21/10/2009 14:35:43
Epervier:Des enquêteurs américains attendus au Cameroun
A en croire Janet E. Garvey, la priorité de son gouvernement est d’assurer la transparence lors de la prochaine élection présidentielle. Mais « how do we get there ? » (Comment faire pour y parvenir ?)
Le Messager
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Le 8 octobre dernier, l’ambassadrice des Etats-Unis au Cameroun, S.E. Janet E. Garvey, a rencontré la diaspora camerounaise résidant au pays de l’Oncle Sam et, plus globalement, des compatriotes vivant en Amérique du Nord. La rencontre, organisée sous l’égide de Christopher Fomunyoh, directeur Afrique du National democratic institute (Ndi) sur l’initiative du Club des amis du Cameroun en Amérique du Nord, s’est déroulée au Hilton hôtel de Silver Spring, ainsi que nous le disions déjà dans Le Messager n° 2958 du 12 octobre 2009. Programmée en marge de la réunion des chefs de missions diplomatiques américaines sur le continent noir, cette entrevue a permis à la diplomate américaine de développer la nouvelle vision de la politique impulsée par le gouvernement de Barack Obama concernant le Cameroun et de donner sa lecture de l’actualité dans ce pays.

Le débat, animé par George Collinet de « Voice Of America », a tourné autour de questions telles que la corruption, l’opération Epervier, la transparence électorale, le rapatriement des fonds volés, la situation socio-économique du Cameroun, etc. A en croire Janet E. Garvey, la priorité de son gouvernement est d’assurer la transparence lors de la prochaine élection présidentielle. Mais « how do we get there ? » (Comment faire pour y parvenir ?, traduction libre), se demande la diplomate. Elle pense que les Camerounais doivent eux-mêmes prendre leurs responsabilités, paraphrasant ainsi le président Obama qui déclarait lors de sa visite au Ghana : «Nous devons partir du principe qu’il revient aux Africains de décider de l’avenir de l’Afrique ».

Elécam désavoué

Cependant, Janet E. Garvey, répondant à une question de M. Asangwe, déclare que les Etats-Unis ne reconnaîtront aucune élection organisée par Elecam, qui selon elle ne garantit pas l’impartialité d’une commission électorale indépendante à cause notamment, de son inféodation de par sa composition au Rdpc, parti au pouvoir. Raison pour laquelle, précisera-t-elle, les Usa n’avaient pas participé à la cérémonie d’installation des membres d’Elecam. La diplomate annonce par ailleurs, une mission d’observation de l’Onu au Cameroun dans la perspective des prochaines échéances électorales... Sur le plan de la lutte contre la corruption, Janet E. Garvey se dit dans la continuité de son prédécesseur Niels Marquardt à qui de sources crédibles imputent le déclenchement de l’opération Epervier. A cet effet, affirme-t-elle, les Usa appliquent avec sévérité la « Résolution  77.50 » du sénat américain qui interdit le séjour de tout fonctionnaire soupçonné de corruption aux Usa. Elle raconte d’ailleurs à ce sujet que dès l’annonce de cette mesure, l’Ambassade reçut des centaines de coups de fil d’officiels camerounais, cherchant à savoir si leur nom figurait sur la liste noire…Une indication, croit-elle, de l’émoi suscité dans le landerneau politique par cette restriction et de la moralité des concernés.

L’un des points culminants de cet échange fut sans doute la question du rapatriement des fonds détournés dans le cadre de l’opération Epervier. Pour les autorités américaines, le plus important dans la lutte contre le pillage des caisses de l’Etat n’est pas d’emprisonner les détourneurs. Il est essentiel, a-t-elle rappelé, que les fonds distraits reviennent dans les caisses du trésor public. A cet effet, Janet E. Garvey annonce pour bientôt, l’arrivée d’experts du département de la Justice américaine au Cameroun. Pour aider les enquêteurs locaux, à retrouver la trace de l’argent du contribuable camerounais qui alimente les banques à l’étranger.

*(Phd Candidate, Conseiller et consultant socio stratégique pour la plate forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun)

Focal

La question anglophone

Cette préoccupation a été soulevée par un partisan du Scnc (South Cameroon national council) qui voulait savoir ce que les Etats-Unis font ou entendent faire pour que « la République du Cameroun » ne contrôle plus l’éducation des « Ambazoniens ». Selon Madame Garvey, il n’y a pas de division entre les Francophones et les Anglophones. La diplomate pense que le Cameroun est un pays souverain qui peut décider de ses programmes scolaires, d’ailleurs « l’Amabazonie n’est pas reconnue dans le monde ». A contrario, elle se montre préoccupée par une certaine rivalité politique entre le nord et le sud du pays, la première zone réclamant son retour naturel au pouvoir que détient actuellement la seconde. Ce qui pourrait à terme, craint Mme Garvey, mettre à mal l’unité du pays. Or un désordre au Cameroun est une mauvaise chose pour la stabilité entière de la zone Afrique centrale.

D’où toute la pertinence de la question de Marcel Sime, militant du Manidem. Qui, partant du constat du recrutement « massif » dans l’armée lancé par le gouvernement avec comme niveau requis le Cep, des révélations de Hervé Morin, ministre de la Défense française qui indiquent que le Cameroun  est l’un des principaux clients de la France en armes de guerre, pense que le pouvoir de Yaoundé prépare un coup d’Etat électoral au cas où Biya serait battu à la prochaine présidentielle. « Ne croyez pas que parce que nous ne disons rien ou que nous sommes lents à réagir que nous sommes stupides. Nous observons et nous savons ce qui se passe au Cameroun et tout responsable d’un bain de sang sera jugé et condamné ». Un ultimatum à peine voilé ?

Frederic Boungou

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