissé croire le récent rapport de la Commission Nationale d’Enquête (CNE) sur les violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, commanditée par monsieur Ouattara ? En effet, on peut lire dans ce rapport, en son chapitre VI, sur « les auteurs présumés », ce qui suit : « Les informations recueillies par la CNE sur les auteurs présumés des violations du droit à la vie (…) font apparaître 1452 cas de violations du droit à la vie attribués aux forces pro-Gbagbo et 727 cas au FRCI (…) le reste étant mis à l’actif de diverses forces non conventionnelles» (sic !). Une façon de ne pas dire « les dozos » ?

Devons-nous passer par  pertes et profits les nombreux et accablants rapports des organisations des droits de l’Homme indexant clairement les chefs de guerre de monsieur Ouattara, pour s’être tristement illustrés à l’ouest, notamment à Duékoué et aussi à Yopougon ? Devons-nous fermer les yeux sur l’orgie sanglante et macabre perpétrée dans le camp des réfugiés de Nahibly ? Devons-nous nier ces nombreuses fosses communes et leurs cadavres putréfiés récemment découverts, encore et à Duékoué ? Renoncerons-nous à porter nos regards sur ces centaines de personnes  enlevées, déportées et torturées dans des camps « non reconnus comme tels » ? Resterons-nous sourds à tous ces cri du cœur - même étouffés - de femmes, d’ivoiriennes violentées et violées par les hommes de Ouattara, sous les regards impassibles des casques bleu de l’Onu ? Irons-nous - enfin – jusqu’à nier les faits de notre propre histoire, de notre - certes triste - histoire commune, celle de la Côte d’Ivoire profondément blessée et divisée ?

N’est-ce pas ce qui se dessine sous nos yeux, lorsqu’une personne et son camp sont les seuls à être accusés de tous les maux dont souffre – en ce moment - la Côte d’Ivoire ? 

Or il ne peut y avoir guerre que lorsqu’au moins deux forces en présence s’affrontent. On ne peut, pour le cas de la Côte d’Ivoire - à moins d’être animé d’une mauvaise foi – ne pas reconnaitre aux forces de monsieur Ouattara d’avoir commis des crimes de guerre, crimes contre l’Humanité dans un pays où les opinions politiques se définissent très souvent en fonction de la région, de la religion ou du groupe l’ethnique. La question du pouvoir, de sa gestion a – de ce fait - des incidences majeures sur la cohésion sociale qui reste ainsi très fragile. Tant que tous ces crimes seront niés au camp Ouattara, la Côte d’Ivoire ne s’en porterait que mal, comme c’est actuellement le cas.

Alassane Ouattara, « co-auteur indirect » 

En prenant un décret instituant les FRCI, monsieur Ouattara fait passer officiellement sous son autorité, la rébellion venue du nord pour conquérir le pouvoir en son  nom. Ces derniers (les rebelles), depuis le début, ne s’en sont d’ailleurs pas cachés. De fait monsieur Ouattara endosse tous les actes commis par les FRCI qui constituent désormais l’armée officielle de la Côte d’Ivoire.

Quelques temps après cet acte, plusieurs centaines de wê sont massacrés à Duékoué par ces FRCI « reconnus » par monsieur Ouattara, et leurs supplétifs, les dozos. Des milliers d’autres wê sont portés disparus.

Aurons-nous le temps d’énumérer tous ces autres crimes crapuleux commis partout ailleurs en Côte d’Ivoire, par les sbires d’Alassane Ouattara, dans nos contées les plus reculés, dans nos villages, nos hameaux et nos campements ? Aurons-nous l’espace nécessaire pour décrire tous ces crimes inhumains perpétrés avec son accord tacite, son regard bienveillant, son silence coupable, en son nom et pour son ambition égoïste ? Non, tant ils sont innombrables.

Sans conteste, et au regard des faits, monsieur Ouattara, malgré ses airs de « chef immaculé », est tout aussi « co-auteur indirect » que Laurent Gbagbo le serait. Si l’on s’en tient, sans fioritures, au sens réel de ce concept de « co-auteur indirect », c’est-à-dire la mise en cause directe du commanditaire les crimes commis.

A ce sujet, l’excellent Théophile Kouamouo dénonce: « Aujourd’hui, la « bulle explicative» tourne autour du pot et érige en tabou absolu la mise en cause directe d’Alassane Ouattara dans les exactions que l’on peut pourtant relier directement à des personnes dont le «grand chef» fait directement la promotion ».

En fin de compte, rien ne semble effacer ce sentiment profond et tenace selon lequel, nous sommes bien en Côte d’Ivoire, en face d’une injustice flagrante et criarde.  Si Laurent Gbagbo doit être considéré comme « co-auteur indirect », Alassane Ouattara – non plus - ne l’en est pas moins.

La thèse du « refus de quitter le pouvoir »

« Si Laurent Gbagbo avait accepté sa défaite, donc de quitter le pouvoir, il n’y aurait pas eu tous ces morts ». Entendons-nous, très souvent dire, dans les milieux notamment proches d’Alassane Ouattara.

A ces personnes, nous répondrons par une simple question de bon sens : à ce jour, où sont les fameux résultats des élections présidentielles de 2010, qui démontraient de façon irréfutable, la  « défaite » de Laurent Gbagbo. Où sont ces résultats que la Côte d’Ivoire toute entière attend toujours ? 

En plus, en vertu de quelle pouvoir, ou de quelle autorité est-on allé jusqu’à fouler au pied une loi que le peuple souverain de Côte d’Ivoire s’est librement donné ? Il s’agit bien de la Constitution ivoirienne qui stipule que : « le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs des élections présidentielles». La réponse du président de cette institution d’alors à monsieur Ouattara fut sans appel : « (…) seul le président élu à l’issue du scrutin du 28 novembre 2010, en l’occurrence Monsieur Gbagbo Laurent, est habilité à prêter serment. La cérémonie de prestation de serment s’est déroulée le samedi 04 décembre 2010, au palais présidentiel devant le Conseil constitutionnel réuni en audience solennelle».

Laurent Gbagbo n’a donc pas refusé de quitter le pouvoir. Il n’a fait que se plier à la loi fondamentale ivoirienne, c’est-à-dire à la volonté du peuple ivoirien qui fait de lui, le Président élu de Côte d’Ivoire, à l’issue du scrutin présidentiel de 2010. Lui nier ce droit, c’est lui reprocher de n’avoir pas voulu trahir la volonté des ivoiriens. Une volonté finalement contrariée, à coups de bombes, de lance-roquettes, de kalachnikovs et de machettes à découper la chair humaine. 

En définitive, que faire quand il s’impose à tous que monsieur Ouattara et son clan ne sont pas moins coupables que Laurent Gbagbo et ses proches ? Que faire quand monsieur Ouattara, « co-auteur indirect » avéré de crimes de guerre, crimes contre l’humanité s’emploie à réduire à néant ses adversaires politiques, donc une partie de la population ivoirienne ? Et qu’en affrétant un vol spécial pour la Haye en vue de livrer à la CPI leur leader Laurent Gbagbo, représentatif  - nul ne peut le nier – de cette grande majorité des ivoiriens, il ne fait rien d’autre qu’exclure ces millions d’ivoiriens de la vie socio-politique de la Côte d’Ivoire ? Quel type de réconciliation peut-on envisager dans ce cas ?

Plusieurs solutions s’offrent pourtant aux ivoiriens, à ce tournant décisif de leur histoire où Alassane Ouattara, « co-auteur indirect » notoire de crimes relavant de la compétence de la CPI continue de les martyriser au motif qu’il a été « reconnu » par une certaine communauté dite internationale. A ces ivoiriens, à eux seuls appartient le choix d’une solution qui leur conviendrait le mieux. Sinon, qui d’autre viendrait le faire à leur place ?

Marc Micael

Zemami1er@yahoo.fr 

 

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE