13/11/2012 01:43:59
Rebonjour Obama !
« Bravo, nous avons gagné ! C’est Obama qui l’a remporté » ! Telle fut l’exclamation (bien sûr humoristique), de mes collègues au lendemain des élections étasuniennes. Humour ou pas, quelque chose se cachait bien derrière cette brève explosion de joie, quelque chose comme un sentiment de soulagement. Pourquoi ?
La voix de la Russie
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Barack Obama

Interview avec V. Garbouzov

« Bravo, nous avons gagné ! C’est Obama qui l’a remporté » ! Telle fut l’exclamation (bien sûr humoristique), de mes collègues au lendemain des élections étasuniennes. Humour ou pas, quelque chose se cachait bien derrière cette brève explosion de joie, quelque chose comme un sentiment de soulagement. Pourquoi ?

Les discours préélectoraux prononcés par Romney exhalaient un parfum de moisi, un parfum de guerre froide peu supportable … même pour les élites américaines, immanquablement russophobes, que ce soit pour des motifs concrets ou par pure inertie. Je crois d’ailleurs qu’il n’y a pas que la Russie qui a pu soupirer, mais aussi, à part égale, l’Europe occidentale et le Proche-Orient, ce dernier dans une moindre mesure et plutôt selon le principe : de deux maux, il faut choisir le moindre. Ce moindre mal, en l’occurrence, c’est Obama.

La politique étasunienne stagne depuis voilà près de trente ans. Le trône de gendarme ambulant sur laquelle cette dernière, tel un grave perroquet sur une branche de baobab, est perchée, paraît bien trop confortable pour y renoncer.

Seul problème : les appétits pétroliers de ce roi-fouettard ne font qu’augmenter et … tout en lui étant vitaux, coûtent tout de même les diamants de la couronne ! La réélection du 44-ème Président des USA, changera-t-elle quoi que ce soit à la donne stratégique de vigueur ? Doit-on s’attendre à des virages vertigineux de la part d’une personnalité qui semble plus équilibrée, plus fine que son adversaire ? A voir … Je vous propose ci-dessous le point de vue de M. Valery Garbouzov, vice-président de l’Institut russe d’études américaines et canadiennes, historien et politologue.

La VDLR. Croyez-vous que la réélection d’Obama aura un impact notable sur la politique internationale ultérieure des USA ?

M. Garbouzov. Je suppose qu’Obama va persévérer dans la voie qu’il avait empruntée il y a quatre ans de là. Cette projection concerne aussi bien ses relations avec l’Occident qu’avec la Russie et les pays du Proche-Orient. Dans sa façon d’agir à l’échelle internationale, Obama a surtout été guidé par la volonté de redresser l’image de son pays, de lui redorer le blason suite aux bévues récurrentes commises par l’administration Bush. Cette image entachée des USA, je crois que, dans une certaine mesure, Obama a réussi à la blanchir.

Estimez-vous possible l’élection, quatre ans plus tard, de Mit Romney ? Si cela arrive, serait-ce véritablement, comme le considèrent certains experts, une catastrophe pour la Russie ?

Romney, j’en suis persuadé, ne va plus se présenter aux élections. Il s’agissait pour le parti républicain d’une figure politique de compromis autour de laquelle, au sein même du parti, il y a eu des discordes lourdes de conséquences. Certes, il a gagné les primaries, il est devenu leader d’un parti, mais il se trouve que certains courants conservateurs, certains courants républicains avaient une perception de Romney assez équivoque. D’aucuns voient en lui un personnage sans principe, d’autres, un personnage enclin à des concessions jugées trop libérales.

Les racines de cette perception remontent au temps où Romney était Gouverneur de Massachusetts, c’est-à-dire Gouverneur d’un état démocratique. En somme, je pense que cette année est celle du sommet historique qu’a pu atteindre Romney durant toute sa carrière de personnalité politique. Un enjeu se dresse dès lors face au parti républicain : il doit absolument trouver un nouveau leader, un leader jeune qui soit à même de réanimer un parti majoritairement vieillot. Peut-être que Paul Ryan pourrait présenter sa candidature … Qui plus est, le parti a besoin de se former un nouvel arsenal d’idées en mesure de consolider toutes les forces conservatrices des USA, seul gage d’une victoire ultérieure éventuelle.

On en vient à une question devenue sempiternelle, celle de la Syrie. Croyez-vous, à tout hasard, qu’Obama continuerait à mener une politique invariablement agressive à l’égard de la Syrie, pays plongé dans un conflit chaotique et assassin depuis à peu près un an et demi, pays agité par une opposition fortement financée de l’extérieur mais qui, au fond, étant à composante très hétérogène, n’a ni queue ni tête ?

Je vous l’accorde, l’attitude américaine en Syrie est en effet bien dure, beaucoup trop dure, motivée par le seul désir de renverser Assad et de laisser l’opposition se charger du reste. Ce dernier espoir apparaît aujourd’hui comme utopique même pour les américains qui commencent à y voir plus clair … Bon, imaginons qu’Assad s’en aille de gré ou de force, que quelqu’un de l’opposition prenne sa place … Qu’en sera-t-il en définitive ? Et bien on assistera à la répétition du scénario afghan ou irakien, donc à la recrudescence du chaos. Autre aspect du problème : toutes les solutions proposées à l’heure actuelle et par les USA, et par l’ONU, et par la Russie n’ont à ce jour aucun débouché pratique. Ils se révèlent irréalisables.

Le fait qu’il faille arrêter de tirer – ce que notre ministre des Affaires étrangères ne cesse de répéter – me semble évident. Le fait qu’il faille, dans l’idéal, négocier, relève aussi de l’évidence. Pourtant, personne n’est réellement disposé à le faire. C’est aux USA, à l’Europe et à la Russie de se mettre d’accord, la Syrie devant rester pour le moment hors jeu. Mais comme la Russie soutient Assad et l’ONU soutient une opposition fantaisiste, la mésentente totale est au rendez-vous. A noter en plus que l’opposition en tant que telle est en proie à ses propres contradictions internes … ce qui ne présage pas un prompt dénouement.

Résumé : pas de tournants spectaculaires à prévoir, du moins dans l’année qui suit. C’est exactement le point de vue d’Yvan Blot, d’une façon plus large, celle de la presse française et russe dans son ensemble. La vision de Thierry Meyssan, en analyste averti qu’il est, apporte cependant une touche de prudence à la tonalité détendue des médias. Ainsi évoque-t-il une certaine politique de l’ombre menée par une élite bien définie au nombre de 538 personnes.

Ces gens-là choisissent le Président tout en feignant laisser l’embarras du choix aux électeurs, projetant ainsi l’image d’une vraie démocratie … qui n’est, on le sait, qu’une démocratie de façade. Les minorités oligarchiques en question se sont sûrement dit que Romney était de trop dans le cadre de la donne actuelle, cela, pour deux raisons : l’économie se porte mal, les USA ne sont pas prêts à s’investir, du moins de pleine force, dans des conflits de l’acabit afghan ou iranien.

C’est précisément pour cette raison que le renversement (et l’exécution sauvage) du pauvre Kadhafi a été opéré par le biais de la Légion étrangère, ergo, de la France. Or, Romney, en faucon de la guerre invétéré (encore que la métaphore me semble excessivement noble), entend redresser une économie défaillante à l’aide de nouvelles campagnes. Deuxième raison : la rhétorique de Romney est trop franche. Je ne dirais pas que l’ex-candidat est plus ou moins impérialiste que son adversaire, les deux se valent en principe, et néanmoins, il faut reconnaître qu’Obama trouve encore utile de déguiser la belligérance de ses mobiles en se référant aux principes hélas souvent aléatoires du droit international.

Enfin, sur le plan du Proche-Orient, Obama se sent obligé de composer avec la Russie pour arriver à tirer tout le profit énergétique qu’il pourrait tirer de sa présence dans une partie importante du monde musulman. L’intransigeance obstinée de Romney aurait causé des désastres autrement plus difficiles à exorciser que l’état assez anémié du dollar. Pour l’instant, en considération de la théorie des deux maux, il n’y a qu’une chose à dire : Rebonjour M. Obama et voir dans quelle direction soufflera la pensée collective des entités oligarchiques.

Françoise Compoint

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