16/11/2012 01:45:34
Toujours les mÍmes rengaines ; et puis quoi ?
Comme au bon vieux temps de la colonisation, lors de l’installation des chefs de subdivision, des commandants de cercle ou je sais plus quel gardes-chiourme, les préfets récemment nommés prennent « le commandement ». 
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Comme au bon vieux temps de la colonisation, lors de l’installation des chefs de subdivision, des commandants de cercle ou je sais plus quel gardes-chiourme, les préfets récemment nommés prennent « le commandement ».

Partout, la feuille de route tracée par les gouverneurs installateurs sur un ton martial, je dirais même napoléonien ou hitlérien est le même : préserver la paix, l’ordre public… Un discours pas très  éloigné de celui tenu jadis par les Ousman Mey, Andzé Tsoungui, Enam Mba et autres Koungou Edima quand « chauffaient » les lois d’exception de… 1962. A Douala, on a vu comment la manifestation du Sdf contre les vélléités de la présidence à vie a été stoppée le 6 novembre dernier.

Ces discours demandant aux  préfets en « mission commandée » ne sont pas le fait du hasard. Il y a certes un semblant de « paix au Cameroun. Mais les Camerounais souffrent ». Parole de Valsero si je ne m’abuse qui traduit dans son rap un état de fait aussi visible que le nez sur le visage. Une situation qui n’est pas de nature à faire exploser les feux d’artifice pour un anniversaire à l’instar d’un 6 novembre. Entre l’enthousiasme et les rêves en technicolor de 1982 et les réalités d’aujourd’hui, il n’y a plus de quoi pavoiser. C’est le deuil. Chacun fait le sien à sa manière.

 Même le Rdpc qui célébrait le Renouveau en grande pompe a perdu sa ferveur d’il y a quelques années encore quand le Port autonome de Douala et bien d’autres entreprises d’Etat finançaient la bamboula à grands frais. Les papas-bonheur sont en train de rendre gorge. Les robinets ne laissent plus couler les fafios à plein régime. L’Epervier est passé par là. Il était facile, avant les razzias du rapace, de servir le parti en se servant au passage, paraît-il. Certes, il y en a qui respirent toujours l’aisance et la suffisance. Ils ne sont pas à quelques millions près. Ils sont comme les bœufs sacrés de l’Inde : intouchables. On va faire comment ? Il semble que même au ciel, il y a neuf chœurs d’anges. A chacun son destin.

Puisque le pays est en paix, parlons-en. Un de mes compagnons de route dans un  taxi demandait à un autre qui se pâmait de cette paix s’il savait à quel prix les Camerounais envoient leurs enfants à l’école ? Comment ils font pour nourrir leurs familles, se soigner ou prodiguer des soins à leur conjoint et parents. Combien de tonnes de denrées alimentaires pourrissent dans les villages parce qu’on a rien fait du tout pour désenclaver l’arrière-pays ou relier certaines villes secondaires aux grandes métropoles ? Yabassi-Douala par exemple, on passe combien de temps pour parcourir une soixantaine de kilomètres et dans quelles conditions ?  On peut multiplier des cas d’enclavement par milliers. Ce qui fait dire du système qui gouverne le Cameroun que l’Etat est en guerre contre les citoyens. Car le gouvernement sait élaborer et déployer les moyens de répression mais il est peu enclin à apporter des solutions aux problèmes les plus urgents. Or comme le disent les Camerounais des régions d’expression anglaise «  a hungry man is an angry man ». En français on dit « ventre affamé n’a point d’oreille ». 

Dans cette morosité ambiante, mieux ce contexte de ni guerre ni paix, l’Ordre national des médecins est en campagne contre l’exercice illégal de la médecine. Des initiatives de ce genre-là sont à saluer quand on sait qu’une personne malade ne peut pas travailler et que mal soigné, on peut mourir. Dans le colimateur de l’Ordre national des médecins figurent ces tradi-praticiens, naturopathes et autres guérisseurs en tout genre qui achètent des espaces dans les médias pour faire la promotion des « prouesses médicales» qu’ils accomplissent. Il y a deux ou trois semaines, le ministre camerounais de la Communication s’est fendu d’un communiqué interdisant « la publicité mensongère » En voici l’intégralité : « Le ministre de la Communication porte à la connaissance de l’opinion nationale et internationale que certains médias passant outre ses nombreuses mises en garde, continuent de consacrer une grande partie de leurs programmes à la promotion de structures de santé, de produits médicamenteux ou de talents de pseudo-docteurs dont le seul but est de flouer les populations.

Une telle pratique est en violation flagrante de la législation camerounaise en la matière, notamment la loi N° 2006/01 du 29 décembre 2006 régissant la publicité. Elle est porteuse de graves conséquences sur la santé des populations.

A cet égard, le ministre de la Communication fait un rappel à l’ordre à tous les médias concernés, afin qu’ils mettent fin sans délai à cette activité honteuse, faute de quoi, il se verrait dans l’obligation d’appliquer à l’encontre des contrevenants, les sanctions exemplaires prévues par la réglementation en vigueur ». 

Curieusement, comme si les auteurs de ces publicités narguent le ministre, les téléspectateurs continuent de consommer cette ratatouille assaisonnée de tranches d’évangélisation et de séances de prières. Surtout le matin.  Ni les autorités administratives chargées de faire appliquer les lois et les règlements de l’Etat, ni les délégués régionaux de la Communication, personne ne descend dans l’arène pour mettre le holà. Ce qui nous ramène à notre chronique de vendredi dernier dans laquelle nous parlions de ce contexte où foisonnent les églises de réveil, les cercles ésotériques et autres vendeurs d’illusions.

Pour le petit peuple, chacun tourne son regard où il croit trouver la solution à sa situation. Pour ce qui est de la santé, chacun se soigne où il peut en fonction du contenu de son porte-monnaie, s’il en a. J’ai beaucoup de respect pour toutes les professions. Les médecins n’ont qu’à mettre de l’ordre dans leur…ordre et d’humaniser ne serait-ce que l’accueil des malades tant dans les hôpitaux publics que dans les cliniques privées. Je ne reviens pas sur ces codes de l’arnaque de l’hôpital Laquintinie. Je me pencherai les jours à venir sur la profanation des corps dans cet hôpital, le trafic des organes humains…sous le contrôle des médecins ( ?)

Combien sont-ils les Camerounais qui peuvent débourser 10 000 ou 15 000 francs pour une consultation dans nos cliniques ? Payer 5 000 à 10 000 pour chaque traitement après avoir achété les médicaments et le matériel nécessaire ? Si on le peut, l’autre paire de manches est de se faire suivre correctement par le taubib. Ils officient à plusieurs endroits à la fois. Surtout ceux qui sont spécialistes de brûlures ou de je ne sais quelles autres pathologies. Certes, on en trouve quand même qui ont encore quelques scrupules pour leur art. Il faut ressusciter le vieil Abraham pour dénombrer ces rares justes. J’ai bien peur de voir la campagne de nos médecins s’achèver comme le combat de Don Quichote de la Manche.

Depuis que les pharmaciens dénoncent à hue et à dia la vente des médicaments dans les marchés, le long des rues et de case en case, qui a fait quoi pour arrêter ce dangereux commerce ? Je me fais même dire souvent que les pharmaciens qui tiennent des officines se ravitaillent aussi au…gazon. Des produits comme « eye for pussy », « make me a well » et d’autres sont vendus à la criée au mépris de toute législation.

L’entrée fracassante dans ce juteux marché des médicaments chinois et indiens n’enlève pas le sommeil à nos autorités. Au nom de la lutte contre le chômage des jeunes et la pauvreté. On va faire comment ? On a pourtant contenu la vente du zoua zoua, carburant frelaté, quand on l’a voulu. Même s’il est encore en vogue dans le septentrion. Voire. On s’étonne pourtant que les gens meurent de plus en plus. Si c’est pour limiter le nombre de contestataires et de potentiels subversifs, vive le Renouveau triomphant !

DoBell in Le Messager

 

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