21/11/2012 02:54:15
Signes de piste
« Je veux t'aimer sans cesse, de plus en plus, protège mon pays, Ô Seigneur Jésus »
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L'an passé, j'étais scout. Cela va s'en dire. J'étais premier chef de patrouille. L'an passé, cela va s'en dire, j'étais scout. Je savais compter, lire et écrire, surtout en écriture morse. J'étais un chef assez rigoureux, à cheval sur les principes et sur la discipline, qui croyait en lui et aux autres.

J'avais tellement à cœur mon rôle que   je n'acceptais pas d'être un chef comme les autres. J'étais chef de patrouille.  Et un chef de patrouille,  on ne l'appelle pas chef ou Cp. On donne du relief à sa casquette. J'avais donc interdit à mon équipe de m'affubler de ‘chef' ou d'abréger mon pouvoir en m'appelant Cp. J'étais tout simplement et tout noblement,  « Tah Ti Tah Ti. Ti Tah Tah Ti. »

Vous avez compris. Il s'agit du code Morse (du nom de Samuel Morse, son inventeur). C'est un code télégraphique utilisant un alphabet conventionnel fait de traits et de points, et, quant au son, de longues et de brèves. Il était très en vigueur chez les scouts de mon temps. C'était l'âme scoute. Nous utilisions, pour le pratiquer, le sifflet scout traditionnel, ou sifflet droit composé d'un cylindre de métal percé d'un petit trou rectangulaire, et comportant  une embouchure ronde.  Le sifflet scout émet un son relativement grave et d'un volume limité. Il est très pratique pour envoyer les signaux de rassemblement sans déranger tout le voisinage.

Ah !, que les temps ont changé. Il fallait me voir à l'époque, jeune routier  habillé de kaki et de bas blancs longs, décoré d'une  barrette et d'un foulard vert au tour du cou,  la bouche en cul de poulet, soufflant sur son sifflet pour le rassemblement de mon équipe. Tu sais quoi ? J'étais fier comme Baden Powell, notre Inspirateur. Parfois, je disparaissais express pour entendre mon adjoint m'appeler avec déférence : Tah Ti Tah Ti. Ti Tah Tah Ti. Tout le camp et les environs entendaient ce son singulier à nul autre pareil : Tah Ti Tah Ti. Ti Tah Tah Ti. Je savourais ces instants de puissance. Lorsque je sortais du bois où j'étais caché, toute mon équipe se mettait au garde à vous, fêtant mon retour d'un salut scout : l'index, le majeur et l'annulaire collés devant le pouce serrant l'auriculaire. Quel bonheur, mon oncle, quel bonheur d'être chef, adulé par tous, faisant respecter la discipline avec rigueur !

Gare a celui qui, désireux de recevoir mes instructions, même debout à trois mètres de moi, oubliait de m'appeler selon le code convenu : Tah Ti Tah Ti. Ti Tah Tah Ti. Le tarif était alors corsé : passage à tabac pour les camarades contrevenants ; corvée d'eau pour les louveteaux ;  sentinelle nocturne pour les routiers. Et chacun acceptait sa punition avec bon cœur. On ne badine pas avec le chef.

J'étais aussi féru de signes de pistes. À d'autres moments, par exemple, lorsque mon premier chef de patrouille et moi partions en repérage,  le chemin était indiqué à la  patrouille qui devait nous rejoindre  plus tard, à l'aide des signes de piste, avec un horaire à respecter pour le rassemblement. Personne ne pouvait se dérober et le contrevenant était puni selon la loi scoute. Observation, observation, observation... Tel était mon  mot d'ordre. Observation pour ne pas manquer un signe; observation pour ne pas effacer un signe en le piétinant ;  observation et discrétion pour s'assurer ne pas être suivi ou attendu par un « ennemi ».

Les signes de piste servent à tracer un chemin afin que d'autres puissent le suivre.  Aujourd'hui, j'ai beau regarder avec une loupe, même avec mon sens d'observation aiguisé par de longues années de pratique, je ne perçois aucun signe de piste de ce que sera demain pour mon pays.

Le scout est défini comme étant fidèle à sa parole, pur, loyal, obéissant, fraternel, courtois et chevaleresque, aimant la nature, aimant son prochain et toujours prêt à le servir. Cette loi est le pilier de la méthode et le scout s'engage à en faire ses balises de vie librement par une promesse personnelle. Que n'avons-nous pas été tous scouts avant d'être Camerounais ? Baden-Powell disait : « C'est l'esprit qui compte. Notre Loi scoute et notre promesse, lorsque nous les mettons vraiment en pratique, suppriment toute occasion de voir renaître les guerres et les conflits entre les nations».

Le scout met son honneur à mériter confiance. Le scout est loyal à son pays, ses parents, ses chefs et ses subordonnés. Le scout voit dans la nature l'œuvre de Dieu; il aime les plantes et les animaux. Le scout est maître de soi, il sourit et chante dans les difficultés. Le scout est économe et prend soin des biens d'autrui. Le scout est pur dans ses pensées, ses paroles et ses actes. Le Cameroun en est si éloigné de ces principes qu'il faudrait, selon les estimations les plus optimistes, deux générations pour reconstituer le patriotisme qui fait défaut à une société devenue le refuge de feymen, de haut en bas.

Parce qu'il veut perdurer, le Prince cocufie le peuple. D'autres amassent des milliards que toute une vie ne servirait pas à dépenser. Parce qu'ils veulent occuper le moindre pouce de terrain pour la prise de pouvoir par des clans ésotérico-claniques, on voit coopec  et banques essaimer les artères, pompant l'argent des épargnants pour se constituer des empires immobiliers…

Dépité, je rêve de mes feux de camp scout. Ah ! Ce brasier allumé en pleine nuit dans un champ de manioc, notre aliment de campagne ! Quelle beauté, quelle poésie ! La flamme s'élevait au ciel, rougeoyante, trouant la nuit de son ardeur flamboyante, au son de la musique et des voix amoureuses de la beauté des êtres et des choses. Je me tenais alors debout, entouré de mon équipe au garde à vous, et j'entonnais le chant de ralliement scout : « Je veux t'aimer sans cesse, de plus en plus, protège mon pays, Seigneur Jésus ».

Parfois, j'ai des folies incandescentes pour ceux qui tuent, emprisonnent, violent, volent. Alors, quand tombe la nuit sur la nuit du Cameroun,  j'ai envie de marcher.  Aller vers l'ailleurs, sac au dos, découvrir de nouveaux horizons, planter ma tente dans une autre planète, allumer le feu, raide comme la justice divine brûlant Sodome, et lancer une torche sur ce fatras d'êtres et de choses désincarnées, devenus monstres dans la jungle, qui oublient que Dieu les voit. Ils  n'entendent plus le Sos de Dieu qui nous parle …même en morse...

Bon mercredi et à mercredi

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