20/11/2012 04:01:20
Les gens. Kotto Bass abandonné dans la broussaille
16 ans après le décès de l’artiste, il est difficile de le reconnaître à travers la stèle qui avait été érigée sur sa tombe dans le cimetière des Bélè Bélè à Bonabéri Mabanda. Reportage !
Le Messager
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Kotto Bass

16 ans après le décès de l’artiste, il est difficile de le reconnaître à travers la stèle qui avait été érigée sur sa tombe dans le cimetière des Bélè Bélè à Bonabéri Mabanda. Reportage !

Complètement défraichi ! Le constat est amer quand on aperçoit la stèle érigée sur la tombe de l’artiste musicien Kotto Bass ; décédé le 20 novembre 1996 des suites d’une courte maladie. De loin, il est difficile de l’apercevoir entre les touffes d’herbes qui ont poussé tout autour. Des personnes à qui Dieu a fait don d’une grande taille peuvent se targuer de voir le bout de sa guitare, son semblant de casquette et une infime partie de sa canne. Mais pour en avoir une bonne visibilité, il faut s’en approcher.

Un véritable parcours du combattant ! Aucune ruelle n’a été prévue par la communauté urbaine de Douala ou tout moins par la commune d’arrondissement de Douala IV,  pour ceux qui voudraient visiter les restes des leurs enfouis en ce lieu. Désordonnées, il faut profaner au besoin plusieurs tombes pour parvenir à celle de l’artiste dont l’anniversaire de décès se célère aujourd’hui 20 novembre 2012. Impossible d’y parvenir d’ailleurs sans guide au risque de se retrouver dans un trou obstrué à peine par une touffe d’herbe. 

En face, tout porte à croire malgré l’état de délabrement avancé du monument, que, sous cette architecture, repose un artiste et pas n’importe lequel. Il s’agit de Kotto Bass, père des titres à succès, « Ponce Pilate », « Edith ndol’a ngo », « Bamenda », etc. Une guitare basse à la main, soutenue par son pied droit,  sa canne à son aisselle et une casquette à la tête. Un portrait craché de Nyamsi Kotto Auger Théodore, de son vrai nom. Difficile cependant d’identifier les couleurs que le peintre avait utilisées pour cette œuvre d’art. Du bleu au rouge en passant par le blanc, tout est complètement mélangé. Comme ornements, une vieille gerbe de fleurs fanées qui résiste au temps. Tout comme ses chansons, des marques de son art n’ont curieusement pas succombé aux affres de la nature. Un disque d’or, des clés de sol, de fa et une croche. 

Ruth Kotto

Interrogé, Ebénezer Mbappe Ngoungou, contrôleur de ce cimetière, nous confie qu’il n’a pas la responsabilité d’entretenir les tombes logées dans cette enceinte. La responsabilité du défraichissement de la tombe de l’artiste musicien Kotto Bass est a imputée à sa famille, selon lui. Ce dernier se souvient qu’il y a quelques années, sa sœur cadette, artiste musicienne aussi, Ruth Kotto lors d’un de ses brefs passages au Cameroun y avait fait un tour.

A l’occasion de cette visite inopinée, elle leur a offert à manger et boire avec comme dessert, des  mises en garde. A l’en croire, « plusieurs personnes venaient filmer la tombe de son frère pour aller se faire de l’argent en Europe et partout dans le monde. Elle nous a donc proscrit sévèrement d’autoriser des prises de vues sur le monument ». C’est une des raisons qui a emmené notre guide à se montrer réticent face à l’entêtement du Messager à y faire un reportage. Ce 20 novembre 2012 heureusement, un livre intitulé, « comme un oiseau en plein vol » sera mis en vente en principe. Une production de Danielle Eyango, nièce de Kotto Bass, qui retrace le douloureux quotidien de ce génie frappé par une vilaine poliomyélite alors qu’il n’avait même pas 5 ans. Ce serait peut-être aussi l’occasion, de revisiter sa tombe et lui redonner un peu plus de vie ce qui reste de ce bassiste camerounais hors pair, décédé à l’âge de 33 ans.

Adeline TCHOUAKAK

Témoignages. Daniel Eyango, son tuteur : «Kotto Bass avait refusé l’école»

Kotto Bass, c’est cet enfant triste et un peu dépaysé qui ne voulait rien faire. Dès le bas âge, il a refusé l’école mais tout le temps trimballait, une vieille guitare faite en bois. De temps en temps, j’écoute quelques mélodies qu’il fredonne. Le titre Edith par exemple au départ, était intitulé, « joujou ». Il produisait comme ça sans effort des mélodies soft. Un jour donc, je lui dis, comme tu ne veux rien faire, allons voir Joe Mboule à qui je le confie. Et depuis là, il est passé de main en main et de succès en succès jusqu’à son tragique départ le 20 novembre 1996.

Aladji Touré, admirateur. « C’était un bon bassiste »

La première fois que je l’entends, ce n’est pas un musicien fameux. Il  a quelques soucis de justesse mais a de très belles mélodies. Et puis au-delà de ses mélodies, il y avait du message. Je n’ai pas l’habitude de comparer les artistes mais, Kotto Bass reste un grand artiste et un bon bassiste. Je le lui ai témoigné de son vivant en lui offrant une guitare basse. 

Moïse Kouogueng, son producteur: « Avec Kotto Bass, j’ai vendu plus de 100 000 disques»

Depuis que j’ai rencontré Kotto Bass, j’avais toujours les difficultés à trouver des titres phares de ses albums. Je ne suis pas artiste, mais le producteur que je suis, était son premier fan. Toutes ses chansons étaient intéressantes. Avec le «Ponce Pilate» en 1994, j’ai vendu plus de 100 000 exemplaires de ce disque. Idem pour le deuxième, les gens me harcelaient même pour que je les multiplie. Malheureusement, quand il était question qu’il profite amplement de ce succès, la mort l’a arraché. C’était un 20 novembre, il m’avait dit qu’il voulait une Mercedes 500 avant de continuer à travailler avec moi. Je lui ai dis, avant la Mercedes, je te loge un mois au Sawa et nous irons en France. La veille de son départ, il est décédé.

Propos recueillis par A.T.

 

 

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