28/10/2009 14:59:40
Ce que vient faire Idriss Deby au Cameroun
La crise des détournements à la Beac qui secoue les pays de la sous région Afrique centrale par ces temps-ci en serait la principale cause.
Le Messager
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Yaoundé, hier matin, tout allait tranquillement comme dans le meilleur des mondes possibles. Rien ne présageait de la visite d’un chef d’Etat, fût-il de la sous région Afrique centrale en territoire camerounais. En début d’après-midi, c’est d’abord la cellule de communication du ministère de la Communication qui appelle dans les rédactions pour demander d’accréditer des journalistes pouvant couvrir l’arrivée du chef de l’Etat tchadien Idriss Deby Itno en terre camerounaise. Rien d’officiel ne filtre sur les raisons réelles de l’arrivée du président tchadien au Cameroun. A l’édition du journal parlé en français de 17 heures au poste national de radiodiffusion, l’arrivée de ce hôte de marque est confirmée. Idriss Deby Itno vient pour un tête-à-tête avec Paul Biya. Si on s’en tient au programme officiel de cette visite telle que décliné par le cabinet civil, le président tchadien arrive ce jour en fin d’après-midi. En dehors des artifices qui parfument ce genre de visite, le président Idris Deby et son homologue camerounais auront un entretien d’une heure : de 16 heures 30 minutes à 17 heures 30 minutes ; la soirée étant réservée à des événements festifs. Ce qui donne à penser que les présidents tchadien et camerounais auront une heure seulement d’entretien, puisque Idriss Deby devrait prendre la route de l’aéroport de Nsimalen, très tôt demain.

Du coup, cette nouvelle suscite plusieurs interrogations. Dans un contexte passablement calme, qu’est ce qu’il y a d’assez urgent pour justifier l’arrivée apparemment improvisée du chef de l’Etat tchadien au Cameroun ? De l’avis de certains spécialistes de l’analyse politique, la crise des détournements à la Beac qui secoue les pays de la sous région Afrique centrale par ces temps-ci en serait la principale cause. Dans cette affaire qui a connu ces derniers jours le vrai faux limogeage de Philibert Andzembe, gouverneur de la Beac, rappelé par l’Etat gabonais, en vue de son remplacement, mais semble-t-il toujours en poste, le Tchad peut craindre des dommages collatéraux d’autant plus que la responsabilité de Gatar Ngoulou, actuel ministre des Finances dans le gouvernement tchadien n’est pas dégagée des faits des placements hasardeux des fonds et des détournements qui sont reprochés à Philibert Andzembe. Ex- secrétaire général de la Beac, ce dernier a été cité pour son implication dans les pillages qui sont reprochés au gouverneur gabonais. Pour preuve, quoique parti pour le Tchad, le ministre Gatar Ngoulou demeure le président du « Golfe Club » de Yaoundé, la ville aux sept collines où il vient presque tous les week-end jouer au golfe.

Faire bloc contre la Guinée Equatoriale ?

La situation à la Beac aujourd’hui en crise s’annonce préoccupante. La danse bafia observée au sein des pouvoirs publics gabonais à travers le rappel à l’ordre du gouverneur Philibert Andzembe par le Conseil des ministres et son retour curieux au Cameroun où on le retrouve à présider une réunion à Douala, alors même qu’on le croyait déchu de ses fonctions suscite d’autres questionnements sur la volonté réelle du président gabonais à le punir. A cela s’ajoutent les revendications de la Guinée Equatoriale, qui est devenue un caillou dans la chaussure des autres chefs d’Etat de la sous-région. Le président Téodoro Obiang Nguéma est convaincu que de par la place de leader qu’occupe son pays dans la production du pétrole en Afrique centrale et le fait que son pays dispose des plus grandes réserves au sein de la banque centrale, il y a lieu de procéder à une nouvelle organisation de la préséance à la Beac.

Et puis il y a la conférence des chefs d’Etat prévue au mois de décembre prochain à Bangui. Nul doute que le sujet sur la Beac sera évoqué. Pour cela, les concertations avant des échéances aussi capitales sont importantes. Deuxième grand producteur du pétrole dans la sous région après la Guinée Equatoriale, Idriss Deby peut envisager de jouer sa propre carte. Mais il y a lieu de ne pas éluder le fait que le président Paul Biya étant devenu d’office le doyen de la sous-région après la mort du président Omar Bongo Ondimaba, il est une source de « sagesse » à laquelle viennent s’abreuver ses homologues avant certaines prises de décisions.

Souley Onoholio

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