28/11/2012 02:04:18
Feuilles de route. Paul Biya note enfin ses ministres
Un conseil des ministres tenu hier, 11 mois après la formation du Gouvernement. Quand le régime de Yaoundé roule pour l'inertie
Le Messafer
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Paul Biya

Au cours du conseil ministériel du 27 novembre 2012, le président de la République a entériné le classement par  département ministériel et secteurs d’activité, s’amendant ainsi d’un engagement pris en juin dernier.

Comme l’annonçait en exclusivité, Le Messager,  dans son édition du 11 juillet 2012, le chef de l’Etat a procédé à la « proclamation » des résultats de l’évaluation des feuilles de route des ministres au cours d’un conseil ministériel à la Présidence de la République. Hier, 27 novembre 2012 en effet,  le chef de l’Etat a réuni l’ensemble des membres du gouvernement (en dehors de personnalités absentes du pays)  et les plus hauts responsables de son cabinet  pour procéder principalement à  «  l’évaluation à mi-parcours des feuilles de route ministérielles », d’après un communiqué publié sur www.prc.cm le site du Palais de l’Unité. Il s’est notamment  agi au cours de ce conseil, d’un « exposé du Premier ministre à ce sujet, suivi des directives du Chef de l’Etat », apprend-on à la lecture dudit communiqué.

Mais de sources bien introduites, Le Messager a appris que passée la phase de l’exposé du chef du gouvernement et les directives du chef de l’Etat, il s’est agi pendant 30 minutes d’échanges entre Paul Biya et ses ministres sous la trame de l’attribution par coefficient des notes attribués à mi-parcours de l’évaluation des chefs de départements ministériels. D’après les mêmes sources, notées sur 134 points par les services du Premier ministre, il fallait pour  chaque ministre  obtenir 67 points synonyme de moyenne. Ce, sur les critères suivant : « le niveau d’exécution des projets annoncés; les rapports entre les promesses faites par les ministres dans leurs feuilles de route et les attentes socio-économiques ; la cohérence et la précision des objectifs énoncés et l’analyse des retards des exécutions des différents plans ».

Avis définitif

Aussi d’après nos sources, le président a donné des instructions  au vu des  résultats des évaluations des feuilles de route  déclinées par le Premier ministre. Ces ministres ont été classés en plusieurs paliers dont les bons, les moins bons et les médiocres et par secteurs d’activité (questions sociales et éducatives, fonctionnement des institutions, infrastructures ou encore économie et développement) le secteur des infrastructures (eau et énergie, Télécommunications, transports, Domaines et affaires foncières etc.)  s’est révélé le moins performant…le moins bon pour parler trivialement.  Mais prévient-on dans les allées du pouvoir, ces notes ne portent que sur une évaluation à mi-parcours et non un avis définitif. Aucune information n’a, pour le moment, filtré sur le classement vu sous le prisme premier/dernier.

Joint au téléphone en fin d’après midi d’hier à ce sujet globalement et sur son classement en particulier, le ministre de la communication, porte parole du gouvernement a dit être tenu par l’obligation de réserve et de solidarité prescrite pendant ces assises. « Seul le Premier ministre est habilité à parler du contenu des échanges », a – t-il indiqué. Mais quelques heures avant, sur le perron du Palais de l’Unité le Premier ministre s’est contenté de dire que le gouvernement a reçu « des instructions et des conseils » du chef de l’Etat. « Quant aux détails on en parle pas », a tranché Yang Philemon. Dans l’entourage du chef du gouvernement, on explique cette omerta par le vœu de ne jeter aucun ministre à la vindicte populaire alors que l’évaluation de ce 27 novembre 2012 n’est qu’un travail fait à mi-parcours. Et qu’in fine, les chiffres de l’évaluation des ministres seront publiés dès que celles-ci seront bouclées.

Rodrigue N. TONGUE

Somnolence. Quand Paul Biya roule pour l’inertie...

Le dernier conseil ministériel tenu au palais de l’Unité avant les retrouvailles d’hier, mardi 27 novembre 2012, avec pratiquement les mêmes acteurs, remonte à décembre 2011, c'est-à-dire une semaine après la publication du décret n° 2011/409 du 9 décembre portant réorganisation du gouvernement.  Le nouveau gouvernement camerounais ainsi formé, suite à la réélection du président Paul Biya, s'était réuni jeudi 15 décembre au palais présidentiel autour du chef de l'Etat.

Au cours  de ce conseil des ministres, des prescriptions présidentielles sur les actions à mener par la nouvelle équipe chapeautée par Philemon Yang, à qui Paul Biya venait de renouveler la confiance,  deux ans après sa nomination en fin juin 2009, au poste de Premier ministre, chef du gouvernement,  ont été faites. Il a été prescrit au nouveau cabinet la charge de  concrétiser la politique dite des "grandes réalisations" promue par le président réélu pour impulser le développement du pays au cours des sept prochaines années, avec au menu divers projets d'investissement d'envergure.

C’est dans ce sillage que les ministres ont été appelés  à élaborer leurs feuilles de route dans l’optique d’implémenter la philosophie politique des «grandes réalisations» dont la mise en œuvre est poussive aujourd’hui et dont les premiers sillons sont à peine visibles. Si ce n’est à travers le prisme des cérémonies pompeuses de pose de première pierre par-ci, par-là. Entre-temps plus rien ! Il a fallu attendre mars 2012 pour que le secrétaire général de la Présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh, porte à l’attention de l’opinion publique, que Paul Biya avait validé la veille, le 6 mars, les feuilles de route ministérielles commandées lors du Conseil ministériel du 15 décembre 2011.

Selon les termes de la note du Sg/Pr, ces feuilles de route «ont fait l'objet d'un examen concerté entre les différents départements ministériels concernés, les services du Premier ministre et le secrétariat général de la Présidence de la République. Cette démarche consensuelle a abouti à un catalogue d'activités, de projets et de programmes réalistes, adossés sur les ressources budgétaires de l'exercice en cours. Ce schéma permettra de procéder le moment venu, à l'évaluation semestrielle d'étape prescrite par le chef de l'Etat et d'identifier en la circonstance, les manquements, les retards éventuels et les raisons y afférentes», écrivait le Sg/Pr.

Machine grippée

Il a encore fallu attendre le 1er juin 2012 pour que Martin Belinga Eboutou, cette fois-ci, reparle des feuilles de route avec l’annonce d’une évaluation qui n’occulte point un rappel quasi épiphénoménal : «Le gouvernement a été mis en mission, pour l’atteinte les objectifs assignés à travers ses feuilles de route qui seront évaluées en août 2012».  Cette sortie épistolaire du Dcc avait fait penser à une certaine opinion que Martin Belinga Eboutou outrepassait ses attributions de Dcc qui s’occupe en gros des affaires réservées, du protocole et de la communication du chef de l’Etat. D’août 2012 à novembre, cela fait bien quatre mois que les Camerounais attendent l’évaluation annoncée à grand renfort de publicité, des ministres de la République.

Une nouvelle posture et/ou trouvaille de Paul Biya qui a provoqué, en son temps, l’ire de certains leaders de l’opposition qui ont estimé que le chef de l’Etat devrait himself évaluer son action après plusieurs décennies de règne sans partage. Une attitude de la classe politique qui s’est appuyée sur ce qui se fait ailleurs. En France, c’est chaque mercredi que le numéro Un français évalue, fixe de nouveau cap et réoriente sa vision déployée au quotidien par l’équipe gouvernementale.

Au Cameroun, il faut un an, voire plus pour que notre chef de l’Etat note son gouvernement. Encore que le conseil d’hier a procédé à une évaluation à mi-parcours. Si cela n’est du laxisme, il y a bien lieu de penser que la machine semble grippée au sommet de l’Etat. En tout cas, le Camerounais lamda de Koumelap dans l’arrondissement de Koutaba, département du Noun, région de l’Ouest, attend toujours palper les fruits de la croissance si ce n’est voir son quotidien amélioré qualitativement.

Alain NJIPOU

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