27/10/2009 16:03:49
Titus Edzoa parle
« Verba volant, scripta manent » : les paroles s'envolent, les écrits restent j’ose croire qu’une fois les rideaux baissés, la fin de cette burlesque comédie ne nous réservera plus de tragédie in fine. L’acteur principal que je suis a décidé, en toute quiétude, de vous remettre les clés appropriées, vous permettant ainsi d’ouvrir grand le portail de la vérité, par une simple présentation des différents acteurs constitués, au risque de heurter certains metteurs en scène visibles et invisibles.
Le Messager
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Par Titus Edzoa**

Quelle extraordinaire opportunité, après tant d’années d’imbroglio et de subterfuges! Tant d’années d’interludes truffés de péripéties rocambolesques! Extraordinaire opportunité pour enfin dégivrer ce nœud qui n’est gordien qu’en apparence! Extraordinaire opportunité pour définitivement déchiffrer ce maëlstrom politique, grossièrement mâtiné du judiciaire! Le temps, par érosion, a de lui-même dissipé la nébuleuse; et les consciences, naguère embrumées par la rumeur et le mensonge, se sont progressivement éveillées. Quelle extraordinaire opportunité: Celle d’une définitive restauration de l’imperium du Droit!

Par principe, tout acte est une cause dont les éventuels et les multiples effets, a priori, en sont immanents; mais ces effets ne peuvent se réduire à une notion comptable exclusivement égoïste, à moins que l’on ne soit manifestement trop indulgent, trop complaisant à l’égard de soi-même, en privilégiant dangereusement le passionnel et les instincts primaires, aux dépens du rationnel, voire du spirituel.

Sinon, comment expliquer que, depuis bientôt treize (13) ans, une simple démission d’un gouvernement, rehaussée d’une conforme candidature à une élection présidentielle (candidature, sic!), de la part d’un citoyen ordinaire jouissant de tous ses droits, ait pu induire une si terrifiante implosion de système, dont l’onde de choc se condamne encore aujourd’hui à tout broyer et balayer sur son passage, dans un élan apocalyptique irrationnel de destruction aveugle, de haine, de terreur et d’horreur? Peut-il y avoir une réponse?

En tout cas, en attendant, nous revoilà embarqués pour un énième scénario au décor kafkaïen de jeux de rôles: chorégraphie et comparses irréelles assurées. Nonobstant la similitude avec le passé (analogie n’est pas identité), j’ose croire qu’une fois les rideaux baissés, la fin de cette burlesque comédie ne nous réservera plus de tragédie in fine. L’acteur principal que je suis a décidé, en toute quiétude, de vous remettre les clés appropriées, vous permettant ainsi d’ouvrir grand le portail de la vérité, par une simple présentation des différents acteurs constitués, au risque de heurter certains metteurs en scène visibles et invisibles.
D’un côté, un ministère public: dont la noble et protectrice mission est de requérir l’application des lois au nom de la société. De forfaitures en forfaitures, de menaces en invectives ordurières, le temps a mis à nu la supercherie.

La dite magistrature, depuis l’infortune, avait été aussitôt prise en otage, se réduisant à des comparses dignes de véritables pantins, se métamorphosant en une obscure et grossière cagoule d’individus désormais démasqués. Naguère fière de ses missions, elle s’en est honteusement récusée, s’aplatissant décatie sur un « parquet » résolument mal ciré. Non, de grâce, la Justice ne saurait devenir une auge de boue, encore moins un abysse cloacal! Je vous prie de m’entendre!

Quant à ces manœuvriers cagoulés (entendez les cagoulards), une certaine élite les a qualifiés de Tartarins de salon, hypocrites et malhabiles dans leurs basses manœuvres ostentatoires. Que m’importent ces attributs! J’ai tout simplement retenu qu’ils avaient décidé de faire de moi Ixion, me rivant en permanence à une roue enflammée d’horreur et de terreur (rouleau compresseur oblige !). J’ai brûlé, mais jamais ne me suis consumé ! Par la dure épreuve, le Phénix divin en chacun de nous m’a ressuscité plusieurs fois de mes cendres, transformant miraculeusement mon enfer en Royaume de Luz. Malgré leur éphémère triomphe, je vis!

D’autres les ont pris pour des Tartuffes, vrais faux dévots de la principauté, tandis qu’ils déifiaient de préférence leurs amulettes. Que m’importe leur foi! Ils ont voulu faire de moi Tantale, m’enterrant vivant dans un ergastule sous-terrain infect, affamé et assoiffé pendant tant d’années: pas même un étouffe-chrétien pour simulacre, ni la tiédeur trompeuse d’une éponge de pinacre pour mouiller le bout de mes lèvres! Ils m’ont plutôt gavé d’amertume et de harcèlement, en attendant de me faire ingurgiter la ciguë pour l’anéantissement final. Cœurs de pierre, ogres insatiables, ils se sont disqualifiés à jamais de leurs supposées missions régaliennes! Et pour se gargariser à la fin, ils ont pillé, avec lâcheté, mes biens, se les revendant à eux-mêmes à l’encan, sans état d’âme, ni le respect de la loi, afin d’assouvir leur rapacité et leur convoitise. Heureusement, même sans être un fervent adepte de Diogène, il y a fort longtemps que j’ai privilégié la philosophie de l’être au détriment de celle de l’avoir!

Enfin, d’aucuns les ont qualifiés de dangereux gangsters d’Etat, parce qu’ils auraient eu l’outrecuidance de réduire en valeurs républicaines leurs impulsions primaires de violence, de mensonge, de gabegie, d’intimidation... Que m’importent, encore une fois, tous ces attributs! Sans simulation aucune, ils ont voulu faire de moi Janus, ce dieu à deux têtes; et pourtant, je n’en ai qu’une, comme tout être humain; et celle-là, ils me l’ont déjà tranchée et exhibée avec triomphe sur un plateau d’infamie pour « conspuation » méritée, à l’opinion nationale et internationale. Mais, comme par miracle, ils n’ont pas réussi à me décérébrer. L’on peut fort bien asphyxier une existence, mais jamais l’on ne peut empêcher l’autre d’être! C’est pour cette raison que je suis!

L’autre acteur, c’est vous, messieurs du collège des Juges: votre collège doit être celui des sages. De par votre serment, vous avez le privilège et le prestige d’accéder à un pouvoir théandrique, alliant compétence humaine et sagesse divine: une véritable chevalerie de l’honneur et de la dignité, où la science s’humanise par l’art, et les consciences s’ennoblissent par la rectitude. Ici, le mot pèse de par sa propre valeur originelle: magistrature (de magister, le maître) vaut maîtrise. Et pourtant, horresco referens, le long de ce labyrinthe sans issue, de votre illustre confrérie, des plus jeunes aux plus anciens, nombreux ont opté pour une démission infamante, étourdis par d’éphémères prébendes; ainsi se sont-ils laissé engluer dans l’opprobre, à l’aune d’une défaite professionnelle, ternissant à jamais l’éclat des oripeaux de leurs toges, pourtant symboles sacrés de la probité et de la vérité.
Une page très sombre dans vos archives! Mais en face de ces derniers, certains de leurs confrères, très peu nombreux en revanche, ont privilégié avec courage et témérité, l’éthique et l’esthétique du Droit : ils l’ont dit et ils l’ont appliqué avec compétence et justesse. Ils peuvent être fiers de tenir haut le flambeau de l’ordre, de l’équité et de l’harmonie, vertus sociales nécessaires, garantes de la justice, de la vérité et de la paix. Que par Thot et par Maat, Dieu nous les protège ! Ils méritent un jour d’être célébrés par la nation tout entière!

Comme autre important acteur, l’opinion publique nationale: accrochée désespérément à la rumeur, l’opinion a été systématiquement privée de toute référence à la moindre vérification. Par un cynisme prémédité, elle a été abreuvée, enivrée de scoops médiatiques de persistante diabolisation, frisant une hystérie collective. Des montages fictifs de rumeurs les plus accablantes ont fait de l’honnête citoyen que je suis, l’instrument pervers par lequel le courroux d’entités sataniques devait s’actualiser, pour détruire un prétendu rêve promothéen, gratuitement révélé aux prétendus élus de la Nation par la bonté et la grâce divines. D’ailleurs par la suite, comme signe inespéré et révélateur de l’Oracle, le miracle devait s’accomplir par ma spontanée démission du gouvernement et ma candidature à l’élection présidentielle: leurs dieux avaient exaucé leurs supplications jusqu’alors vaines, en me poussant à la faute ; et les preuves du crime hâtivement consommées, le châtiment devait être exemplaire et sans appel ! L’on connaît la suite…

Mais le mensonge a beau faire le tour du monde, la vérité a toujours le temps de lacer ses chaussures, dit un vieil adage. Progressivement, le déploiement de la conspiration et son implacable exécution se sont liquéfiés dans leur propre saumure, dévoilant singulièrement une horreur gratuite et répulsive. La conscience collective venait de découvrir avec étonnement le pot aux roses: L’ensevelissement d’un honnête citoyen, un exil « sui generis » de destruction préméditée. Victime? Que nenni! Pour un homme de principe, assumer, c’est tout simplement honorer non seulement sa propre dignité, mais aussi et surtout celle des autres!

Et l’acteur principal que je suis: A la fois sujet et objet de cette saga, personnage symbolique de tous les paradoxes et contradictions judiciaires, désormais spectre encombrant de hantise les couloirs des Cours de Justice, il n’est après tout qu’un ordinaire citoyen, singulièrement honnête! Condamné à de très lourdes peines après un procès bidonné et mémorable il y a treize (13) ans, il se retrouve concomitamment en détention préventive de même durée, pour de plurielles inculpations fantaisistes, dont le nombre est d’ailleurs sujet à des fluctuations d’humeur hypochondriaque des fossoyeurs (l’infernale machine du rouleau compresseur se serait-elle grippée par ses propres turpitudes?).
Car il est intéressant de signaler une curieuse et suspecte soustraction d’un explosif du cocktail: L’inculpation avec mandat de dépôt à tête chercheuse d’il y a treize (13) ans, pour une supposée imitation de signature du Président de la République par le Secrétaire Général à la Présidence de la République qu’il était alors. Quantité rime rarement avec qualité! Même une cervelle de linotte aurait mieux réussi à magnifier ainsi le ridicule! Et pourquoi cette apparente lacune? Est-ce l’arme fatale qui lui est réservée pour clore en apothéose le cycle de son périple expiatoire?

Eh bien, pour tout ce qui précède, Messieurs, sans effort, vous m’accorderez de balayer d’un revers de la main gauche, toutes ces fadaises dignes de balivernes de bistrot, et le citoyen honnête, et de surcroît patriote que je suis, ne peut que se morfondre de honte, de savoir ainsi réifiés avec autant de désinvolture, cette prestigieuse Institution républicaine et ses éminents serviteurs que vous êtes.

En annexe, j’attire une particulière attention sur le sort réservé à ces jeunes gens honteusement manipulés, spécialement sur celui de Monsieur Michel Thierry Atangana Abega, à qui je réitère en passant, ma profonde compassion et mon permanent soutien moral. Chacun ici présent a été animé d’une légitime promotion sociale, mais en même temps handicapé par une bonhomie juvénile. Ils ont subi, chacun à sa mesure, le violent heurt de cette dérive aveugle; un prix trop élevé a déjà été exigé d’eux. Leur place n’est pas ici devant une Cour de Justice. La solution de leurs éventuels différends relève plutôt d’une cour de récréation. Je vous prie, Messieurs les Juges, au nom de la Loi, de bien vouloir leur rendre leur liberté. Les sphères de la politique sont d’un autre monde…

Enfin, comment aurais-je pu parfaire cette déclinaison sans me référer, avec tout le respect et la considération à lui dévolus, au personnage incontournable, incarnation des institutions Républicaines: le président de la République? En tant que président du Conseil Supérieur de la Magistrature, est-il réellement informé de cette infamante et macabre kermesse? Certains séides autoproclamés de son entourage l’incrimineraient, avec lâcheté, d’être lui-même l’artisan, la main invisible, dont ils ne seraient que de simples exécutants pour le moins rigoureux. Jamais je n’oserais y croire! Serait-ce de la naïveté de ma part? A moins que ces longues années de dur labeur n’aient réussi à écorcher tant soit peu ses lumineuses convictions de naguère, lui dont les Camerounais avaient fait leur icône de référence, référence de la Vertu républicaine, référence de la Liberté, de la Vérité et de la Justice…
En conclusion, comment pourrait-on ne pas se poser cette question, quelque rhétorique qu’elle paraisse, en prenant à témoin chaque citoyen: « Est-il jamais trop tard pour rectifier une injustice? »

Merci pour m’avoir entendu !

*Texte publié dans Mutations n° 2516 du 23 octobre 2009

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